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Mort de Liliane Bettencourt, l'héritière de L'Oréal

Mort de Liliane Bettencourt, l'héritière de L'Oréal 2017-09-22
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http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/lOreal.jpg Paris-

Liliane Bettencourt, fille du fondateur du groupe de cosmétiques, s'est éteinte dans la nuit de mercredi à jeudi à l'âge de 94 ans.

Riche, immensément riche. Elégante, sinon vraiment belle. Fatalement un peu célèbre. Et pourtant si secrète. Liliane Bettencourt, morte à son domicile dans la nuit de mercredi à jeudi à l'âge de 94 ans, est restée, sa vie durant, en retrait de l'avant-scène. Pas question, comme d'autres, de s'afficher avec la jet-set à Monaco ou Saint-Tropez. Ni de poser longuement pour les photographes. En une vie, à peine une ou deux interviews. Elle fuyait les journalistes.

Malgré elle, cette femme discrète au visage ridé et souriant a pourtant fait la une des journaux les dernières années de sa vie, au terme d'une retentissante affaire qui l'a opposée à sa fille. Un long feuilleton judiciaire depuis 2008, mêlant un photographe-écrivain germanopratin et des hommes politiques avec, en toile de fond, la tentative de profiter de l'immense fortune de l'héritière de L'Oréal, 14e fortune mondiale. Jeudi soir, le PDG de L'Oréal, Jean-Paul Agon, a exprimé son « immense tristesse » à l'annonce du décès. « Ma mère est partie paisiblement », a écrit sa fille, Françoise Bettencourt Meyers dans un communiqué. « Elle aurait eu 95 ans, le 21 octobre. »

« La fille d'un père »

« Je suis surtout la fille d'un père. » Lâchée un jour par Liliane Bettencourt, la formule est saisissante. Elle dit d'abord l'absence maternelle. Liliane n'a pas cinq ans lorsque sa mère, musicienne, Betsy, disparaît, emportée en une nuit par un abcès au foie. « Quand elle est morte, il n'y a plus eu de musique dans la maison », avait-elle un jour confié. La phrase marque aussi l'immense admiration que portera toujours Liliane à son père, Eugène Schueller. Un personnage complexe, entrepreneur d'exception, qui légua à sa fille un héritage plus que fructueux mais aussi un passé encombrant.

Quand Liliane naît, le 21 octobre 1922 à Paris, son père est un patron qui monte. Ses débuts n'ont pas été faciles. Issu d'une famille alsacienne très modeste, il a été durant sa jeunesse apprenti dans la pâtisserie paternelle, colporteur et marchand de tissu sur les marchés. Mais ses études d'ingénieur chimiste bouleversent son destin. Dans son appartement, il met au point une teinture de synthèse. Après son travail de préparateur à la Sorbonne, il va la proposer aux coiffeurs. Les résultats semblent encourageants. Si bien qu'en 1908, à 27 ans, il crée sa propre affaire de teinture pour les cheveux. Sa marque : L'Auréale...

Après la guerre de 1914-1918, la société, rebaptisée « L'Oréal », repart de plus belle. En 1920, elle emploie 10 représentants, et assure sa promotion grâce au journal professionnel fondé par Schueller, « La Coiffure de Paris ». Peu de temps avant la naissance de Liliane, celui-ci prend en outre la direction technique d'une petite entreprise de plastique, la Société Industrielle de Celluloïd, qu'il fusionne rapidement avec un autre fabricant pour constituer la Nobel Française. En 1925, il lâche la Nobel et échange ses titres contre une participation dans la filiale française de la société américaine de vernis Valentine. Et trois ans plus tard, il ajoute à sa pelote le fabricant de savonnettes Monsavon, tandis que L'Oréal ouvre sa première usine, rue Clavel, à Paris. C'est le début d'une histoire à succès, jalonnée de lancements comme ceux du shampoing Dop ou de l'Ambre solaire, d'audacieuses campagnes de publicité, d'acquisitions en série.

« En pension chez les dominicaines »

Pendant que son père construit ainsi un petit groupe industriel, Liliane, fille unique, orpheline de mère, est placée en pension chez les dominicaines. Adolescente, elle travaille régulièrement quelques semaines, à la fin des vacances, dans l'entreprise paternelle.

Mais Schueller n'est pas seulement un entrepreneur efficace. Il se flatte d'être économiste et multiplie les livres, discours et causeries pour défendre le salaire proportionnel ou l'impôt sur l'énergie. Il s'engage aussi politiquement. Financier avant-guerre du mouvement clandestin d'extrême droite la Cagoule, proche de collaborateurs comme Deloncle ou Déat, partisan de « donner aux juifs qui seront conservés en France un statut sévère les empêchant de polluer notre race », il aura maille à partir à la Libération avec le comité d'épuration des industries chimiques. Il sera néanmoins relaxé, certains amis ayant alors témoigné qu'il avait simultanément protégé certains juifs et des réfractaires au travail obligatoire en Allemagne.

En 1950, Liliane épouse André Bettencourt, un de ceux qui ont contribué à sauver son père de l'épuration, même s'il a lui-même écrit au début de la guerre des articles antirépublicains et antisémites. Ami de François Dalle - le futur PDG de L'Oréal - et de François Mitterrand, qu'il a rencontrés au « 104 », un foyer pour étudiants provinciaux, rue de Vaugirard, ce jeune homme issu d'une vieille famille bourgeoise entame très tôt une carrière politique. Conseiller général en 1946, député en 1951, conseiller au cabinet de Pierre Mendès France, il est ensuite plusieurs fois ministre dans des gouvernements de droite, auprès de Georges Pompidou, Maurice Couve de Murville, Jacques Chaban-Delmas et Pierre Messmer. Puis il siège au Sénat pendant presque vingt ans.

« Femme de député »

Durant toute cette période, Liliane Bettencourt, qui ne travaille pas, est avant tout la femme du député, du ministre. Voyages officiels, contacts amicaux avec les Pompidou... Mais, à partir de 1957, avec la mort d'Eugène Schueller, elle se retrouve à nouveau « surtout la fille d'un père ». L'héritière de ce qui est en train de devenir un empire.

Plutôt que d'en reprendre elle-même les rênes, elle s'en remet alors à François Dalle, adoubé peu avant par le PDG comme dauphin, celui qui « fera le grand L'Oréal ». Un choix dont elle n'aura pas à se repentir. Dalle, puis ses successeurs, Charles Zviak et Lindsay Owen-Jones, ne cesseront de faire grandir le groupe et sa valeur boursière. Quand L'Oréal se hisse au premier rang mondial des cosmétiques, son actionnaire majoritaire devient la femme la plus riche de France. Sa fortune est estimée à 39,5 milliards de dollars selon le classement 2017 du magazine « Forbes ».

« Fondation richement dotée »

Une femme qui vit entre son hôtel particulier de Neuilly, sa propriété de l'Arcouest, en Bretagne, celle de Belle-Roche, à Saint-Maurice, et sa villa des Baléares, entourée de domestiques en nombre, de beaux meubles et de tableaux de maître. Une grande bourgeoise avec ses oeuvres, sa fondation Bettencourt-Schueller richement dotée. Une rentière considérée parfois comme un symbole : « La société pourrait se passer de Mme Bettencourt, qui gagne en une minute, sans rien faire, ce que gagnent les ouvriers de ses usines en travaillant durant un mois entier », clamait Arlette Laguiller, de Lutte ouvrière, en 2002.

L'Oréal ? Elle n'en reçoit pas seulement les dividendes. Elle valide aussi les décisions stratégiques, comme la diversification dans la pharmacie avec Synthélabo ou l'entrée en Bourse en 1963. Elle est évidemment à la manoeuvre lors de la vente d'une partie du capital à Nestlé en 1974. Liliane Bettencourt cède alors au groupe suisse 49 % de Gesparal, la société créée pour contrôler L'Oréal. Sous réserve du feu vert du gouvernement, elle lui accorde également un droit de préemption sur les 51 % restants. En échange, elle reçoit 4,1 % de Nestlé, dont elle devient le premier actionnaire individuel. A partir de 1995, elle siège en outre au conseil d'administration de L'Oréal et préside le comité des rémunérations.

A cela s'ajoute un rôle de représentation, notamment lors de manifestations comme le Trophée Lancôme. Autant de fonctions qui reviennent à Françoise, 64 ans, fille unique du couple Bettencourt, son mari, Jean-Pierre Meyers, issu d'une famille de la bourgeoisie juive, et leurs enfants. Une transition qui s'est faite plus tôt que prévu. Après la plainte pour « abus de faiblesse » déposée par sa fille fin 2008, à l'encontre du peintre et écrivain François-Marie Banier, accusé d'avoir bénéficié de dons d'un montant proche de 1 milliard d'euros, Liliane Bettencourt a été placée sous tutelle trois ans plus tard. Ce qui l'a contrainte, en 2012, à abandonner son siège au conseil d'administration de L'Oréal au profit de l'aîné de ses petits-fils, Jean-Victor Meyers. Prudente, Liliane Bettencourt a réglé les frais de succession par avance, dès 1992. A leur tour, Françoise et son mari deviennent le couple le plus riche de France.

 


Les Echos
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1 commentaire(s)
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Yende - 29.09.2017 16:44

Paix à son âme. Notez que vanité, tout est vanité et poursuite du vent.

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