Diaspora
Le parquet fédéral belge a fait exécuter mercredi des perquisitions au siège de la société belge Semlex - qui fournit des passeports à divers pays africains, dont la RDC - et à la maison de son PDG, Albert Karaziwan, rapporte l'agence Reuters.
Une douzaine de policiers sont arrivés au siège social de Semlex à Bruxelles et à la maison de Karaziwan dans la ville tôt ce mercredi matin. Le parquet fédéral a confirmé l'information.
Selon son porte-parole, qui n'a pas voulu faire d'autres commentaires, le fabricant de passeports est visé par une enquête car il est suspecté de blanchiment d'argent et de corruption. "Nous menons ces recherches dans un cas de blanchiment d'argent et de corruption", a-t-il déclaré.
L'action des autorités en Belgique et aux Comores fait suite à deux rapports de Reuters examinant les activités de Semlex en Afrique, où la société privée belge a décroché des contrats d'une valeur de centaines de millions de dollars.
Contrat juteux en RDC
Le Président Kabila échangeant avec le PDG de Semlex, Albert Karaziwan, lors du lancement des passeports biométriques à Kinshasa en novembre 2015. (© RTNC/Reuters TV)
Depuis avril 2017, en effet, la société Semlex était mise en cause depuis par l'agence de presse britannique pour la manière dont elle obtient des contrats de fourniture de systèmes d'identification et de documents d'identité biométriques en Afrique et plus particulièrement en République démocratique du Congo (RDC).
Reuters avait révélé comment cette société belge avait remporté un contrat pour la fabrication de passeports biométriques en RDC. Cet accord augmentait considérablement le prix que les Congolais devaient payer pour l'obtention des passeports.
Selon l'enquête de Reuters, le prix d'un passeport congolais s'élève à 185 dollars. Sur cette somme, 60 dollars sont reversés LRPS, une société du Golfe appartenant à Makie Makolo Wangoi, une proche président Joseph Kabila. La présidence congolaise n'a pas répondu aux questions de Reuters à ce sujet.
Aux Comores Semlex et Karaziwan persona non grata
Albert Karaziwan et l'ex-président comorien, Ahmed Abdallah Sambi.
En décembre, Reuters avait examiné les opérations de Semlex dans d'autres pays africains, et en particulier aux Comores. Selon des mails, des contrats et d'autres documents consultés par Reuters, Semlex a conclu des accords par le biais de relations politiques, parfois sans passer par des appels d'offres publics, et parfois en effectuant des paiements à des intermédiaires.
Selon des sources proches du dossier et des documents consultés par Reuters, Karaziwan a été impliqué dans la vente de la nationalité comorienne par l'intermédiaire d'une société basée à Dubaï.
Au cœur du scandale, deux Iraniens considérés par les Etats-Unis l’un comme un trafiquant de matériel militaire, l’autre comme un affairiste en blanchiment d’argent ont obtenu un droit d’entrée (ou de fuite) aux Comores.
Au début de janvier, le FBI (Federal Bureau of Investigation) y aurait débarqué en provenance de Washington : l’affaire des Iraniens black-listés pour avoir enfreint l’embargo économique imposé à leur pays est évidemment très sensible aux yeux des Etats-Unis.
Plus tôt cette semaine, les autorités comoriennes, où Semlex fournissait des documents d'identité depuis 2007, ont annulé 170 passeports qui, selon le gouvernement, avaient été "attribués abusivement à des ressortissants étrangers entre 2013 et 2016", dont de nombreux Iraniens. Les passeports, fournis par Semlex, avaient été émis entre 2013 et 2016 par un gouvernement précédent.
Le gouvernement actuel des Comores a également retiré la semaine dernière un passeport diplomatique délivré à M. Karaziwan par le gouvernement précédent qui l'avait même nommé ambassadeur itinérant.
Les autorités comoriennes ont annulé 170 passeports "attribués abusivement" ainsi que le passeport diplomatique d’Albert Karaziwan
Semlex réfute
Semlex a toujours nié en déclarant faire l'objet d'une campagne de harcèlement.
Une semaine après la publication de l'article, Semlex a publié une déclaration disant qu'elle n'avait aucun rôle dans la délivrance des passeports. Il a déclaré que ce rôle était purement une prérogative des autorités locales.
A deux reprises, la société belge a envoyé des communiqués de presse dans lesquels elle réfute catégoriquement les accusations à son égard et affirme faire l'objet d'une campagne de harcèlement.
"Cette campagne de bashing consiste à soutenir que les succès de Semlex Europe, devenue un acteur majeur du marché, ne sauraient soi-disant être normaux d’autant que de grands opérateurs échouent là où elle réussit, de sorte que Semlex Europe devrait d’être suspectée d’agir de manière malhonnête", avait declaré l’entreprise dans un communiqué.
L’enquête belge, désormais au stade de l’instruction, mobilise des policiers de l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC) et de l’Office central de la lutte contre la délinquance économique et financière organisée (OCDEFO) aidés par la Computer crime unit, spécialisée, elle, dans le pompage des données numériques.
Selon Reuters, en début d'après-midi du mercredi, les recherches se poursuivaient.
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Le siège social de Semlex Europe, à Bruxelles.