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Récit de la répression policière du 31 décembre dans l’une des paroisses de Kinshasa

Récit de la répression policière du 31 décembre dans l’une des paroisses de Kinshasa 2018-01-05
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Trois jours après la répression sanglante des marches anti-Kabila, qui a fait cinq morts et 47 blessés selon un bilan provisoire de la Monusco, Jeune Afrique revient sur le déroulé de cette journée, dans l'une des paroisses de la capitale.

Dès les premières lueurs du jour, une foule dense de fidèles se presse, ce dimanche 31 décembre, à l’intérieur de la paroisse Saint Dominique, dans la commune kinoise de Limete. « D’ordinaire, nous organisons cinq messes durant le week-end, explique à Jeune Afrique le vicaire Jean Nkongolo, qui officie dans la paroisse depuis septembre 2017. Mais, cette fois-ci, nous en avions prévu une seule. » Un accroc à la tradition, rendu nécessaire par l’organisation des marches dimanche, par l’appel du comité des laïcs catholiques.

« J’ai ouvert les portes de l’église vers 6h du matin, explique le prêtre Jean Nkongolo. Et il n’y avait alors aucune présence militaire ou policière à signaler ». Soulagé, le religieux reprend ses occupations avant la messe, qui doit débuter sous peu. Mais son répit est de courte durée.

Vers 6 h 30, des dizaines d’hommes armés font leur apparition sur les principaux axes autour de la paroisse. Des barrières sont érigées, où les fidèles sont palpés sans ménagement. Impossible de traverser le cordon des forces de l’ordre sans présenter sa carte d’électeur.

Des « infiltrés » au sein de l’église ?

Après avoir été fouillés, les fidèles pénètrent à l’intérieur de la nef. Certains d’entre eux, vêtus d’une chemise blanche et d’un pantalon noir, retiennent l’attention de l’ecclésiastique. « Nous connaissons bien nos paroissiens, explique-t-il. Et ceux-là ne me disaient rien. Ils donnaient plutôt l’impression d’être des infiltrés des forces de sécurité. »

Après l’oraison finale, le représentant du comité des laïcs catholiques au sein de la paroisse Saint Dominique prend la parole et enjoint les fidèles à renoncer à leur marche. « La pression policière était trop forte, explique le prêtre Jean Nkongolo. Nous voulions éviter un bain de sang. » Des murmures, parfois désapprobateurs, s’élèvent dans les allées de la nef. Mais tous les fidèles acceptent finalement de se rendre en rangs serrés dans la grotte attenante à l’église, où ils doivent recevoir leur bénédiction.  

Arrivés sur les lieux, les fidèles essuient immédiatement des coups de feu tirés à balles réelles par les forces de sécurité. Des gerbes de sang éclaboussent la grotte. « Deux personnes, un homme et une femme, ont été blessées aux mollets, indique le prêtre Jean Nkongolo. Nous les avons évacués à l’hôpital Saint Joseph, qui est contigu à la paroisse. » Les autres fidèles se replient à l’intérieur de l’église, dont les abords sont rapidement enveloppés par des volutes de gaz lacrymogène.

Le prêtre touché par une balle en caoutchouc

Pour protéger les paroissiens, un homme tente de refermer le portail de l’église et d’empêcher, ainsi, les forces de l’ordre d’y pénétrer. Mais il est visé par une grenade de gaz lacrymogène, qui explose sur son dos. « Il s’en est sorti avec d’importantes brûlures », précise Jean Nkongolo.


Le prêtre Jean Nkongolo a reçu une balle en caoutchouc dans le visage © DP

Aux abords de l’église, une femme est également victime d’un tir en pleine tête. Sur des images diffusées par la télévision Canal Congo Télévision, on peut voir le clerc tenter de lui porter secours, avant d’être lui-même touché par un tir de balle en caoutchouc près de l’œil. « Grâce à l’aide d’un jeune homme, j’ai finalement pu la ramener dans l’église, explique-t-il. On la croyait morte, avec son visage maculé de sang. Mais elle a survécu à son passage au bloc opératoire, où on lui a délogé la balle. »

Trois jours après les événements de la Saint-Sylvestre, le vicaire ne décolère pas contre la répression sanglante des autorités dans les églises de la capitale. « J’éprouve de la déception, car les églises sont protégées par le droit international, déclare-t-il. On ne peut pas y pénétrer pour réprimer des manifestants pacifiques et désarmés. De la colère, aussi, en pensant à ce président, censé protéger sa population, et qui a les mains couvertes de sang. Pourquoi la communauté internationale continue de traiter avec lui ? Il est grand temps de nous débarrasser des dictateurs. »

Olivier Liffran
Jeune Afrique
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