Société
Les organisateurs espéraient 1,7 milliard de dollars d'aide humanitaire pour la RDC. Finalement, 528 millions ont été promis à Genève lors d'une conférence des donateurs boycottée par Kinshasa.
Le montant est bien inférieur aux attentes des organisateurs (Nations unies, Union européenne, Pays-Bas), qui espéraient entre 1,7 et 2,2 milliards de dollars pour aider 13 millions de Congolais dont 4,5 millions de déplacés, selon les Nations unies (230 000 selon Kinshasa).
L'ONU et les ONG font aussi état de « 7,7 millions de personnes touchées par l'insécurité alimentaire et plus de deux millions d'enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ».
Le montant est bien inférieur aux attentes de l'Union européenne ou le Pays-Bas. (© NL. Mission in Geneva/twitter)
« Nous sommes déçus que trop peu de pays envoient un vrai message d'espoir aux millions de Congolais qui ont désespérément besoin d'aide », a réagi le secrétaire général d'une ONG présente en RDC, Jan Egeland (Conseil norvégien des réfugiés).
Le patron de la branche humanitaire des Nations unies, Marck Lowcock, s'est cependant déclaré « content » du résultat de cette conférence à laquelle ont participé 54 pays.
Marck Lowcock, s'est cependant déclaré « content » du résultat de cette conférence. (© NL. Mission in Geneva/twitter)
Tout comme le porte-parole du Bureau des Affaires humanitaires de l'Onu (OCHA), Jens Laerke qui s'est félicité de ce que « La réunion de Genève a pu mobiliser plus d'un demi-milliard de dollars, c'est beaucoup d'argent ».
Selon lui, l'objectif était, certes, de mobiliser des fonds, mais surtout de « mettre en exergue la crise en République démocratique du Congo, qui est une crise oubliée dans le contexte de toutes les crises actuelles dans le monde. »
La crise humanitaire RDC est bien réelle
La communauté internationale a maintenu que « la République démocratique du Congo expérimente l'une des plus graves crises humanitaires » au monde, selon les mots du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, dans un message vidéo envoyé à Genève.
En RDC, « les besoins humanitaires augmentent », a mis en garde Mark Lowcock rappelant que la crise actuelle a ses racines dans les conflits ethniques, politiques et économiques. Selon le Chef d’OCHA, les violences ethniques se sont aggravées dans l’est de la RDC alors que certaines parties du pays jusqu’ici épargnées par les conflits armés et les catastrophes, ont connu des niveaux élevés de violence au cours de l’année écoulée.
Le gouvernement congolais a annoncé un plan de 100 millions de dollars pour la réinsertion des déplacés internes, dont dix millions auraient déjà été décaissés. « Autant que je sache, ces 100 millions de dollars vont aider des déplacés à rentrer au Congo. C'est une preuve que le gouvernement au Congo est d'accord avec nous sur le fait qu'il y a un problème humanitaire », estime le porte-parole de l'OCHA.
Même si le gouvernement de Joseph Kabila récuse cette conférence des donateurs, il ne fait pourtant rien pour la prise en charge des nombreux déplacés, soutient Jasmine Katshunga, avocate et militante des droits de l’homme dans la province du Kasaï central.
« La réticence de notre gouvernement fait encore réfléchir, on se demande pourquoi. Parce que le besoin est vraiment patent sur le terrain. Les aides sont lacunaires et le gouvernement n’est pas à même de répondre, ce serait-ce qu'à 1% de ces besoins humanitaires », affirme l'avocate.
« S’il y a des bonnes volontés qui se présentent, pourquoi ne pas sauter sur l’occasion pour donner la chance à ces nécessiteux-là ? », s'interroge-t-elle.
Les besoins sont nombreux et urgents pour les déplacés qui ont tout perdu. C’est pour cela que Jasmine Katshunga insiste sur la destination effective des fonds collectés à Genève. « Il y a des dons qui sont faits, mais avec le circuit que ça prend avant d'arriver aux victimes, le don devient insignifiant. »
Le ministre belge de la Coopération, Alexander De Croo, a lancé un appel aux « leaders congolais pour qu'ils prennent au sérieux la crise humanitaire qui sévit dans leur pays et s'attaquent aux causes intrinsèques de celle-ci ».
Une injonction qui risque de tendre un peu plus les relations entre Bruxelles et son ancienne colonie, voire ses « partenaires extérieurs » en général.
Une conference sur la RDC sans la RDC
Kinshasa, grand absent de la conférence de Genève sur la crise humanitaire en RDC. (© Twitter)
La conférence des donateurs a été beaucoup critiquée à Kinshasa, grand absent de la conférence de Genève.
L'objet du courroux de Kinshasa tient en grande partie au fait que le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) a déclaré en octobre 2017 le plus haut niveau d’urgence, L3, au Kasaï, au Tanganyika et au Sud-Kivu, trois régions de la RDC. Une classification qui était jusqu’alors réservée au Yémen ou à la Syrie.
Pour Kinshasa, cette classification qui assimile la RDC à des pays en guerre sous le feu de bombardements quotidiens comme la Syrie et le Yémen est perçue comme une humuliation.
« Ils ont présenté la situation sécuritaire du Congo comme similaire à celle de la Syrie. Ils ont gonflé les chiffres des déplacés qui n’atteignent pas un million, ils l’ont placé à quatre, six millions. Je ne sais pour quelle raison", déplore le porte-parole de la majorité présidentielle. Kinshasa estime le nombre de déplacés à un peu plus de 230.000. »
Pourtant le nombre de 4,5 millions de déplacés internes avait été accepté sans souci par le gouvernement de la RDC lors de sa présentation dans le plan de réponse humanitaire pour 2018, lancé en janvier avec le premier ministre Bruno Tshibala.
Souci de conciliation
A l’instar de l’Union européenne, plusieurs bailleurs ont cependant affirmé leur volonté de placer au-dessus de tout les souffrances de la population congolaise et de ses millions de déplacés victimes des conflits au Kasaï, au Tanganyika, dans les régions du Kivu et dernièrement en Ituri. « Il ne s’agit pas de fausses informations mais de réalités vécues sur le terrain », a martelé le commissaire européen aux affaires humanitaires, Christos Stylianides.
Dans une nouvelle tentative de conciliation, les Nations unies ont proposé au gouvernement congolais de reprendre les discussions sur l’assistance humanitaire « quand et où » il le désirerait. De son côté, l’Union africaine a annoncé son intention de créer une agence humanitaire qui garantira aux Etats du continent « un rôle central » dans la réponse qui est apportée aux crises. Son représentant, Ajay Kumar Bramdeo, n’a pas indiqué comment elle serait financée.
Les Nations unies, qui avaient organisé cette conférence des donateurs pour susciter un sursaut et sortir de l’oubli une crise qui touche plus de 13 millions de personnes, ont raté le rendez-vous. Le retrait du gouvernement congolais – en désaccord sur les chiffres avancés par l’ONU et refusant un siège de simple invité – a évidemment pesé. Comment aider un pays contre son gré ? Le gouvernement congolais parlera-t-il de victoire quand la vie de millions de personnes est en jeu ?
Le code à 7 caractères (précédé de « @ ») à côté du Nom est le Code MediaCongo de l’utilisateur. Par exemple « Jeanne243 @AB25CDF ». Ce code est unique à chaque utilisateur. Il permet de différencier les utilisateurs.
Réagir
Réagir
Réagir
Réagir
Réagir
Réagir
Réagir
Réagir
Réagir
Réagir
Les plus commentés
Politique Consultations politiques : Constant Mutamba invite Kabila et les opposants à répondre à cet appel du chef de l’Etat !
29.03.2025, 8 commentairesProvinces Nord-Kivu : Rwand’Air et Kenya Airways annoncés après l’ouverture de l’aéroport de Goma
29.03.2025, 8 commentairesPolitique Meeting populaire : « le chef de l’Etat a été élu pour un mandat de 5 ans, qu’il n’a pas encore épuisé alors pourquoi les ennemis de la République tentent de lui faire un coup d’état ? Déjà plus de 100 tentatives! (Cons
30.03.2025, 6 commentairesPolitique Paul Kagame accuse la Belgique d'impérialisme alors que lui-même mène une guerre impérialiste en RD Congo en exploite la culpabilité occidentale ! * (Opinion)
30.03.2025, 5 commentairesOnt commenté cet article
Ils nous font confiance