La problématique des « enfants sorciers »: crise économique ou étrange vérité ? Mis en ligne, le 17/08/2009 (M. Tchimanga)
Certaines croyances demeurent les mêmes en Afrique. Ainsi en est-il du phénomène
des " enfants sorciers " que l'on retrouve dans d'autres pays comme
le Nigeria, le Benin, l'Angola, voire encore dans la diaspora africaine (Allemagne,
Royaume Unies, Suède, etc.) où ces faits ont défrayé
la chronique avec étonnement, incompréhension et même avec
des condamnations pénales. D'après des ONG, rien qu'a Kinshasa,
la capitale de la RDC, des 15 000 enfants de rue dits " Shégués
", 70% d'entre eux ont été chassés du toit familial
afin de conjurer le " mauvais sort " et les " esprits maléfiques
".
L'opinion sur ces " enfants sorciers " ou considérés comme
sorciers demeure divisée. Du côté des opposants à ces
pratiques, il ne s'agit là que des conséquences de la pauvreté
et l'effondrement de l'économie congolaise qui auraient provoqué,
sinon l'apparition, au moins la prolifération, de cette pratique: dans
un pays ou le système social est inexistant pour soutenir la famille et
parce que les parents ne sont plus à mesure de s'occuper et d'assumer les
besoins vitaux de leurs progénitures (ou enfants à leur charge),
les accusations de sorcellerie, et son corolaire le bannissement de l'enfant,
sont simplement des solutions pour permettre à une famille de survivre
face aux aléas du quotidien. Offrant, par la même occasion, lorsqu'ils
sont croyants - ce qui est le cas de la majorité -, à certains pasteurs
véreux le moyen de profiter de la ferveur religieuse de ces familles et
de la paupérisation de beaucoup d'entre eux pour y trouver une source d'enrichissement
personnels et une notoriété " d'inspiration divine " pour
leurs églises par les différents délivrances qu'ils pratiquent
- parfois moyennant paiement. Un " véritable marché des miracles
" comme le décrive ses détracteurs.
De l'autre côté, il y a ceux qui insistent qu'il s'agit bel et
bien de sorciers et de sorcellerie, phénomène ésotérique
ayant toujours existe depuis la nuit des temps et dont les influences mystiques
se répercutent sur la vie de plusieurs - notamment lorsque des décès,
maladies, problèmes en tout genre frappent à l'improviste - et
en ce compris sur le pays lui même avec son incapacité à
sortir de son état de pauvreté malgré toutes ses richesses.
Existence connue et pratiquée depuis le temps ancien par les ancêtres
(et encore fréquemment dans les villages) dont les preuves ont déjà
été apportées à plusieurs reprises publiquement
par de témoignages de certains adeptes ayant délaissés
ces pratiques ancestrales. Justifiant en outre que tous ces enfants de différentes
localités (ou pays) tiennent tous, à quelques détails près,
le même type de discours avec le même type de modus operandi : un
membre de la famille initiateur; sortie de nuit ; usage d'un banal objet du
quotidien pour voler ; possession de pouvoir pour faire le mal
prouvant
à souhait l'appartenance de ces enfants à cet univers et que,
dès lors, leur culpabilité dans les différents malheurs
inexplicables de la famille n'est plus à démontrer.
Que l'on soit pour l'un ou l'autre des camps, les conséquences de ces
accusations (ou prophéties) prononcées sur ces enfants (dits)
sorciers leur sont néfastes étant donné le risque d'hypothéquer
de la sorte leur avenir. Et bien au-delà, la société elle-même
peut en pâtir puisque livrés à eux même et à
la loi de la rue, un terreau fertile au banditisme et délits de tous
genre : meurtre, viols, drogue, prostitution,
ces enfants mis au ban de
la famille et de la communauté peuvent se sentir libres de commettre
toute sorte de violence et de forfaits contre la société et sa
population. Ce qui conduirait non plus simplement à une crainte maléfique
et invisible envers ces enfants mais à une peur bien réel quant
à leur nuisance sociale.
Face à cette problématique, plusieurs questions se posent : Quels
sont les veritables causes de ce phénomène ? Est-ce acceptable
au regard des conséquences ? Comment traiter cette problématique
: quel serait le rôle de l'Etat ; de la famille sur base de quelles dispositions,
projets et structures éducatives ? Et quelle devrait être la place
de(s) l'Église(s) ou communauté(s) dites chrétienne(s)
? Au travers de quels enseignements et pratiques " exorcistes " ?
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