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Les violences suscitées par la confiscation du pouvoir par le camp kabiliste a fait passer au second plan de l’actualité une mystérieuse « déclaration d’indépendance du Katanga ». Faut-il y voir l’expression d’un délire personnel de son auteur, inconnu, ou une manœuvre de diversion?
Ces derniers jours a circulé sur les réseaux sociaux une lettre, datée du 8 juin 2019, adressée au secrétaire général de l’Onu avec copies à l’Union européenne, à l’Union africaine, à la SADC et aux Etats-Unis au sujet du « rétablissement de la souveraineté du Katanga.
Dans cette lettre, un inconnu, Patrick Masengo Kalasa, signant comme « président » d’une Alliance des forces patriotiques katangaises tout aussi inconnue, annonce qu' »à partir du 29 juin 2019, le Katanga rétablira sa souveraineté sur l’entièretéde son territoire, après plus d’un demi-siècle de domination congolaise.
Et revoilà John Numbi
La lettre affirme notamment que sont « inacceptables les accusations et les harcèlements à l’endroit du général d’armée, un grand homme d’Etat, le général John Numbi Tambo, qui ne peut commettre des bavures lui reprochées, telles que celle de l’assassinat de Monsieur Floribert Chebeya ».
Ce dernier, défenseur connu des droits de l’homme à la tête de La Voix des sans Voix, avait été assassiné avec son chauffeur, début juin 2010, à l’issue de sa convocation par le chef de la police, le général John Numbi, qui avait été suspendu devant le tollé international suscité par ce crime. Il n’avait cependant pas été jugé, en dépit des demandes des parents des victimes. Resté l’homme de Joseph Kabila au Katanga, il avait fait l’objet de sanctions des Etats-Unis et de l’Union européenne en 2016. En juillet dernier, il avait pourtant été nommé inspecteur général de l’armée congolaise. Le 20 février dernier, il avait menacé dans un tweet les « traîtres » au sein de la coalition kabiliste FCC, en réponse à un tweet d’un des dirigeants de celle-ci, Modeste Bahati, qui réclamait plus d’indépendance au sein de cette famille politique.
Début juin, un des accusés de l’assassinat de M. Chebeya, Paul Mwilambwe, actuellement en attente d’être jugé au Sénégal, a accusé le général Numbi d’être le commanditaire du crime et a demandé à être extradé vers Kinshasa, estimant qu’un jugement équitable y était possible sous la présidence Tshisekedi.
Liste fantaisiste
La lettre annonçant le « rétablissement de la souveraineté du Katanga » le 29 juin prochain fait référence à une précédente déclaration d’indépendance de la province cuprifère, annoncée par le même inconnu dans une lettre du 27 décembre 2018, pour le 1er janvier 2019 cette fois-là. Dans son annonce du 8 juin, le signataire explique que « c’est avec une grande satisfaction que nous constatons l’acquiescement tacite de toute la communauté internationale car aucune objection n’a été formulée près de six mois après ».
La déclaration du 27 décembre dernier prétendait parler au nom du « peuple souverain du Katanga » et comportait la liste de tous les « notables » katangais supposés approuver cette déclaration d’indépendance – mais pas leur signature. On ytrouve les noms de tous les Katangais les plus connus, appartenant à diverses tendances politiques.
Kyungu s’étrangle de colère
L’un d’entre eux, l’ex-président de l’Assemblée provinciale du Katanga unifié, Gabriel Kyungu wa Ku-Mwanza, a publié le 10 juin, au nom de son parti Unafec (Union des fédéralistes du Congo), un communiqué clairement marqué par la colère.Il y dit sa formation « indignée du comportement barbare et irresponsable affiché par certains inciviques se prenant pour des originaires du Katanga (…) et revendiquant son indépendance ». « Personne ne peut s’arronger le droit de procéder à la sécession. Par ce fait, l’Unafec interpelle les services de sécurité de ne ménager aucun effort pour mettre hors d’état de nuire tous ces détracteurs de mauvais goût qui ont concouru dans le cannibalisme ». Et l’ex-brandon autonomiste (le 12 décembre 1993, il avait prononcé « l’autonomie totale » du Shaba, dénomination mobutiste du Katanga, dont il était alors le gouverneur) d’assurer que « l’Unafec milite pour l’unité nationale et l’intégrité territoriale » et réaffirme « son soutien sans faille »à Félix Tshisekedi.
La Libre Afrique.be a contacté un autre de ces notables katangais cités par Patrick Masengo Kalasa, Christian Mwando. Ce dernier affirme qu’il « ne connaît pas ce Monsieur » et « n’a jamais été contacté par celui-ci avant de mettre (s)on nom dans sa liste ».
L’initiative apparaît donc comme fantaisiste au départ. Sa résurgence le 8 juin, en défense du général Numbi qui dirigea la Jeunesse du précédent parti de Gabriel Kyungu, l’Uferi, aux temps des pogroms anti-kasaïens de 1992-93 signifie-t-elle que Patrick Masengo cherche désespérément à faire parler de lui, sa première lettre n’ayant suscité que très peu de réactions? Ou que d’autres, en cette période troublée, tentent de l’utiliser?
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