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Kulani Ndlovu en est encore surpris. C’est à l’aide de son seul téléphone portable que ce jeune père de 22 ans a trouvé en quelques semaines un travail à Johannesburg. « Je n’ai ni ordinateur, ni smartphone, mais j’ai pu rédiger mon CV sur l’écran de mon téléphone mobile en répondant aux questions de l’application Giraffe », explique-t-il.
Ainsi enclenché, ce processus de recherche d’emploi a vite été suivi d’effets. Kulani a reçu plusieurs offres par SMS et est, depuis quatre mois, chauffeur pour l’application Uber, au volant d’une Honda Ballade louée à un ami. « Cette recherche m’a coûté dix fois moins cher que si j’étais passé par des agences privées », précise celui qui a dû abandonner ses études de gestion pour raisons financières. « J’ai désormais jusqu’à 25 clients par jour et gagne assez d’argent pour faire vivre ma famille. J’avais déjà été taxi, de façon informelle, dans le bidonville de Tembisa. J’imagine que cela a joué pour recevoir cette proposition », suggère-t-il.
Une embauche dans 20 % des cas
De fait, ce n’est pas un agent recruteur mais un algorithme informatique qui a fait le rapprochement entre le profil de Kulani et cette offre. « A son inscription, tout demandeur d’emploi précise sur son téléphone sa formation, son expérience professionnelle et ses aspirations », explique l’entrepreneur Anish Shivdasani, créateur de Giraffe. « L’algorithme croise ces données avec les offres disponibles, puis envoie automatiquement par SMS les plus appropriées au candidat ».
Campagne de présentation de l'application mobile Giraffe dans la capitale sud-africaine. Crédits : Giraffe
Depuis février 2015, date de lancement de l’application, cette expérience a été vécue par 70.000 personnes, en majorité des femmes, qui dans six cas sur dix avaient plus de 25 ans. « Nous n’en sommes qu’au début, mais ces inscriptions ont débouché sur 7.000 invitations à des entretiens. Environ 3.500 candidats se sont rendus à ces rendez-vous et dans 20 % des cas cela a donné lieu à une embauche », précise Anish Shivdasani.
Quelque 200 entreprises inscrites
Caissiers, serveurs, réceptionnistes etc., les emplois proposés en ligne par les quelque 200 entreprises inscrites, parmi lesquelles Uber ou les enseignes Pizza Hut ou Nando’s, sont « de catégorie intermédiaire », poursuit le créateur. « C’est pour cela qu’il est important de prendre en compte la localisation du demandeur. En Afrique du Sud, certains salariés vont dépenser la moitié des 250 dollars qu’ils gagnent par mois en transport en commun. L’algorithme propose donc des offres à moins de dix kilomètres du domicile ».
Né à Londres de parents d’origine indienne, Anish Shivdasani n’était pas particulièrement prédestiné à s’installer en Afrique du Sud. C’est en découvrant ce pays en 2013 (il était alors consultant en télécommunication pour une entreprise de Dubaï) que ce globe-trotter invétéré a eu un déclic. « Je cherchais à développer une activité qui ait un impact social, se souvient ce trentenaire. Le chômage est une véritable plaie en Afrique du Sud où plus de la moitié des jeunes sont touchés. Or, tout le monde ici, qu’il habite un bidonville ou une zone très reculée, possède un téléphone. Je me suis juste demandé ce qui se passerait si cet outil si populaire pouvait tout à la fois permettre d’écrire un CV puis de recevoir des offres. C’est là qu’est née l’idée de l’application. »
L'équipe de Giraffe (au centre le fondateur Anish Shivdasani) dans les locaux de la start-up à Johannesburg. (Crédits: Giraffe)
La jeune entreprise ne compte pour l’instant que trois salariés mais prévoit d’élargir ses effectifs afin de « développer l’algorithme en intelligence artificielle » précise le fondateur. « La machine doit apprendre à utiliser toutes sortes d’informations, de la localisation du demandeur à ses aspirations professionnelles ou à ses performances lors d’une entrevue précédente. Les propositions d’emplois doivent, in fine, être les plus appropriées possibles ». Un apport d’argent frais devrait arriver par un prochain tour de table actuellement en négociation.
Les prochains défis ? Convaincre plus d’entreprises d’accepter de mettre leurs offres en ligne et faire connaître le service au plus grand nombre. Au volant de son taxi, Kulani est, lui, conquis. Il a parlé de cette application à ses copains et un d’entre eux vient d’obtenir un entretien. « Quand mon bébé de 5 mois sera en âge d’aller à la crèche, poursuit-il, c’est ce moyen que je conseillerai à ma femme pour chercher du travail. »
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