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Affaire Duferco : après l'inculpation de corruption envers Muzito, Serge Kubla poursuivi aussi pour blanchiment d'argent

Affaire Duferco : après l'inculpation de corruption envers Muzito, Serge Kubla poursuivi aussi pour blanchiment d'argent 2017-08-24
Société / Monde
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L'étau judiciaire se resserre autour de l'ex. bourgmestre MR de Waterloo, désormais poursuivi pour blanchiment. Nouvelles perquisitions et interrogatoires.

L'instruction judiciaire ouverte en 2015 contre l'ancien ministre wallon et ex. bourgmestre de Waterloo (MR), Serge Kubla, pour corruption envers l'ancien Premier ministre congolais, Adolphe Muzito, a, en effet, été élargie à un autre volet. Serge Kubla n'est plus seulement suspecté de faits de corruption, il est aussi poursuivi pour blanchiment d'argent.

La rumeur bruissait depuis plusieurs semaines dans les couloirs du palais de justice de Bruxelles. A la fin du mois de juin dernier, de nouvelles perquisitions ont eu lieu chez Serge Kubla. L'homme ainsi que son épouse, sa fille et son fils Laurent (40 ans) ont été interrogés par le juge d'instruction de Bruxelles Michel Claise. A l'issue de son interrogatoire, au vu des éléments dont disposent les enquêteurs, il n'aurait eu d'autre choix que d'avouer avoir blanchi de l'argent placé sur un compte suisse.

L'enquête du juge Claise a donc pris un tournant déterminant. L'instruction judiciaire ouverte en 2015 a été élargie à un autre volet, Serge Kubla est désormais poursuivi pour blanchiment d'argent, rapporte le magazine d'information belge le "Vif/L'express".

Rappel des faits :

Stephan De Witte, la mystérieusement disparition qui lancera l'enquête 

C'est la disparition de Stephan De Witte, ex. comptable et intermédiaire du groupe Duferco en RDC, mystérieusement disparu à Kinshasa en juin 2014 qui sera à l'origine de l'enquête ayant conduit à l'inculpation pour faits de corruption de Serge Kubla, puis, des dirigeants du groupe Duferco, Antonio Gozzi et Massimo Croci.

L’homme d'affaires aurait disparu en RDC alors qu'ils travaillaient ensemble avec Serge Kubla pour Duferco sur le segment d’activité des "loteries" congolaises.

Selon Paris Match, en octobre 2013, Stephan De Witte avait été nommé par Mme Odette Maniema Krempin (dite Princesse Odette), devenue sa compagne, à la tête du Jardin Botanique de Kisantu, dans le Bas-Congo, où il s'occupait du développement touristique du site. C'est à cet endroit qu'il a été vu vivant pour la dernière fois.

Le magazine révélait également qu'Odette Maniema Krempin avait mis 25 jours avant de signaler la disparition de son compagnon, soit après que l'ex. épouse de celui-ci eût prévenu l'ambassade de Belgique à Kinshasa. La femme d'affaires congolaise aurait déclaré avoir avoir reçu des menaces pour l'empêcher de dévoiler certaines informations aux enquêteurs belges qui souhaitant l'entendre. "Je ne suis en rien impliquée dans la disparition de Stephan ni dans l'affaire de corruption", avait-elle expliqué, tout en assurant vouloir collaborer pleinement avec la justice belge aussitôt que ses ennuis actuels de santé seront réglés.

Stephan De Witte avec sa compagne Princesse Odette lors d'une remise de prix de loterie.

Elle avait justifié son attitude après la disparition de Stephan De Witte par le fait que celui-ci avait l'habitude de s'éclipser une ou à deux semaines puis de réapparaître, et qu'en outre, ne le voyant pas se manifester cette fois-là, il lui a fallu du temps pour contacter les connaissances du comptable qui auraient pu lui indiquer où il se trouvait. N'obtenant aucune information, c'est alors qu'elle se serait décidée à prévenir les autorités.

Pour le reste, Odette Maniema Krempin explique que Stephan De Witte était "menacé par quelques-uns de ses partenaires auxquels ils faisaient du chantage". Et, toujours selon elle, "il avait peur de rentrer en Belgique". C'est d'ailleurs en raison de ses "problèmes avec ses partenaires" qu'il aurait sollicité auprès d'elle l'octroi du poste de directeur au Jardin botanique de Kisantu.

Plus étonnant, cette jeune femme affirmait que Stephan De Witte était présent au jardin de Kisantu jusqu’en août 2014. Or il avait été porté disparu depuis juin 2014.

Stephan De Witte avait-il organisé sa disparition pour échapper à des créanciers ou à ses anciens employeurs de Duferco ? Quoiqu'il en soit, l’enquête sur sa disparition révèlera une affaire de corruption présumée dans laquelle seront inculpés l’ancien ministre wallon, Serge Kubla, et deux anciens patrons du groupe sidérurgique Duferco. Tous sont soupçonnés d’avoir versé des pots-de-vin aux autorités congolaises, en l'occurence à l'ex. Premier ministre congolais, Adolphe Muzito, pour obtenir le marché de la loterie congolaise.  

Serge Kubla, "l'homme à la valise" de Duferco pour la RDC ? 

(© IPM Graphics/La Libre)

En 2015, Serge Kubla est inculpé pour corruption dans l’affaire Duferco. Il aurait servi de négociateur pour la société Duferco en tentant de favoriser des investissements de la société dans le secteur du jeu et des loteries en RD Congo en corrompant des agents publics congolais. Serge Kubla aurait alors été l’intermédiaire entre le sidérurgiste et le Premier ministre congolais de l’époque, Adolphe Muzito, remettant à l’épouse de ce dernier, Mme Chantal Muzito, une somme de 20.000 euros.

Cette enveloppe n'aurait constitué que "l'acompte" d'une somme beaucoup plus importante destinée à corrompre Muzito pour permettre à Duferco de pénétrer le marché congolais. La justice belge le soupçonnera alors de "corruption concernant une personne qui exerce une fonction publique dans un Etat étranger" comme auteur ou coauteur par le juge d'instruction Michel Claise.

Citée dans l'affaire Duferco, Mme Muzito (ici en compagnie de son époux, l'ex. 1er ministre, Adolphe Muzito) avait rejeté une quelconque implication et porté plainte en 2015 contre les allégations de Serge Kubla.

Cependant, Mme Chantal Muzito a toujours nié avoir reçue cette somme affirmant ne pas connaître Serge Kubla et allant même jusqu'à déposer plainte contre ces allégations auprès du parquet du Roi à Bruxelles, en Belgique. "Ma Cliente n’est impliquée ni de près, ni de loin dans les déboires judiciaires de M. Kubla en Belgique. Et donc, il fallait qu’elle se plaigne contre inconnu parce que nous ne savons pas exactement ce que M. Kubla a dit. L’honneur de ma cliente a été traîné dans la boue. Elle ne connaît pas M. Kubla et ne l’a jamais rencontré", avait déclaré à l'époque Me Tshibangu Kalala, l'un des avocats de Mme Muzito.

Toujours selon lui, Chantal Muzito n’a jamais séjourné en Belgique entre fin 2011 et début 2012, période au cours de laquelle elle aurait reçu ce fameux pot-de-vin des mains de Serge Kubla à l’hôtel Président de Bruxelles.

Kubla sera néanmoins arrêté et incarcéré à la prison de Saint-Gilles, et les deux dirigeants du groupe sidérurgique, Antonio Gozzi et Massimo Croci, seront également inculpés de corruption par le juge Claise.

Princesse Odette décédée aussi ?

Selon une information fournie par Paris Match en juillet 2016 se basant sur un document - une facture d’hospitalisation au nom de Princesse Odette - qui provenait du quotidien allemand Bild, l'ex. compagne du Belge Stephan De Witte, porté disparu depuis 2014 aurait perdu la vie le 27 juin 2016 à l’hôpital provincial de Goma au Nord-Kivu. Les circonstances de sa mort restant floues.

Et comme l’authenticité du document n’a jamais pu être vérifiée, certaines personnes avait insinué des problèmes de santé découlant d’un empoisonnement qui à terme aurait conduit au décès de la mystérieuse femme. Mais pour d'autres, il s'agissait, ni plus ni moins, que d'une autre manipulation orchestrée par cette dernière.

Jusqu'à ce jour, le mystère entourant les disparitions de Princesse Odette et son amant, Stephan De Witte, qui a révélé cette affaire de corruption présumée, restent donc entier...

Pour le père de De Witte : "Cela se résume à dire que les deux personnes qui auraient pu être au courant des secrets détenus au sujet de Duferco viennent de disparaître. On peut se poser certaines questions".

Qu’est devenu Stephan De Witte ? Pendant 15 ans, Stephan De Witte avait été comptable pour Duferco. Avait-il constitué tout un dossier avec de possibles données sensibles pour la société ou sur ses affaires en RD Congo ou en Wallonie ? La princesse en avait-elle connaissance ? Y a-t-il un lien entre leur disparition ? Ont-ils tous les deux été assassinés ou ont-ils pris la fuite ?

Pour répondre à toutes ces questions, le juge d’instruction Michel Claise avait introduit en 2015 une demande de commission rogatoire en RDC pour laquelle il attend toujours le feu vert des autorités congolaises... 

Le dossier blanchiment

Serge Kubla sera arrêté et incarcéré à la prison de Saint-Gilles en février 2015 pour corruption. © Belga)

A la suite de la publication d'un document révélé par le magazine belge, "Soir Magazine", la justice s'est ensuite intéressée à Socagexi Ltd., une société écran créée à Malte par Serge Kubla, via laquelle le libéral facturait à une entité de Duferco des "frais de consultance" : 260.000 euros par an, depuis 2009.

A l'époque, il n'était plus ministre mais député wallon et toujours bourgmestre de Waterloo. Peu après, selon Le Soir Mag, le Luxembourg a transmis à la Cellule belge antiblanchiment (Ctif) des informations selon lesquelles, entre 2010 et 2013, Serge Kubla aurait retiré 450.000 euros en cash au guichet d'une banque grand-ducale. Il y avait clairement soupçon de blanchiment d'argent de la part des autorités du pays voisin.

La Ctif a relayé les informations au parquet fédéral de Bruxelles, qui s'occupe de cette affaire aux ramifications internationales, mais, comme l'a écrit Le Soir Mag, celui-ci a gelé ces nouveaux éléments pouvant intéresser l'instruction judiciaire, pour des raisons qu'on ne s'explique pas. Depuis lors, au début de cette année, le procureur en charge du dossier Kubla a été remplacé au parquet fédéral. Son successeur a aussitôt élargi la saisine du juge Claise - pour corruption - de manière à ce que l'enquête se penche aussi sur le volet blanchiment.

D'où les perquisitions et arrestations de la fin juin, chez les Kubla : Serge, son épouse, sa fille et son fils Laurent, 40 ans, qui aurait aidé son père, qui ne parle pas anglais, à gérer la société Socagexi, à Malte. La famille a donc été secouée dès six heures du matin, ce jour-là. Les policiers les ont interpellés et emmenés pour interrogatoire, puis libérés, sous conditions dans le chef de Kubla père. L'avocat de ce dernier, Me Denis Bosquet, a confirmé que Serge Kubla avait été réinterrogé mais s'est refusé à tout autre commentaire.

Ce qui intéresse les enquêteurs, c'est un compte suisse, ouvert auprès de la banque privée genevoise Pictet, qui se consacre à la gestion de fortune et possède des bureaux dans toute l'Europe. C'est de ce compte que Kubla a retiré de l'argent cash depuis une filiale au Luxembourg. La Suisse a également coopéré avec la justice belge qui, aujourd'hui, détient l'historique du compte helvétique.

Cinq millions d'euros

Un compte alimenté en argent liquide, ouvert en 1997 au nom d'une fondation au Lichtenstein, le royaume - jusqu'il y a peu - des sociétés boîtes aux lettres chères aux évadés et fraudeurs fiscaux. Cette société, appelée Swap Foundation, dont les enfants de Kubla sont les ayants droit en cas de décès de ce dernier, a déménagé en 2007 pour devenir la Swap Fundación, au Panama, tout en gardant le même compte chez Pictet. Début 2013, la Swap n'avait plus d'activités et le compte suisse était directement libellé au nom de Serge Kubla. Lequel va vider progressivement son compte en faisant, selon nos informations, un dernier retrait en cash depuis le Luxembourg, à l'automne 2013, de près de... 800 000 euros.

En réalité, le libéral semble devenu persona non grata auprès de la banque suisse qui l'a fiché comme PEP, soit politically exposed person, c'est-à-dire faisant partie d'une catégorie d'individus (chefs d'Etat, ministres, hauts magistrats, hauts fonctionnaires, ambassadeurs...) particulièrement sujets à la corruption. A cette époque, sous la pression internationale, l'ensemble de banques suisses poussent vers la sortie leurs clients douteux. Or, il apparaît, dans les rapports de Pictet, qu'en 2013, Kubla a étudié la piste de la DLU, l'amnistie fiscale belge, pour rapatrier son argent en Belgique. Mais celle-ci ne lui était pas applicable car l'origine de ses fonds semblait trop problématique. Il n'avait plus, dès lors, que l'option du retrait en cash.

Des aveux

Reste maintenant à savoir ce que Kubla a fait de tout son argent liquide. S'il est en aveu de blanchiment, les enquêteurs devraient rapidement le découvrir. Vers 2006, son capital placé chez Pictet s'élevait à près de cinq millions d'euros, avant de fondre d'un tiers du fait de la crise bancaire.

Il y aurait néanmoins encore de jolies sommes en jeu. Reste aussi à expliquer d'où venait l'argent déposé en cash chez Pictet depuis 1997. Kubla a dit aux enquêteurs avoir travaillé comme "consultant" en Afrique pour Duferco dès 2009, année à partir de laquelle il facturait 260.000 euros par an. Mais avant cela ?

Le groupe italien a repris les Forges de Clabecq en 1997, puis a reçu, à partir de 2003 et pendant dix ans, un demi-milliard d'euros de subsides et aides wallonnes pour maintenir les outils à Clabecq, La Louvière et Marcinelle, via la FSIH (Foreign Strategic Investment Holding), un instrument public wallon hybride créé de toutes pièces en 2003 pour alimenter le sidérurgiste italien en contournant les règles européennes de libre concurrence.

Kubla a été ministre wallon de l'Economie de 1999 à 2004. A-t-il facturé d'autres discrets "services" à Duferco durant toutes ces années ? L'enquête suit son cours. En plongeant dans le volet blanchiment, la justice risque d'ouvrir une belle boîte de Pandore : celle de la mécanique des subsides wallons.

Contacté par Le Vif/L'Express, le parquet fédéral précise que "des devoirs d'enquête ont bien eu lieu fin juin, que Serge K. a été inculpé pour blanchiment et libéré sous conditions".


Le Vif-Express / L'Echo.be / MCN, via mediacongo.net
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Anonyme - 24.08.2017 11:02

je comprends pour quoi Adolphe commence à soutenir qu'il est impossibilité d'organiser des élections en Décembre 2017.C'est donc pour flatter le pouvoir en place afin d'avoir une couverture sur cette affaire de corruption.Si la justice congolaise est corruptible, j'ai confiance à la justice d'ailleurs.

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KALOUB - 24.08.2017 09:57

le monde politique au Congo et ailleurs ne compte pas en son sein des saints. Tous sont corruptibles et n'ont pas des leçons à donner à qui conque car ce que vous aurez faits nuitamment sera un jour révélé. les gents comme celui-ci ne méritent jamais le suffrages de la population.

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JE SUIS LA NATION - 24.08.2017 09:40

Adolphe Muzito celui qui en etant Ministre du Budget demandait 40% sur chaque signature d'un quelconque dossier et pendant qu'il était à la primature sa femme était chargé de la vente des passeports de Services

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Pona Congo Lisolo ya Congo - 24.08.2017 09:40

Adolph Mozito expert en contruction et a tjours parlE de provinces-prematurEes, sans budget alors que lui se taper l'argent du pays. # Pona Congo

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Anynome - 24.08.2017 09:28

Et Adolphe Muzito qui ne cesse chaque jour de nous nuire avec des théories de MacroEconomie mais en même temps, il est voleur et corruptible!

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Jamel - 24.08.2017 08:51

Qui ignore que tous ces pauvres blancs occidentaux qui sont en RDC sont des hommes f'affaires prets à tuer? ce sont des capatalistes vereux, même ceux qui se cachent derriere les ONG ou les organismes de droit de l'homme. Ils sont soit affairés soit agent de service secret.

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Rossi - 24.08.2017 02:19

Il semble évident que ce dossier mouille aussi bien les mécanismes wallon de subsidiation que les acteurs majeurs du changement de régime en RDC subvenu en 1997. LE timing est trop concordant

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