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Cop 23 : la forêt d’Afrique centrale au centre d’un enjeu stratégique

Cop 23 : la forêt d’Afrique centrale au centre d’un enjeu stratégique 2017-11-16
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L'importance des ressources forestières du Bassin du Congo a été une fois de plus réaffirmée au rendez-vous mondial sur le climat qui s'achève ce 17 novembre à Bonn, en Allemagne.

Les assises de Bonn ont donné l'occasion à l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (Cafi) d'organiser, le 16 novembre au Pavillon France, une réunion pour marquer les deux années de ses actions et de rendre compte des succès ainsi que des défis auxquels elle fait face, à savoir une déforestation qui s'accélère dans la région .

Plusieurs personnalités ont pris part à la rencontre, notamment le ministre de l’Environnement de la RDC, Amy Ambatobe, ainsi que son collègue des Finances, Henry Yav Mulang (Via skype). A leur côté, ont été associés le ministre de l'Environnement de la France, Nicolas Hulot, la ministre allemande de l’Agriculture, Birgit Gerhardus, et Vidar Hegelsen, ministre norvégien de l’Environnement

Selon la Cafi, la forêt d’Afrique centrale, de la taille de l’Europe de l’ouest, représente un potentiel formidable pour atteindre l’objectif de 2 degrés. Cependant, elle disparaît de plus en plus vite. Pour l'initiative, une croissance économique sans destruction des forêts est possible, mais demande une volonté politique et un appui international soutenu. Un manque de volonté politique que dénonce aujourd’hui plusieurs ONG internationales et congolaises, précisément Global Witness qui affirme, dans son dernier communiqué, que le gouvernement de la RDC participe à des pourparlers sur le climat à la COP 23 tout en planifiant d'ouvrir la deuxième plus grande forêt tropicale du monde aux exploitants industriels de bois. « Alors que les dirigeants du monde se réunissent pour lutter contre le changement climatique à Bonn, le gouvernement de la RDC a rapidement organisé des réunions pour discuter de la levée d'un moratoire de 15 ans sur l'attribution de nouvelles concessions forestières industrielles dans la deuxième plus grande forêt tropicale humide au monde », indique l’ONG.

Cette déclaration a été démentie par le ministre congolais de l'Environnement. En effet,  Amy Ambatobe a déclaré, lors de cette rencontre, qu’il n'y aura pas de levée du moratoire sur les concessions forestières jusqu'à ce que toutes les conditions du décret présidentiel de 2005, ainsi que les modalités techniques définies dans la lettre d'intention de Cafi ne soient remplies.

Pour sa part, le ministre des Finances de la RDC, via une video skype à partir de Kinshasa, a indiqué : « Nous avons pris de nombreux engagements et avons engagé des réformes qui font de nos forêts un capital naturel à ne pas gaspiller. Nous sommes également conscients de l'importance cruciale de renforcer la gouvernance forestière et ainsi de promouvoir efficacement la gestion durable de nos ressources ».

Concluant le segment gouvernemental, la République du Congo a présenté son projet de plan national d'investissement REDD +, centré autour de 5 axes stratégiques. L'événement avait débuté avec la première diffusion d'un film documentaire de 5 minutes intitulé « Forêts d'Afrique centrale : la clé d'un avenir meilleur pour nous tous », commenté par l’acteur américain d’origine béninoise, Djimon Hounsou. Le film, tourné au Gabon et en RDC, souligne l'importance des forêts tropicales pour les populations locales (nourriture, abris, revenus) et pour le monde entier (climat, la biodiversité et la sécurité).

Deux millions d’hectares allouées à une seule entreprise en RDC?

Les ONG congolaises et internationales dont Global Witness dénoncent le fait que le gouvernement de la RDC prévoit de lever le moratoire sur les concessions forestières pour allouer deux millions d'hectares - quatre fois la limite légale pour les concessions forestières - à une seule entreprise dénommée « Silvere » en échange de son « soutien financier» au processus, mettant fin au gel des allocations.

Pour ces ONG, toute expansion de l'exploitation industrielle entraînerait une dégradation des forêts et une déforestation. Elle provoquerait une augmentation significative des émissions de carbone, y compris provenant des tourbières riches en carbone récemment découvertes qui reposent sous de larges zones de la forêt de la RDC. Des ONG telles Greenpeace, Rainforest Foundation UK, Rainforest Foundation Norway, Global Witness, Réseau Ressources Naturelles, Groupe de Travail Climat REDD Rénové et Dynamique des groupes  des peuples autochtones affirment avoir écrit aux principaux membres du gouvernement de la RDC et aux dirigeants internationaux tels que Patricia Espinosa Cantellano, secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ainsi qu’aux ministres de l'Environnement en France, en Allemagne et en Norvège, les exhortant à intervenir. 

Ainsi Victorine Che Thoener, qui dirige la campagne de Greenpeace dans le bassin du Congo, a prévenu que les tourbières récemment découvertes contiennent une quantité de carbone équivalant à trois ans d'émissions mondiales de combustibles fossiles et, par conséquent, doivent être préservées et le moratoire maintenu. La levée de ce moratoire, selon Global Witness, risquerait de saper les intentions déclarées de la RDC de faire progresser les programmes REDD avec le soutien du financement international. « Cela exacerberait également les problèmes d'une industrie qui, en RDC, est synonyme de gouvernance défaillante, de corruption de haut niveau ainsi que de conflits sociaux et de violations des droits des peuples des forêts », argumente l’ONG. Pour, Julien Kabalako Mbuku, du GTCR-R en RDC, au lieu de préparer la levée du moratoire, le gouvernement et les bailleurs devraient concentrer leurs efforts sur la protection des forêts du pays et améliorer la gouvernance du secteur.

5 millions d’hectares sans plan de gestion

Par ailleurs, les ONG appellent également le gouvernement de la RDC à annuler environ cinq millions d'hectares de concessions forestières qui fonctionnent sans plan de gestion et qui seraient donc en situation d’illégalité. Pour Jo Blackman, responsable de campagne chez Global Witness, les projets de la RDC d'ouvrir ses forêts aux exploitants tournent en dérision les tentatives des dirigeants du monde réunis à Bonn pour lutter contre le changement climatique. Pour sa part, Simon Counsell, directeur exécutif de Rainforest Foundation UK, a estimé que les dirigeants internationaux devraient insister pour que la RDC maintienne son moratoire, au risque de perdre le soutien financier international pour des programmes visant à réduire la déforestation et la dégradation des forêts.

La forêt d’Afrique centrale en chiffres

La Cafi note que la forêt d’Afrique centrale s'étend sur une surface de 240 millions d’hectares. Elle détient un puits de carbone équivalant à 6 ans d’émissions mondiales et accueille 60 millions de personnes par an. En outre, elle nourrit 40 millions de personnes dans les centres urbains proches des forêts et abrite de nombreuses espèces rares et menacées. En fin, elle compte 8000 espèces de plantes endémiques.

Patrick Ndungidi
Adiac-Congo / MCN
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2 commentaire(s)
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verité libère - 18.11.2017 06:19

Nous avons pris de nombreux engagements et avons engagé des réformes qui font de nos forêts un capital naturel à ne pas gaspiller. Nous sommes également conscients de l'importance cruciale de renforcer la gouvernance forestière et ainsi de promouvoir efficacement la gestion durable de nos ressources a dis son Excellence le ministre de Finance YAV MULANG merci pour votre ferme decision et position autoritaire vis a vis a l'ingerence mal cadrer et anti constitutionnel Des ONG telles Greenpeace, Rainforest Foundation UK, Rainforest Foundation Norway, Global Witness, Réseau Ressources Naturelles.

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