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Me Igor KINGULU : le speech du 15 décembre, « un discours-bilan » plutôt qu’un « discours-programme »

Me Igor KINGULU : le speech du 15 décembre, « un discours-bilan » plutôt qu’un « discours-programme »
Interviews

Très attendu par la population congolaise, le discours du président de la République prononcé une semaine après la sortie du gouvernement Matata II, dit de cohésion nationale, n’a pas répondu à toutes les attentes, selon une certaine opinion. Après tant de supputations et de débats sur la place publique du côté de la Majorité comme de l’Opposition, d’aucuns attendaient du chef de l’Etat d’affirmer formellement sa position quant aux prochaines élections lors de son discours du 15 décembre 2014, au Palais du peuple, devant les deux chambres réunies en Congrès. C’est pourquoi, nous avons interrogé Me Igor KINGULU, avocat au barreau de Kinshasa-Matete, analyste politique et coordonnateur scientifique au sein de l’Asbl Juriste au service de la nation, JSN Asbl, qui a bien voulu nous accorder cet entretien pour tenter de décrypter et d’analyser ces évènements politiques intervenus en cette fin d’année. Rencontre

MCN : Quelle lecture faites-vous du discours du chef de l’Etat ?

IK      : Le discours du chef de l'État sur l'État de la nation est une exigence constitutionnelle qui répond au besoin de rendre compte à la représentation nationale de la marche de la chose publique. Il est donc plus un "discours - bilan", plutôt qu'un "discours - programme". Ainsi, il va sans dire qu'il ne peut être que le reflet de la vie des congolais, la narration de leur quotidien. Le chef de l'État n'a fait donc que se conformer à cette exigence en se soumettant à un exercice répété et habituel. Seulement, vu le contexte politique actuel, ce discours avait revêtu un brin d'intérêt en plus, en ce sens que l'opinion pensait que le chef de l'État pourrait se prononcer sur la question qui passe pour être la plus importante actuellement, celle de la modification ou non de la constitution, pour la possibilité d'un troisième mandat. Et, vu sous cet angle, l'on serait tenté de dire que le discours du chef de l'État aura déçu plus d'un.

 
MCN : Comment interprétez-vous le silence du chef de l’Etat sur un "troisième mandat présidentiel" ?

IK      : Il faut de prime abord préciser que rien n'oblige le président de la république de se prononcer, avant l'heure, sur cette question. Par ailleurs, je vois très mal comment le chef de l'État pourrait se prononcer sur un troisième mandat, selon les dispositions actuelles de notre constitution. Évoquer la question d'un troisième mandat suppose nécessairement poser le préalable de la modification de la constitution. Or, c'est justement cela le nœud du problème, le centre même de toutes ces agitations et cogitations au sein de la classe politique et de la société civile. Je crois que le président évite de jeter le pavé dans la marre, tant qu'il n'y a pas encore une impérieuse nécessité. N'oublions pas que selon les dispositions constitutionnelles, l'élection présidentielle est organisée 90 jours avant la fin du mandat du président sortant. Faites la commutation des délais, et vous verrez qu'on n'en est encore pas là.

MCN : Les résultats du recensement vus comme une nécessité pour le processus électoral, le peuple congolais peut-il espérer élire un nouveau président en 2016 ?

IK     : Tenant compte de la projection temporelle faite par l'organe établi pour effectuer le recensement, il est clair que l'échéance de 2016 pour l’élection présidentielle notamment ne saurait être respectée, si le recensement est un préalable à la tenue de ces élections. L’Office a dit avoir besoin de 3 ans pour réaliser son travail de recensement, alors qu'une seule année ou tout au plus une année et demi seulement nous sépare de 2016. Par ailleurs, il demeure possible de réaliser ledit recensement, du reste nécessaire à la tenue des élections générales fiables, si l'échéance électorale visée est temporellement bien située c’est-à-dire après le temps exigé pour la réalisation du recensement. Au regard de ce qui précède, on ne peut pas espérer élire le nouveau président avant fin 2016, car M. Lumanu dit avoir besoin de 3 ans pour ce faire

MCN : L’actualisation des listes électorales, est-elle un moyen d’aller aux élections dans le respect des échéances ?

IK     :
Oui, je pense, effectivement, que pour résorber le problème du respect des prescrits constitutionnels en ce qui concerne le timing à respecter pour l'organisation de l'élection présidentielle, il faudrait procéder par une actualisation des listes électorales, comme cela avait été le cas pour les élections organisées en 2011.

L'on convient à penser que l'organisation préalable d'un recensement général de la population congolaise est un gage de la fiabilité des élections. Mais je pense que l'intégrité des animateurs de la commission électorale est un bien meilleur gage. Car, si on a tant décrié les élections de 2011, plus que celles de 2006, cela ne tient pas du fait de l'absence d'un quelconque recensement, bien plutôt de ce qui passait aux yeux de plus d'un comme une compromission des animateurs de l'institution électorale.

Il est donc, à mon avis, possible d'actualiser simplement les anciennes listes électorales afin de les adapter au contexte actuel de la croissance démographique, en enrôlant pourquoi pas d'éventuels nouveaux votants. On gagnerait en temps et on respecterait l'échéance constitutionnelle fixée.
 
MCN : Quelle lecture faites-vous du nouveau gouvernement ?

IK    
: Le nouveau gouvernement était une promesse faite par le chef de l'État, relayant les recommandations des assises des concertations nationales, pour répondre au besoin d'une implication plus prononcée des diverses forces politiques et sociales dans une dynamique inclusive. C'était il y a presqu'une année aujourd'hui. Depuis, beaucoup d'événements se sont produits et surtout de temps écoulés, emportant avec eux toute la ferveur de cette attente. Il en résulte que ledit gouvernement ne répondait plus qu'aux caprices des politiciens qu'aux véritables attentes de la population. C'est ce qui fait que sa publication il y a peu a été à peine plus qu'un non événement qui n'a point été accueilli avec enthousiasme au sein de la population. Je crois même que le président de la république s'y est penché plus avec le souci de respecter sa parole et tenir sa promesse qu'avec le sentiment de répondre à une exigence vitale pour la population ou le pays.

MCN : Serait-ce au nom de la cohésion nationale que de nouveaux ministères ont vu le jour ?

IK    
 : Non, je crois que le démembrement de certains ministères répond plus à un besoin de satisfaire et servir un nombre plus grand de différentes formations et personnalités politiques, plutôt qu'à une exigence quelconque d'assurer la cohésion nationale. Cela est moralement malsain et socialement intolérable. Je m’interroge sur la réflexion logique suivie pour séparer le ministère de l'enseignement primaire et secondaire de l'enseignement technique et professionnel. Et l'enseignement supérieur de la recherche scientifique ! On risque de se retrouver avec des ministres sans véritables portefeuilles. On payera leur ennui...

MCN : et de la représentativité au sein du nouveau gouvernement ?

IK     : Il est une obligation constitutionnelle que le gouvernement soit représentatif de toutes les sensibilités nationales. Cette obligation est d'autant plus importante qu'elle est le gage d'une fédération inclusive de toutes les couches et forces sociales en vue d'accompagner et soutenir l'action gouvernementale. Vu le contexte particulier qui a présidé à la naissance de ce gouvernement et le souci affiché d'obtenir une cohésion nationale, on ne peut pas dire que l'actuel gouvernement ait répondu à cette exigence, en considérant le fait que la province du Bas-Congo, par exemple, ne puisse pas y être assez bien représentée.

MCN : comment appréhendez-vous la révocation des trois têtes du MLC, membres du nouveau gouvernement ?

IK      :
Je pense qu'il y a un déficit de logique dans la prise de position du MLC. Ce gouvernement est l’émanation des travaux des concertations nationales auxquelles le MLC a bel et bien participé. Il est une des recommandations de ces assises et donc du MLC. On ne peut pas refuser en aval ce que l'on a avalisé en amont. Si le problème provenait du fait que la désignation des 3 personnalités n'a pas été faite par les instances habilitées au sein du parti, l'on comprendrait. Mais, si c'est la question même de la participation de ce parti à ce gouvernement qui est remis en cause, je crois que le MLC s'en mêle les pinceaux. La faute était déjà commise en acceptant de participer à ce forum alors même que l'UDPS ainsi que l'UNC avaient refusé de le faire...

 

MCN : Merci pour le temps que vous avez bien voulu nous accorder malgré vos nombreuses occupations.

 


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