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Maigre mais pas trop, comment la mode nous ment

Maigre mais pas trop, comment la mode nous ment 2017-09-12
Style et Beauté
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Une partie de l'industrie de la mode s'est engagée à ne plus employer de mannequin âgée de moins de 16 ans et dont la taille est inférieure à 34. Crédible?

L'essence de la mode, c'est le rêve. Elle est à mon avis incompatible avec la diététique ou la santé. Elle est hors norme, hors charte, hors décret. Quand on impose à la mode des IMC (indice de masse corporelle), des mensurations, des poids, des âges, des règles, la mode panique, vacille puis se rebelle.


L'extrême maigreur a été remise à la mode par la vogue des filles "taille zéro", décharnées et nageant dans du 32. Si faméliques qu'elles en étaient impressionnantes. Des faits divers de mannequins tombées dans l'anorexie, dont certaines se sont suicidées, avaient provoqué des réactions et des controverses. Déjà des tentatives de charte et de régulation avaient suivi, sans succès ou dans une relative hypocrisie.


Ce que la mode aime faire croire, c'est que les mannequins peuvent rentrer dans un skinny, même un super skinny en toutes circonstances et quelle que soit son hygiène de vie. On est là pour vendre du rêve, une utopie de minceur et de jeunesse éternelle. On ne va pas révéler qu'un top model s'affame, qu'elle fait un repas par jour ou qu'elle ne mange que des pommes ou des blancs de dinde sans sel pour faire fantasmer la planète mode. Ce qui fait rêver c'est la top model qui répond à la journaliste sur ses secrets de ligne par un "moi mon dessert préféré c'est l'éclair au chocolat et je raffole du cassoulet... de toute façon, je mange ce que je veux autant que je veux... j'ai de la chance." Oui, bien sûr, elle a de la chance, même quand elle jeûne, elle a de la chance, c'est pour la bonne cause, celle de la fashionsphère. Que Madame tout le monde se rassure, elle ne sera jamais comme ça. C'est le double jeu du système. Madame tout le monde souffre pour se boudiner dans un slim, mais pas ces héroïnes de papier glacé.


“On ne va pas révéler qu'un top model s'affame, qu'elle fait un repas par jour ou qu'elle ne mange que des pommes ou des blancs de dinde sans sel pour faire fantasmer la planète mode.

Si toutes les mannequins ne sont pas anorexiques, l'image de la femme véhiculée par la mode crée des troubles du comportement alimentaire, à la fois chez les consommatrices qui feuillettent ces magazines et chez les modèles. Le certificat médical attestant de la bonne santé des mannequins, mis en place par la loi Touraine, peut être valable deux ans et c'est trop. On peut s'affamer en quelques mois, on peut perdre 5 ou même 7 kg très vite. D'autant plus que nous sommes dans l'ère des mannequins low cost aux carrières éphémères. Cela ressemble à une supercherie.


La singularité de la charte initiée par les groupes Kering et LVMH, c'est qu'elle vient des acteurs de la mode eux-mêmes, qui d'ordinaire n'aiment pas qu'on leur dicte leur conduite ou qu'on leur impose des règles. La mode aime être libre et lancer des tendances. Quand des chartes sont initiées par la sphère politique parce que des sites pro-anorexie valorisent des images de filles dénutries, ce n'est pas efficace. Venant d'un ministère de la santé, d'un homme politique ou d'une commission à l'assemblée nationale, cela n'a pas d'impact. A partir du moment où cela émane des décideurs, ça peut changer la donne. L'industrie va donc peut-être se réformer. Mais j'attends de voir la prochaine Fashion Week, les prochains défilés Haute Couture en janvier. J'attends de voir les silhouettes pour savoir s'il y a un réel changement.

J'ai travaillé en tant que mannequin durant une époque bénie. C'était la fin des années 90 et pendant 7 ans, j'ai défilé pour Givenchy, Saint Laurent, Galliano, shooté des campagnes publicitaires prestigieuses... Les filles comme Cindy Crawford et Claudia Schiffer étaient plus toniques, plus musclées, plus "remplies". L'hygiène de vie était compatible avec la minceur et le sex-appeal. Le changement de mentalité a eu lieu d'après moi avec des couturiers qui ont valorisé le "genderless". Le type androgyne a commencé à faire fureur. Hedi Slimane chez Dior aimait les hommes comme des femmes comme des hommes. Pas de hanches, pas de fesses, pas de seins. Une sexualité effacée. Les années sida étaient passées par là, le corps ne pouvait plus assumer une imagerie arrogante ou revendicatrice. Out les femmes femmes, bienvenue les femmes inoffensives.

Dernièrement, cette tendance a été bousculée par les réseaux sociaux et les It-girl Instagram, comme Kim Kardashian ou Rihanna, des femmes beaucoup plus voluptueuses. Certaines vraies, d'autres tout en prothèses.

“Tout le monde s'invente une imagerie un peu mode et se montre tel qu'il n'est pas.

Quand on travaille en tant que mannequin, la maigreur est une obsession sans l'être vraiment. Dans la mode on évolue en huis clos, on ne rencontre que des filles qui font 1m80 pour 50 kg. Et en même temps c'est grisant. On fait la Fashion Week, on défile à New York, à Londres ou à Paris, on est en décalage horaire, on mange peu, on dort peu, on est jeune, on n'est pas fatiguée, on n'est pas médicalisée. On nous dit qu'on est belle, on est encensée par tout le monde, on gagne de l'argent, on porte de beaux vêtements, on est maquillée, on se sent invincible, insouciante. On ne pense pas que c'est dangereux de ne pas manger. Indéniablement, l'industrie de la mode favorise les troubles du comportement alimentaire. J'ai vu de nombreux mannequins en souffrir et c'est inhérent à la profession. Beaucoup de rédactrices de mode sont tout le temps au régime et finissent par entretenir une image de détestation d'elles-mêmes.

Aujourd'hui tout le monde peut avoir une imagerie de mannequin sur les réseaux sociaux grâce aux filtres Instagram ou Snap. On peut tous se photoshoper, gommer ses boutons, enlever sa cellulite. Avant on ne pouvait le voir qu'en feuilletant Elle, Vogue ou Harper's Bazaar. Tout le monde s'invente une imagerie un peu mode et se montre tel qu'il n'est pas. Même les jeunes filles de 18 ou même 15 ans. Notre œil a été conditionné depuis des générations, il est perverti par la mode.

Les mentalités changent, mais elles changent lentement. L'esthétique que nous entretenons de nous-mêmes sur les réseaux sociaux est un prolongement de ce qui plaît dans la mode: visages lisses, pas de pores, tailles fines, pas d'aspérités.

Toutes, nous nous mentons à nous-mêmes.

Géraldine Maillet
www.huffingtonpost.fr
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