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Experts de l’ONU tués en RDC et leurs quatre accompagnateurs congolais : RFI suggère la piste d'un guet-apens

Experts de l’ONU tués en RDC et leurs quatre accompagnateurs congolais : RFI suggère la piste d'un guet-apens 2017-09-13
Provinces
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Les experts de l'ONU Zaida Catalan et Michael Sharp, ainsi que leurs accompagnateurs, ont été assassinés dans le Kasaï, en mars 2017.

C'était il y a six mois, deux experts de l'ONU étaient portés disparus au Kasaï central. Les corps de Michael Sharp et Zaida Catalan étaient retrouvés deux semaines plus tard. On est toujours sans nouvelles de leurs quatre accompagnateurs congolais. Un procès est en cours à Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï.

Dans le box des accusés, des miliciens Kamwena Nsapu que la justice militaire pense responsables de ce double meurtre. Des enquêteurs mandatés par l'ONU ont conclu à une version similaire de celle de la justice militaire congolaise en charge du dossier.

Mais six mois après cette exécution, un crime inédit au Congo, RFI publie une enquête exclusive qui met en doute la version officielle et suggère la piste d'un guet-apens. RFI serait entrée en possession d'un enregistrement d'une conversation entre les experts et des membres de la cour royale de Kamwena Nsapu. Une réunion infiltrée par des agents des services de sécurité de l'Etat qui ont induit en erreur les deux experts.

Michael Sharp et Zaida Catalan avaient rendez-vous avec François Muamba, un chef d'une des délégations de la cour Kamwena Nsapu venue négocier un accord avec le gouvernement congolais et des proches ayant servi d'interprètes. Nous sommes à la veille de la mort des deux experts. Ils préparent une mission dans la localité de Bunkonde à deux heures de route de Kananga où, disent-ils, ils espèrent en savoir plus sur des groupes de miliciens « très différents » de ce qu'ils savent des adeptes de Kamwena Nsapu. Des miliciens « mieux armés » notamment.

Le rôle trouble des traducteurs et proches de François Muamba

Le 24 Avril 2017, les autorités congolaises présentaient une vidéo montrant le double meurtre des experts de l'ONU (triple si c’est bien à ce moment-là que leur interprète est tué, ce qui n’apparaît pas clairement sur les images) par les adeptes de "Kamwena Nsapu" dans la province du Kasaï.

Dans cet entretien avec François Muamba, il n’y a aucune animosité. Michael Sharp et Zaida Catalan prennent le temps d’exposer leur rôle. Ils travaillent pour le Conseil de sécurité de l’ONU et préparent un rapport qui lui sera adressé. Le discours d’introduction de l’expert américain est traduit au vieux féticheur en ciluba, la langue locale : « Ils sont venus pour une enquête, en vue de savoir ce qui s’est réellement passé. Ils font ceci lorsqu’il y a conflit quelque part. »

Les deux experts sont transparents avec leurs interlocuteurs. Depuis leur arrivée à Kananga, ils ont rencontré les autorités civiles, la police, l’armée, des représentants de l’église catholique. En ce matin du 11 mars 2017, ils ajoutent qu’il est important pour eux de rencontrer un membre de la famille du chef Kamwena Nsapu pour entendre sa version des faits et faire passer « son message » à la Monusco et à New York.

L'interlocuteur des deux experts, ne parle pas français. A plusieurs reprises, il met en garde les deux experts contre l'idée de se rendre à Bunkonde et leur suggère de se rendre plutôt dans le village Kamwena Nsapu, où il pense pouvoir contrôler les miliciens. Mais jamais ces mises en garde en Tshiluba, la langue locale, ne seront traduites. Les différents interprètes traduiront tout le contraire à Michael Sharp et Zaida Catalan. Toutes les garanties de sécurité leur seront données. « N’ayez pas peur. Surtout ce côté que vous allez emprunter, il n’y a rien », aurait ainsi déclaré un des traducteurs d'après l'enregistrement obtenu par RFI. 

Et parmi les personnes qui mentent aux deux experts, RFI a réussi à identifier leur interprète présumé : Betu Tshintela qui va les accompagner, son cousin José Tshibuabua, agent de l'agence nationale des services de renseignement, l'ANR. Et un membre de la famille royale, proche du nouveau chef, Thomas Nkashama qui ment sur son identité et se fait appeler Tom Perriello, du nom de l'ancien envoyé spécial américain. Selon des proches et des témoins, Thomas Nkashama est aujourd'hui agent d'un autre service de sécurité congolais, la DGM.

Officiellement, le gouvernement congolais a dit après la mort des deux experts ne jamais avoir été informé de cette mission. Thomas Nkashama et José Tshibuabua n'ont jamais comparu devant le tribunal de garnison militaire de Kananga. Ils étaient tous deux injoignables ces derniers jours. RFI n'est donc pas en mesure d'expliquer les motivations.

Que sont devenus les quatre accompagnateurs ?


Sur les quatre accompagnateurs, trois seulement ont été formellement identifiés. Les deux experts et Betu Tshintela seraient partis avec trois motos taxis : Isaac Kabuayi, Pascal Nzala et un troisième motard dont on ne connait que le prénom, Moïse. 

Au moment de sa disparition, Isaac Kabuayi, 23 ans, est moto taxi depuis six mois à peine. Son oncle, chez qui il loge, explique que le jeune homme est parti au pied levé : « J’étais à l’église, ce sont les voisins qui m’ont prévenu que mon fils était parti avec deux blancs de l’ONU. »

Pascal Nzala est chauffeur de moto et mécanicien depuis près de 6 ans. Né à Kisangani, il habite comme Isaac Kabuayi à Kananga 2, une zone plutôt favorable aux Kamwena Nsapu. C’est un ancien employé local des Nations unies. Il avait travaillé pour la mission onusienne à Mbuji-Mayi au début des années 2000. Pascal Nzala avait - lui - prévenu ses enfants qu’il partait travailler pour la journée pour la Monusco.

Pendant six mois, il n’y a aucune certitude sur l’identité du troisième présumé motard. Certains le disaient venu de Kamako, un village tout proche de la frontière angolaise. Mais parmi les habitants de cette localité, la plupart sont réfugiés en Angola, certains se souvenaient de la disparition d’un motard qui a disparu, Moïse Sesanga Tshibuabua. Mais, selon ces réfugiés, c’était bien avant l’attaque de leur village, le 6 mars 2017, bien avant la mort des deux experts. Il faisait souvent la route entre Kamako, Kananga et Tshikapa, mais fin février alors qu’il se rendait à Tshikapa, il n’est jamais revenu. Selon les familles des deux premiers motards, tout récemment, un parent du troisième aurait refait surface, prétendant que tous ces derniers mois, il était en voyage.

Les quatre accompagnateurs ont-ils joué un rôle ? D’abord, il y a Betu Tshintela, « l’interprète ». Il semble très bien connecté et pas seulement à Clément Kanku. Selon un proche, il pouvait appeler des hauts gradés de l’armée à Kananga. Il a aussi un accès privilégié à Innocente Bakanseka, la ministre de la Santé du gouvernement provincial. Celle qui était aussi porte-parole du gouvernement provincial jusqu’en janvier 2017 est membre de la famille de Kamwena Nsapu et pourtant « très » proche du gouverneur Alex Kande. Les deux experts enquêtaient sur lui comme sur sa ministre.

Ce nom de Betu Tshintela, l’ONU l’obtient à travers un agent du gouvernement provincial, un ancien missionnaire américain devenu chef des services informatiques du gouvernorat. Ce dernier a rencontré les experts deux jours avant leur disparition. Après, il a dit être le messager d’une « cousine » de Betu, inquiète de sa disparition, mais qui veut rester anonyme. La fameuse « cousine » a refusé tout contact direct avec RFI.

Pour le gouvernement congolais, le corps de Betu Tshintela a été retrouvé avec celui des deux experts. L’ONU, elle, dit n’avoir retrouvé que les dépouilles de Michael Sharp et Zaida Catalan et être toujours à la recherche de leurs « quatre accompagnateurs ». Pourtant la justice militaire congolaise et la police onusienne ont travaillé main dans la main lors de la découverte des corps des deux experts, le 27 mars 2017. La première autopsie a d’ailleurs été effectuée par un médecin congolais qui, trouvant les corps trop sales, les a lavés. Dans les jours qui ont précédé, ils ont bien retrouvé d’autres restes humains, mais dont l’état de décomposition était beaucoup plus avancé. Kinshasa insiste : le corps de Betu Tshintela a été retrouvé et rendu à sa famille, ce que ses parents démentent.

Dans le procès de Kananga, les familles ne sont toujours pas parties civiles, mais tout récemment, un magistrat militaire a pris en note leur déclaration. « C’est un procès pour la mort des experts, pas les nôtres », explique un parent de Pascal Nzala. Le gouvernement congolais en parle pourtant souvent publiquement, accusant l’ONU ou les médias de ne s’intéresser qu’aux experts « blancs » et pas aux victimes congolaises.

Jean-Bosco Mukanda, l'étrange témoin du procès de Kananga

À droite, en chemise rose, Jean-Bosco Mukanda, le témoin-vedette, témoigne sous les yeux d'Evariste Ilunga dit Beaugars, principal suspect du procès de Kananga. (© RFI )

Le principal témoin du crime est un informateur de l'armée congolaise, un chef de milice supplétif des FARDC, disent même des habitants de Bunkonde, ce que Jean-Bosco Mukanda dément.

« Qu'est-ce que j'ai gagné ? Aujourd'hui il y a des ennemis, là, qui continuent de jouer avec ces mauvaises accusations à mon égard. Comment est-ce que je peux continuer à aider la justice congolaise, soit aider la Monusco sans qu'il se défie avec de telles accusations ? » Réplique-t-il. « Ce sont des fausses accusations pour m'affaiblir et pour que je ne dénonce pas […] je deviens mauvais car je donne des renseignements », rajoute-t-il encore.

Ces six derniers mois, Jean-Bosco Mukanda était surtout un quasi-auxiliaire de justice pour l'ONU comme la justice congolaise. C'est lui qui a indiqué la tombe des deux experts tués. Encore lui qui a désigné de potentiels suspects aujourd'hui arrêtés.

Devant la cour, l'excellent témoin dit avoir assisté à l'exécution, tout en assurant avoir été lui-même presque tué un mois plus tôt par les mêmes miliciens mais qui, ce jour-là, ne l'auraient pas inquiété.

Les quatre principaux accusés du procès de Kananga. (© RFI )

Toutefois, selon des spectateurs dans le public, sur le banc des accusés, le jeune Evariste Ilunga ne cesse de répéter, comme par défi, que lui connaissait Jean-Bosco Mukanda comme un « grand » chef de milice. Mais à la barre du tribunal militaire de garnison de Kananga, Jean-Bosco Mukanda est catégorique : « En tant qu’intellectuel-enseignant, je ne pouvais jamais soutenir ce mal. » Son discours est en tout point sur la même ligne que celui de l’accusation et du gouvernement congolais. Les Kamwena Nsapu sont des terroristes, des illuminés, drogués et... cupides.

Jean-Bosco Mukanda, c’est le témoin de tout le monde. C’est lui, l’auteur du premier coup de fil « traçable » après le meurtre, dans les 26 minutes qui ont suivi l’appel au secours de la Suédoise Zaida Catalan. Le 18 mars 2017, quand les Casques bleus se rapprochent pour la première fois du lieu où les corps des suppliciés ont été découverts, c’est Jean-Bosco Mukanda qui va au-devant de la patrouille.

Selon des sources onusiennes, il se met alors immédiatement à accuser ses voisins, peut-être même ses anciens collègues miliciens, d’avoir tué "les deux Blancs". Il détaille le crime à différentes divisions de l’ONU, aux organisations de défense des droits de l’homme et aux médias. Il leur dit aussi plus d’une fois qu’il craint pour sa sécurité, et admet avoir pris une fois, "mais sous la contrainte", le baptême, la potion qui fait d’un simple villageois un adepte du chef insurgé Kamwena Nsapu.

A Bunkonde, le « témoin patriote » Jean-Bosco Mukanda a pourtant une réputation plus sombre, celle d’être lui-même un redoutable chef de milice. Il a toujours aimé parler. Selon ses interlocuteurs dans les médias ou la société civile, il s’appliquait au début de l’insurrection à dénoncer les exactions commises par l’armée. « C’était au minimum un sympathisant de la milice », confie un journaliste local.

En mars 2017, un haut gradé de l’armée le qualifie - lui - d’ancien chef de milice, devenu informateur de l’armée. Pourtant, plusieurs habitants de la région de Bunkonde accusent Jean-Bosco Mukanda d’avoir des hommes, des armes et de s’être livré à des braquages.

Parmi les anecdotes qu'ils racontent sur lui, il y en a une qui se déroule un mois à peine après la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan. Le samedi 8 avril 2017, le « patriote » Jean-Bosco Mukanda et ses hommes auraient violenté une femme qui refusait de se soumettre à leur campagne de travaux forcés. Poursuivie par les miliciens, la femme se serait réfugiée chez les FARDC.

Les militaires auraient tiré sur les miliciens pour les disperser et auraient même tué un jeune d’une vingtaine d’années. Jean-Bosco Mukanda et quatre de ses hommes auraient été arrêtés le jour même, puis relâchés quelques heures plus tard. Seule la victime, accusée par l’armée congolaise d’avoir propagé de fausses informations, aurait été gardée au cachot. Les témoins de ces exactions ont peur de parler : « il est protégé. »


RFI / MCN, via mediacongo.net
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7 commentaire(s)
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ALEXANDRE STARK - 14.09.2017 09:53

Lamentable et Répugnant comme d’ailleurs tout ce qui ce passe dans cette beau pays mais avec une mentalité de GRANDE MERDE .

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msbo - 13.09.2017 15:16

C'est regrettable que tu dise ça Jckmzlo !!!

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bukitra1 - 13.09.2017 13:57

Jckmzlo est malade mental

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msbo - 13.09.2017 13:16

C'est regrettable que tu dise ça Jckmzlo !!!

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msbo - 13.09.2017 13:09

C'est regrettable que tu dise ça Jckmzlo !!!

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AZARIAS RUBERWA - 13.09.2017 12:52

[CETTE PARTIE DU COMMENTAIRE A ETE SUPPRIME POUR CAUSE DE MANQUE DE SAVOIR-VIVRE ENVERS UN AUTRE INTERVENANT]..., toi Jckmzlo , qui ne sait pas que c'est ton chef KANABE qui es à la base de la mort de ces experts ???, boko sambua, la vérité finira par triomphé, makila ya bana batu bo bomaki, nzamlbe ako sukisa bino

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Jckmzlo - 13.09.2017 11:00

Toutes les stratégies visant à nuire aux institutions établies n'aboutiront jamais, car DIEU ESPRIT SAINT est JUSTE. Si ces deux EXPERTS avaient une intention de causer du tord à la république DIEU PERE ESPRIT SAINT le maître de temps et des circonstances les rendra justice dans le cas contraire peine perdue.

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