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Face au virus Zika, tous les bébés ne sont pas génétiquement égaux

Face au virus Zika, tous les bébés ne sont pas génétiquement égaux 2018-02-07
Science & env.
http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/actualite/2018_actu/02-fevrier/01-04/zika_bebe_18_0001.jpg Sao Paulo, Brésil-

Une étude brésilienne montre que des prédispositions génétiques expliquent l’apparition du syndrome congénital chez les nourrissons exposés pendant la grossesse.

Près de trois ans après l’irruption de l’épidémie de Zika, fin 2015 au Brésil, et ses conséquences neurologiques dramatiques pour quelque 3 000 nouveau-nés, les chercheurs parviennent peu à peu à percer les mystères de ce virus aussi étrange que monstrueux.

Si le lien direct entre le Zika et les microcéphalies ne fait plus l’ombre d’un doute, les travaux dirigés par Mayana Zatz, professeure de génétique à l’institut de biosciences de l’Université de Sao Paulo (USP), publiés dans la revue spécialisée Nature Communications, vendredi 2 février, permettent désormais de répondre à une épineuse question : pourquoi la maladie, contractée par une femme enceinte, n’affecte pas systématiquement l’enfant à naître.

« Entre 6 % et 12 % des femmes atteintes de Zika pendant leur grossesse ont donné naissance à des nourrissons atteints par le syndrome congénital du Zika[diverses malformations neurologiques, notamment des microcéphalies], explique Mayana Zatz. Il y avait deux hypothèses, soit les bébés présentaient des facteurs de résistance, soit ils étaient au contraire dotés d’une vulnérabilité particulière. »

Pour lever le voile, la scientifique s’est penchée sur le cas particulier de jumeaux nés de « mère Zika ». Si les jumeaux monozygotes, filles ou garçons, ont tous été atteints de façon identique, les jumeaux dizygotes présentaient cette curiosité d’être inéquitablement sensibles à la maladie. L’un des deux jumeaux présente un développement normal quand son frère ou sa sœur, lourdement handicapé, possède toutes les caractéristiques du syndrome congénital du Zika : calcification au cerveau, altération du squelette, déficiences auditives et visuelles. Cette particularité a permis d’écarter la responsabilité unique d’un facteur environnemental, les jumeaux ayant été exposés in utero au même moment et de la même manière au virus.

Mutation récente du virus

L’équipe de Mme Zatz a donc entamé les analyses poussées sur le génome des bébés. Après avoir écarté l’existence d’un « gène » du Zika via l’étude de l’ADN des jumeaux, les chercheurs se sont inspirés de la technique du prix Nobel de médecine de 2012, Shinya Yamanaka, de l’Université de Kyoto, pour reprogrammer, in vitro, le comportement des cellules-souches participant à la formation du cerveau des différents échantillons.

Résultat : les cellules issues, via des prélèvements sanguins, de bébés atteints de graves malformations, se sont détruites beaucoup plus et beaucoup plus vite que celles des autres bébés. « Cela permet d’expliquer qu’il existe un terrain génétique favorable à l’irruption de la maladie. Mais, que ce facteur ne suffit pas, seul, à déclencher la maladie », explique Mme Zatz. « Il est fort probable que ces enfants, s’ils n’avaient pas été exposés au Zika, auraient eu un développement parfaitement normal », poursuit-elle.

Ces travaux permettent de mieux cerner ce mal qui a dévasté des milliers de familles. Cette découverte complète ainsi celle de chercheurs chinois et américains. Rendue publique par la revue Science le 28 septembre 2017, leur étude a mis au jour l’existence d’une mutation du virus, datée de 2013, qui expliquerait que le Zika, détecté en Afrique en 1947 dans une forêt d’Ouganda, sans aucun recensement concomitant de microcéphalies pendant des décennies, ait subitement provoqué ces graves malformations fœtales, après son arrivée en Amérique du Sud.

La communauté scientifique n’est toutefois pas encore arrivée à l’étape ultime, celle du vaccin. Selon le ministère de la santé brésilien, les recherches progressent et un antidote développé par l’institut Evandro Chagas (IEC), qui a déjà prouvé son efficacité sur les souris et les singes, devrait entrer en phase de tests sur les êtres humains d’ici à la fin de l’année.

Mais les experts s’inquiètent. A la désorganisation du gouvernement brésilien, au chaos des villes infestées par le moustique Aedes Aegypti, vecteur du Zika, de la dengue et du chikungunya, s’ajoutent des coupes budgétaires drastiques infligées au ministère des sciences et des technologies, qui freinent les recherches. Or, tous savent que le mal, après avoir curieusement disparu en 2017, fera, tôt ou tard, sa réapparition.

Claire Gatinois
Le Monde / MCN
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