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Kwilu – Kwango : l’ADESSE vole au secours des déplacés de Kasaï

Kwilu – Kwango : l’ADESSE vole au secours des déplacés de Kasaï 2017-09-03
http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/actualite/2017-actu/09-septembre/4-10/kasai_deplaces_kwilu_17_0001.JPG Kikwit, Kwilu-

Depuis le 25 mai dernier, l’Association pour le développement social et la sauvegarde de l’environnement (ADSSE), une des Organisations non gouvernementales de droit congolais qui intervient dans le domaine du social, du développement durable et de l’environnement, est au chevet des déplacés internes qui ont fui l’insécurité et les violences meurtrières dues au phénomène Kamwina Nsapu dans la province de Kasaï au centre de la République démocratique du Congo (RDC).

L’Organisation confirme qu’elle a exclusivement travaillé durant les trois mois de ce projet, soit du 25 mai jusqu’au 25 août 2017, avec les fonds mis à sa disposition par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR)

Parmi les déplacés figurent des hommes, des femmes enceintes, des enfants, des malades et autres vulnérables.

«Nous sommes dans une situation très critique. Nous dormons entassés dans une petite maison à même le sol. Pas de matelas ni de mousses. L’ADSSE est la première ONG à venir nous aider avec des repas. Mais l’aide est insuffisante. Si elle peut doubler d’efforts, ce sera intéressant, car nous sommes dépourvus de moyens financiers. Mêmes pas d’habit…», témoigne Marie Kutamuka, 37 ans, au site de Kazamba  à Kikwit dans le sud-ouest de la RDC.

Malade, habillée en noire, elle tousse toutes les deux minutes. un parmi ses trois enfants est également malade. Venue du village Tutanda, à 150 kilomètres de Tshikapa, chef-lieu de la province de Kasaï, Kutamuka affirme qu’elle a perdu son mari : «Les miliciens de Kamwina Nsapu ont coupé la tête de mon mari. J’ai perdu tous mes biens. Lorsque je suis arrivée à Kikwit avec mes trois enfants, j’étais d’abord dans une église avant de venir à ce site», dit-elle, inquiète.

De son côté, Richard Kawaya, environ 40 ans d’âge, a des jambes brûlées. Il marche difficilement. «Lorsque j’étais devant les miliciens, ils m’ont demandé de choisir entre mourir décapité et brûler les jambes. J’ai choisi qu’on me brûle les jambes pourvu que je sois en vie. C’est pourquoi ils m’ont brulé par le feu à l’aide des bois de chauffage. J’étais creuseur des diamants. Mais maintenant je souffre. Je n’ai pas de famille ici comme beaucoup d’entre nous. Que des gens de bonne volonté ou des structures comme ADSSE puissent nous aider», raconte-t-il.

Il déclare avoir vu les miliciens décapiter, à Sumbula, proche d’Angola, six personnes devant lui. Ces six personnes étaient des creuseurs des diamants comme lui. «Après avoir tué ces six personnes, ils m’ont obligé de ramasser toutes leurs têtes et les mettre dans leurs sacs. J’ai exécuté leur commandement», dit-il.

Musangu Mado est une fille mineure. Elle a 17 ans, des habits salles. Elle est au site de Kanzombi, difficile d’accès par véhicule. En provenance de Bamimanga, à la frontière avec l’Angola, elle a déjà totalisé une semaine et cinq jours à Kikwit. Elle est parmi les déplacés qui continuent à arriver dans ce coin du pays. «Je n’ai pas de jeton que donnait ADSSE et d’autres structures. Je souffre avec mon débrouille aussi pour dormir», indique-t-elle en précisant fui en Angola.

Ce tableau critique est quasiment le même chez les déplacés internes partout où ils sont, c’est-à-dire à Kikwit, Gungu, Idiofa, Mukoso et dans plusieurs autres coins de la RDC.

Dans son action humanitaire, ADSSE a déjà distribué à Kikwit, 20136 repas chauds à 1831 ménages qui contiennent 6712 personnes à raison de trois repas par jour. A Gungu, à plus de 70 km de Kikwit, 18459 repas chauds ont été distribués à 20137 ménages de 6153 déplacés identifiés. A Idiofa, 10203 repas chauds à 905 ménages de 3401 déplacés identifiés. A Mukoso dans la province du Kwango, 13233 repas chauds à 947 ménages de 4411 déplacés identifiés, indique le rapport d’activités réalisées au courant du mois de juin 2017 par cette structure.

Le rapport d’activités identifie aussi, dans le détail, des besoins réels de tous ces déplacées internes. Ces besoins sont relatifs au logement, à la sécurité alimentaire, à la santé, à la communication, aux ustensiles de cuisine, aux violences basées sur le genre, à la logistique etc.

Sur le plan de la santé par exemple, le rapport note que «80 pour cent des déplacés effectuent de très longues distances à pied jusqu’à Kikwit ou ailleurs de sorte qu’à leurs arrivées plusieurs entre eux accusent des signes des maladies (gonflements des jambes, blessures, malaria et autres cas observés chez les femmes enceintes. Le manque de prise en charge des malades en ce qui concerne les soins médicaux appropriés a provoqué la mort de deux enfants à Kikwit».

Dans le même document, ADSSE affirme avoir identifié au total 208129 déplacés internes dont 93510 hommes et114619 femmes à Kananga, Tshikapa, Kikwit, Idiofa, Gungu, Mukoso et Kamonia.

Outre les repas chauds, cette structure réalise plusieurs autres activités en faveur des déplacés internes. Il s’agit notamment, de l’opération de génération des listes des déplacées, de l’évaluation, des contacts avec des autorités politico-administratives, des contacts avec des responsables des orphelinats, de l’acheminement des malades aux hôpitaux, des campagnes de sensibilisation contres les maladies sexuellement transmissibles, des sensibilisations, par des équipes d’ADSSE, quartier par quartier, sensibilisation auprès des déplacés afin qu’ils s’adonnent aussi aux travaux des champs etc.

Dans un rapport intitulé ‘’Urgence complexe dans la région du Kasaï’’ publié le 30 août dernier, OCHA, une des structures du système des Nations Unies en matières humanitaires, reconnaît les efforts de ADSSE lorsqu’il écrit : «entre le 12 et 21 août 5538 Congolais rapatriés spontanés (1564 ménages) ont été ainsi identifiés par l’ONG ADSSE dans les localités de Mayanda, Mwakapanga et Kamako».

«Tous les déplacés ou réfugiés ont droit à une vie décente, droit à l’intégrité physique, droit à la nourriture etc., car la vie de l’homme est sacrée. La Constitution du pays et la Déclaration universelle des droits de l’Homme garantissent tous ces droits», déclare Maître Davin Nzwanga, juriste à Kikwit et activiste des droits humains au sein des Amis de Nelson Mandela, une ONG de promotion et de défense des droits humains en RDC.

«Est-ce qu’ADSSE ne peut pas initier un projet qui pourra aider à construire ne fût-ce que 50 ou 100 maisons sur un site donné afin de loger dignement des sinistrés ou des déplacés en cas d’urgence ? », s’interroge Benoît Kamuntu, un des enseignants de Kikwit.

La plupart des déplacés qui ont été interrogés affirment qu’ils viennent des villages comme Tshimvunde, Kamonia, Tshinota, Kandjazi, Mai-Munene, Kasanzo, Sumbula, Djiboko, Camp Mabanzi, Kambungu, Kamako, Mayanda, Mwakapanga, Mvulamilenge, Tankala, Mayimbi, Biponga, Tutanda, Katoka etc.

Suzane Kuzatuka, bourgmestre de la commune de Kazamba à Kikwit, chargée d’accueil et de sensibilisation à la Commission urbaine des urgences (CUU) mise en place par le maire de la ville, est la première à recevoir et à héberger ces déplacés.
«Le mouvement vers Kikwit avait commencé au mois de février 2017. J’avais reçu des familles et des pasteurs que j’ai aidés à atteindre Kinshasa, la capitale de la RDC et d’autres coins de la province du Kwilu. Mais au mois d’avril et de mai il y a eu pléthore. Et les déplacés continuent toujours à venir. C’est grâce aux journalistes des droits humains que l’information est allée loin et qu’il y a quelques aides qui arrivent en commençant par ADSSE, bien qu’insuffisantes», déclare-t-elle.
«Le nombre de déplacés internes en République démocratique du Congo (RDC) a doublé en six mois, de deux à quatre millions à la suite notamment des violences dans le Kasaï et des conflits entre Pygmées et Bantous dans le sud-est», a déclaré samedi dernier Okoth-Obbo,  le numéro 2 du Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

«Par ailleurs, quelque 33.000 Congolais se sont réfugiés en Angola pour fuir des violences. Les conditions aujourd’hui au Kasaï sont telle qu’on ne peut pas encourager ou promouvoir le retour des refuges», a-t-il indiqué.

Les violences dans le Kasaï a causé la mort de plus de 3000 personnes et deux experts de l’ONU, Michael Sharp et Zaida Catalan, selon la Conférence épiscopale nationale du Congo.

Face aux actions humanitaires qu’elle mène, l’ADSSE rencontre aussi quelques difficultés : «La population ayant augmenté, l’offre sur le marché local est en baisse, d’où une grande difficulté pour les déplacés internes de se prendre en charge suite à l’augmentation des prix des denrées principales : maniocs, riz, haricots, maïs… sur le marché. Une autre difficulté est que ADSSE n’a pas de moyens propres pour faire face à tous ces défis. L’ADSSE est dans un espace compétitif international pour solliciter des fonds. Dans certains coins du pays, des routes sont impraticables. Il donc difficile d’atteindre certains sites», indique le Dr Freddy Mbakata Putu, directeur général de l’ADSSE.

Il affirme également cette structure est en pourparlers avec des bailleurs des fonds afin de continuer des actions importantes pour les déplacés internes à travers le pays.

Créée le 17 mai 1997 à Bukavu, province du sud-Kivu, dans l’est de la RDC, l’ADSSE a 21 ans d’expériences. Elle mène des actions de nature à aider la population à prendre conscience de ses problèmes en vue de les couler en projet en projets de développement ; initier des projets susceptibles de restaurer l’équilibre environnemental détruits par des catastrophes naturelles ou des guerres ; créer des projets pour réduire la corvée de la femme afin de lui permettre de s’atteler aux activités économiques de production ; assister des personnes victimes des catastrophes naturelles, des violences sexuelles ou autres ainsi que les couches sociales les plus vulnérables (réfugiés, déplacés internes etc.)

Les actions sont ainsi donc menées à Kinshasa, la capitale ; à Lubumbashi (province du Haut-Katanga), Kalemie (Province du Tanganyika), Bunia (province d’Ituri), Kolwezi (province de Lwalaba), Mbandaka (province de l’Equateur), Gbadolite (province du Nord-Ubangi), Bili (province du Nord-Ubangi), Zongo (province du Sud-ubangi), Kikwit (province du Kwilu), Idiofa (province du Kwilu), Gungu (province du Kwilu) et à Mukoso province du Kwango.

Badylon Kawanda Bakiman / Correspondant
mediacongo.net
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