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Ouragan Irma : conséquence du réchauffement climatique ?

Ouragan Irma : conséquence du réchauffement climatique ? 2017-09-08
Monde
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L'Ouragan Irma vu depuis la station spatial ISS, le 05 septembre 2017. (© Nasa)

Alors que le premier bilan du passage de l’ouragan Irma est dramatique dans plusieurs îles des Caraïbes, les météorologues tirent la sonnette d'alarme.

Annoncés dès la formation de l’ouragan, lundi dernier, les effets dévastateurs d’Irma ne se sont pas fait attendre, conformes à ce qu’avaient annoncé les prévisionnistes : au moins quatre morts dans les îles françaises, selon un bilan encore provisoire dressé ce jeudi par le gouvernement, pour cet ouragan de catégorie 5 qui a détruit à près de 90% l’île de Barbuda, mais aussi les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Il qui prend désormais la direction de la Floride, où son passage est prévu samedi.

Irma a frôlé mercredi soir le nord du territoire américain de Porto Rico, avec des vents soufflant à 295 km/h, provoquant des coupures de courant et des fortes précipitations, même si l'oeil du cyclone est resté au large de l'île. Les autorités portoricaines ont appelé les habitants à ne pas sortir de chez eux. Une habitante témoigne aussi de cette épisode inédit : "Nous sommes habitués, en vivant ici, à une saison des ouragans qui dure 6 mois. Mais c'est la première fois que nous allons faire l'expérience d'un ouragan de cette catégorie".

David Dumas, météorologue à Kéraunos, l'Observatoire français des tornades et orages violents, explique sur France Info : "L'ouragan est toujours de catégorie 5, mais il pourrait faiblir d'ici dimanche et redevenir catégorie 4. Mais il est prévu en catégorie 4 voire 5 jusqu'à son impact final ".

La faute au réchauffement climatique ?

Avec ses pluies diluviennes, et surtout des rafales qui ont atteint près de 300km/h, tous les scientifiques s’accordent à le dire : il s’agit là du plus intense ouragan jamais enregistré dans l’Océan Atlantique depuis qu’on étudie ces phénomènes.

Pour certains météorologues, le lien avec le réchauffement climatique est évident. Sur France Inter, Bernard Legras, directeur de recherche météo au CNRS, est formel : "Les ouragans tirent leur énergie de l’océan. Si sa température augmente, on risque d’avoir des cyclones plus intenses."

David Dumas confirme le phénomène : "Cette violence est due à l'environnement dans lequel [Irma] évolue, qui est complètement favorable. Les eaux de l'Atlantique dans ce niveau-là sont très supérieures à la normale d'environ 2°C, et, plus il va remonter vers les Bahamas, plus les eaux vont se réchauffer jusqu'à 31°C" .

Et le phénomène ne s’arrêtera pas à la fin de la semaine : deux autres ouragans se sont formés mercredi dans l'Atlantique, Katia dans le golfe du Mexique et José à environ 1.600 km à l'est des Petites Antilles.

Un agent du comité des opérations d'urgence en République Dominicaine suit le passage de l'ouragan d'Irma à proximité de l'île (© Reuters/Ricardo Rojas)

Ces phénomènes n'ont rien d'exceptionnel, pour David Dumas : "Nous sommes au pic de la saison cyclonique dans le bassin atlantique. On en a trois simultanément et il faut remonter à 2010 pour retrouver trois ouragans simultanément. On renoue avec des saisons plus actives, alors que cela faisait quelques années que le bassin atlantique était plutôt calme". Selon lui, Irma devrait toucher, dans les prochaines 24h, "le sud des Bahamas, les îles Turks et Caicos et les îles vulnérables de Crooked Island et de Long Island ".

Les scientifiques ne se précipitent cependant pas pour affirmer que le réchauffement climatique est l’ingrédient principal du mélange explosif qui a accouché de l’ouragan de catégorie 5. “On ne peut pas établir avec certitude de liens avec le réchauffement climatique”, insiste Jean-Noël Degrace, responsable Meteo-France Martinique, contacté par France 24. Même son de cloche chez Frank Roux.

Ces scientifiques ne font pourtant pas partie de la controversée famille des climatosceptiques. Françoise Gaill explique la prudence de ses collègues : “la violence d’Irma peut être expliqué par le réchauffement climatique, mais il ne s’agit que d’une probabilité et non pas de certitude d’après les canons scientifiques”. Seule la répétition des phénomènes extrêmes dans des conditions climatiques similaires pourra amener les scientifiques à être plus catégoriques.

Le temps politique et le temps scientifique

"On peut s'attendre à des pics de canicule à 50° dans les 30 ans", a déclaré Anne Hidalgo

Les politiques sont plus prompts que les scientifiques à pointer le réchauffement climatique pour expliquer la violence de l'ouragan Irma. Parfaite illustration du décalage entre le temps politique et scientifique.

Anne Hidalgo n’a pas hésité. La maire de Paris a lié, jeudi 7 septembre sur Europe 1, la violence de l’ouragan Irma au réchauffement climatique. À la lumière des ravages occasionnés par le cyclone dans la région des Antilles, elle a affirmé qu’on “ne pouvait plus nier l’urgence climatique”.

Elle n’est pas la seule politique, en France, à avoir établi ce lien. Richard Ferrand, le président du groupe La République en marche (LREM) à l’Assemblée nationale, a rappelé le risque de multiplication des catastrophes naturelles particulièrement destructrices à cause du réchauffement climatique. De son côté, la députée du parti Les Républicains, Valérie Pécresse, a profité de l’occasion pour appeler le président américain Donald Trump à revenir sur son rejet de l’accord de Paris sur le climat.

Pour l’instant Irma est unique : il est plus endurant que la plupart de ses congénères ouragans majeurs (de catégorie 3 ou supérieure) et c’est le premier cyclone de catégorie 5 a frapper l’arc antillais. C’est tout le paradoxe pour la communauté scientifiques : “comme il est unique, on se pose forcément la question de l’influence du réchauffement climatique, mais il n’est pas possible d’avoir de certitude scientifique justement parce qu’il est unique”, explique Françoise Gaill.

Pour cette spécialiste, il faudra environ 10 ans avant que la communauté scientifique adopte une position plus ferme sur la question de l’impact du réchauffement climatique sur la violence d’Irma. Elle comprend la frustration des politiques qui “reprochent aux scientifiques de toujours appeler à la prudence”. Le temps politique et celui de la science n’est pas le même. Ce qui, en matière de dérèglement du climat, pose un problème : les politiques ne peuvent pas se permettent de toujours attendre le consensus des scientifiques pour agir. C’est pourquoi Françoise Gaill juge qu’Anne Hidalgo a eu raison de lier changement climatique et Irma, même si ce n’est pas prouvé à 100 %. “Au moins, cela provoque le débat et la discussion”, conclut-elle.


France Inter / France 24 / MCN, via mediacongo.net
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Blanchard - 09.09.2017 10:19

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