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L’ENSEIGNEMENT À L’HEURE DE LA RÉFORME EN R. D. CONGO

 

Depuis à peu près 10 ans, des mesures et des réformes ont été adoptées pour résorber les difficultés que connait le système éducatif congolais. Qu’il s’agisse de l’accès ou de la rétention des effectifs, de la scolarisation des filles, de la qualité des enseignements ou de la formation continue des enseignants, le Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel (MEPSP) avec l’appui des Partenaires Techniques et Financiers (PTF) a mis sur pied plusieurs projets avec des résultats palpables dans les provinces pilotes. Ces mesures et réformes dont certaines sont ici présentées, se fondent sur la vision du Gouvernement en matière d’éducation exprimée dans la Loi-Cadre N°14/004 de l’enseignement national promulguée le 11 février 2014 et dans la Stratégie Sectorielle de l’Education et de la Formation (2016-2025) endossée par les Partenaires Techniques et Financiers. Dans la LoiCadre, le Gouvernement s’engage à « la construction d’un système éducatif inclusif et de qualité contribuant efficacement au développement national, à la promotion de la paix et d’une citoyenneté démocratique active ». Dans son Chapitre III, Article 9, la Loi-Cadre a retenu vingt-trois options fondamentales de l’enseignement national dont « l’éducation de base pour tous », « l’éducation environnementale, la formation au développement durable et aux changements climatiques », « l’éducation aux technologies de l’information et de la communication », « l’utilisation des langues nationales et/ou des langues du milieu comme médium et discipline d’enseignement et d’apprentissage », « l’adéquation entre la formation et l’emploi », « la maitrise et le contrôle de la science et de la technologie comme facteurs essentiels de la puissance économique » et « la promotion de l’intelligence et de l’esprit critique ». Nous notons là l’importance donnée à l’enseignement des disciplines STIM (Sciences, Technologie, Informatique et Mathématique) pour soutenir un développement durable de la nation. Dans la Stratégie Sectorielle de l’Education et de la Formation (20162025), trois axes stratégiques ont été arrêtés pour la période concernée. Il s’agit de « promouvoir un système éducatif plus équitable, au service de la croissance et de l’emploi », « créer les conditions d’un système éducatif de qualité » et « instaurer une gouvernance transparente et efficace ». Pour l’axe qualité, la Stratégie propose plusieurs pistes d’actions. Pour le niveau secondaire, nous trouvons « le renforcement du dialogue et des synergies avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur et Universitaire pour la formation initiale et continue des enseignants du secondaire », « la disponibilité du matériel didactique, de laboratoires et des salles d’expérimentation », « l’optimisation et l’actualisation des programmes d’études, avec une priorité pour les programmes de mathématiques, de sciences et de technologie ». Pour le niveau supérieur et universitaire, elle propose « l’ouverture au monde et aux technologies modernes », « le recours au TIC, à l’enseignement ouvert et à distance » et « le renforcement de la recherche ».

Partant de ces orientations, le Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel (MEPSP) et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (MESU) ont mis sur pied le Projet d’Education pour la Qualité et la Pertinence des Enseignements aux niveaux Secondaire et Universitaire, PEQPESU en sigle. Ce projet d’une durée de 6 ans (2016-2021) est financé par la Banque Mondiale à hauteur de 200 millions USD dont 130 sont un crédit et 70, un don. Il a deux objectifs : améliorer l'enseignement et l'apprentissage des mathématiques et des sciences au niveau secondaire ; et renforcer la pertinence de l’Enseignement Technique et Professionnel des niveaux d’enseignement secondaire et universitaire dans les secteurs prioritaires que sont les mines, la construction et l’agriculture. Ces actions se concentrent sur 12 provinces administratives pilotes : Kinshasa, Kwango, Kwilu, Tshopo, Ituri, Haut-Uélé, Haut Katanga, Lualaba, Kasaï Central, Kasaï, Equateur et Sud-Ubangi.

Le PEQPESU a été conçu pour soutenir plusieurs réformes qui changent profondément la physionomie du système éducatif congolais. La première est l’introduction de « l’éducation de base pour tous ». L’éducation de base est un concept nouveau adopté par plusieurs pays africains dans la perspective de l’atteinte de l’Objectif de développement durable n°41 (ODD4). Il s’agit de rassembler dans un continuum de 8 ans les 6 années du primaire avec les 2 premières années de l’enseignement secondaire général. Ces dernières deviennent alors le Cycle Terminal de l’Education de Base (CTEB) avec quatre fonctions : une fonction d’intégration des apprentissages des 8 années de l’éducation de base, une fonction d’orientation des élèves vers l’enseignement technique et professionnel ou les humanités, une fonction de professionnalisation des enseignements notamment en initiant les jeunes à l’entreprenariat et au leadership et une fonction de certification des acquis des élèves. Comme précisé dans la brochure éditée à cet effet par la Direction des Programmes Scolaires et Matériels Didactiques (DIPROMAD) du MEPSP : « L’Education de base est un programme qui fournit un cadre au renouvellement du curriculum susceptible de favoriser une amélioration de la qualité, de la pertinence et de l’égalité dans l’éducation. » En RDC, le renouvellement du curriculum dans cette perspective a débuté par la réforme des programmes du domaine d’apprentissage des sciences (mathématiques, sciences de la vie et de la Terre, sciences physiques, chimie, technologie et informatique) pour le Cycle Terminal de l’Education de Base (les deux années du secondaire général), un cycle charnière. Les profils d’entrée et de sortie des élèves sont adaptés ainsi que les contenus disciplinaires et le régime pédagogique. L’approche des programmes a également changé pour adopter l’Approche par les Situations. De tels programmes sont centrés sur la mise en activité des élèves par le traitement de situations qui ont un sens pour eux, qui font appel aux savoirs dits essentiels et qui permettent de développer des compétences. Les aspects du sens et de la contextualisation sont très importants dans les apprentissages. C’est la raison pour laquelle dans les nouveaux programmes, les situations sont disponibles en français et dans les quatre langues nationales, et que les enseignants seront formés pour construire des situations adaptées au contexte de leur milieu. Notre objectif est d’outiller les élèves en savoirs et en compétences leur permettant de jouer un rôle positif dans leur communauté.

La deuxième réforme soutenue par le PEQPESU est l’introduction dans les établissements d’enseignement supérieur et universitaire et dans les établissements d’enseignement technique et professionnel d’un nouveau mode de gestion basé sur les résultats. Pour les établissements d’enseignement supérieur et universitaire, il s’agit de l’introduction de Contrat de Performance (CDP) signé entre l’institution et le Gouvernement. Dans ce contrat, l’institution s’engage à améliorer ses performances dans des domaines convenus. En contrepartie, le Gouvernement au travers du PEQPESU, s’engage à lui verser une dotation pour financer cet effort. Les stratégies, les indicateurs et les cibles sont librement fixés par l’institution qui est accompagnée par l’Equipe de Gestion de Projet du PEQPESU. Ce nouveau mode de gestion vise à stimuler le développement des institutions d’enseignement supérieur et universitaire, à les aider à mener à bien leur plan stratégique de développement, à leur permettre de développer des programmes de courte durée répondant aux besoins du marché d’emploi et à les aider à s’arrimer au système LMD. Le PEQPESU finance ainsi 11 Contrats de Performance avec l’Université de Kinshasa, l’Université de Kisangani, l’Université de Lubumbashi, l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées de Kinshasa, l’Institut National du Bâtiment et des Travaux Publics, l’Institut Supérieur Pédagogique et Technique de Kinshasa et l’Institut Supérieur Pédagogique et Technique de Likasi.

Pour les établissements d’enseignement technique et professionnel, le PEQPESU finance des Plans de Développement de l’établissement (PDE) pour encourager ces écoles à satisfaire davantage les besoins locaux de leur environnement économique et à promouvoir une utilisation plus efficace et transparente des ressources. Dix-huit établissements pilotes verront ainsi leur PDE financé.

Une dernière réforme soutenue est l’adoption d’un Partenariat Public /Privé (PPP) plus efficace avec la participation de représentants du secteur privé dans les comités de gestion des établissements afin de mieux identifier et répondre aux pénuries de compétences, de développer des programmes alternants les études et les stages professionnels pratiques participant aux certificats et examens.

Les défis de la RDC en matière d’enseignement et de formation sont certes énormes, mais notre système éducatif n’a pas que des défauts. Et comme nous venons de le voir, nous aurions tort de penser que rien ne se fait pour remédier aux difficultés. Au niveau du Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel, des équipes d’experts sont formées. Les nouveaux programmes de sciences et de mathématiques du cycle terminal de l’éducation de base ont été prévalidés sur terrain en mars 2017 par des équipes d’enseignants mixtes (MEPSP et MESU) et ont reçu un haut degré d’acceptation. Ils passent maintenant à la phase de mise à l’essai en septembre 2017 dans environ 540 écoles pilotes (options scientifiques) réparties dans les 14 provinces éducationnelles ciblées. Les premiers retours nous apprennent que les acteurs de terrain (inspecteurs, enseignants du secondaire et des ISP) accueillent très favorablement l’approche très pratique adoptée pour l’enseignement des sciences, des mathématiques, de la technologie et de l’informatique. Et pour soutenir cette approche, 18000 kits scientifiques seront distribués dans toutes les écoles options scientifiques du pays. De plus, le PEQPESU va rénover et équiper les laboratoires de six ISP et de trente-six écoles scientifiques pour en faire des institutions modèles. Il faut noter ici le caractère sectoriel des actions du PEQPESU. La modernisation des programmes et des laboratoires, et la formation des enseignants se font en cohérence et coopération entre les niveaux secondaire et supérieur. C’est une énorme avancée.

Bien que nous n’ayons pas abordé la question de la revalorisation de la fonction enseignante qui reste un levier important, les réformes ici présentées apporteront des changements positifs à court, à moyen et à long terme. Mais pour ce faire, elles ont aussi besoin du soutien et de l’appui de tous, parents, enseignants, syndicats, secteur privé et public. Nous comptons sur vous tous et ensemble, nous réussirons. Bonne rentrée !

 

L’Unité Technique d’Appui PEQPESU MEPSP