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Ida Sawyer : « On assiste à une aggravation horrible de la situation des droits humains en RDC »

Ida Sawyer : « On assiste à une aggravation horrible de la situation des droits humains en RDC » 2017-08-09
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Ida Sawyer

De passage à Paris, Ida Saywer, directrice pour l'Afrique centrale de Human Rights Watch, est revenue vendredi pour Jeune Afrique sur les derniers rebondissements de la situation sécuritaire et politique en RDC, mais aussi sur l'état des droits de l'Homme dans le pays. Interview.

Cela va faire bientôt 10 ans depuis qu’elle travaille sur la RD Congo. Jusqu’à peu, elle était même la représentante de Human Rights Watch dans le pays, avant d’être nommée, fin octobre, directrice pour l’Afrique centrale de l’ONG internationale des droits de l’Homme. Mais c’est désormais depuis Bruxelles qu’Ida Sawyer observe ce qu’il se passe en RD Congo. Et pour cause : en janvier dernier, elle a été reconduite à la frontière et son visa annulé. De passage à Paris, Ida Saywer a accepté de répondre aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Après l’annulation de votre visa en janvier par les autorités congolaises, peut-on dire que vous êtes persona non grata en RD Congo ?

Ida Sawyer : Officiellement, je n’ai pas reçu le statut de persona non grata. Les autorités congolaises ont refusé de renouveler mon visa en août. J’ai pu avoir un visa par la suite, mais une semaine après mon arrivée dans le pays en janvier il a été annulé. Pour Kinshasa, je suis un cas spécial. Il me faut donc une autorisation spéciale, que je n’ai toujours pas reçue pour pouvoir rentrer en RD Congo.

Après votre départ, le pays a connu ces derniers mois une recrudescence d’actes de violences, caractérisée notamment par des affrontements au Kasaï, des attaques ciblées des parquets…

Depuis mon départ en août, on assiste en effet à une aggravation horrible de la situation des droits humains à travers le pays. La répression politique se poursuit. Des arrestations des activistes, des étudiants, des opposants et de leurs proches nous sont signalées chaque jour. De fait, les mesures de décrispation voulues par l’accord de la Saint-Sylvestre n’ont presque pas été appliquées jusqu’à aujourd’hui.

Aussi faut-il souligner que la situation sécuritaire au Kasaï est très alarmante à cause de la force excessive utilisée par les forces de sécurité déployées dans la région et de la violence des éléments de Kamuina Nsapu mais aussi d’autres milices qui sont soutenues par le gouvernement. Pis, aujourd’hui, nous ne voyons pas suffisamment de volonté politique de la part des autorités congolaises pour mettre fin à cette violence.

Comment interprétez-vous la récente décision du président Joseph Kabila de remplacer le commissaire général de la police national et celui en charge de la ville de Kinshasa ?

Symboliquement, ces remplacements démontrent que le pays se dirige vers la militarisation de la police. Le fait de nommer comme commissaire général de la police un officier qui était chef d’état-major adjoint chargé des opérations au sein de l’armée, c’est un très mauvais signal. Cela voudrait dire que les forces de la police qui ont une responsabilité de protéger la population et de maintenir l’ordre public sont désormais contrôlés par un militaire. Et ces nominations sont intervenues deux jours après la sortie médiatique de Patrick Nkanga, président de la jeunesse du PPRD [Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, au pouvoir] qui a préconisé l’instauration d’un état d’urgence en RD Congo.

Pensez-vous que ces nominations à la tête de la police peuvent être vues comme une première étape vers l’instauration d’un état d’urgence dans le pays ?

Il nous semble en effet que c’est un pas vers l’état d’urgence. Notre inquiétude est que cette éventuelle instauration de l’état d’urgence ne soit utilisée pour justifier plus de répression, plus d’interdiction de manifester, plus de restriction à la liberté d’expression et ne constitue une nouvelle excuse pour retarder davantage le processus électoral.

À Genève pourtant, le groupe africain a retenu la RD Congo comme future membre du Conseil des droits de l’homme. Comprenez-vous ce soutien ?

C’est une grande déception. Au moment où l’on assiste à cette aggravation de la situation des droits de l’homme au pays, y compris des violences perpétrées par les forces de sécurité gouvernementales, nous ne pensons pas que la RD Congo mérite une place aujourd’hui au sein du Conseil des droits de l’homme.

Y-a-t-il une issue à la crise politique en cours en RD Congo ?

Ce qui manque aujourd’hui c’est une volonté politique réelle d’organiser les élections et d’assurer une transition pacifique et démocratique à la tête du pays. Jusqu’ici, le président Kabila n’a pas montré un signal pour dire qu’il est prêt à partir. On assiste plutôt à une excuse avancée après l’autre pour retarder le processus électoral.

Les sanctions internationales contre les proches de Joseph Kabila peuvent-elles constituer un moyen de pression efficace pour faire aboutir à ce processus démocratique ?

Les sanctions ciblées jouent un rôle important. Elles démontrent qu’il y a des conséquences personnelles pour tous ceux qui sont impliqués dans les violences et à la répression politique. Nous espérons qu’elles peuvent aider à dissuader la commission d’autres violences et à convaincre certaines autorités de ne pas continuer dans la même dynamique. Contrairement au Burundi, les autorités congolaises voyagent beaucoup à Paris, Bruxelles, Londres voire aux États-Unis. Beaucoup de leurs membres de familles habitent ou étudient à l’étranger. Les sanctions internationales les affectent donc personnellement.

En attendant, des révélations s’enchaînent ces dernières semaines sur l’immense fortune de la famille Kabila…

Il en ressort un manque de transparence presque totale dans la gestion des affaires de la famille présidentielle. Ce qui nous inquiète, à Human Rights Watch, c’est aussi l’utilisation de la Garde républicaine à des fins privées, en occurrence pour protéger les biens (champs, mines,etc.) des membres de la famille présidentielle.

Toutes ces révélations démontrent aussi que la famille Kabila possède énormément d’intérêts financiers au pays. Cela peut être l’une des raisons qui poussent le président à s’accrocher au pouvoir. C’est un élément très important à prendre en compte dans l’analyse des voies de sortie de crise en RD Congo.

Faudrait-il garantir à Joseph Kabila une certaine immunité ?

Ce n’est pas à Human Right Watch de faire une telle proposition. Nous essayons plutôt de comprendre pourquoi le président Joseph Kabila ne veut pas quitter le pouvoir. La richesse qu’il a accumulée au pouvoir constitue donc un élément important de l’analyse.

Trésor Kibangula
Jeune Afrique
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17 commentaire(s)
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"Justice" ya mboka na biso - 09.08.2017 19:11

Etonnant,n'est-ce-pas!! état d'urgence?? En voici les effets!C'est un régime exceptionnel qui se traduit par un renforcement des pouvoirs de l'autorité administrative("Shadarisaion"des provinces), notamment des pouvoirs de police(Kanyama-Kimbuta), des restrictions de certaines libertés publiques( manifestation): contrôle de la presse, limitation de circulation des personnes ou des véhicules, expulsions du territoire(Ida Sawyer p.ex.), interdiction de réunion(autorisation de lANR) etc...C'est déjà ce qui se passe alors que changerait l'instauration d'un état d'urgence"officiel" ???

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Anonyme - 09.08.2017 16:08

La garde Républicaine convoie les minerais de Kolwezi/Lualaba jusqu'à la frontière KASUMBALESA pour le compte de la famille KANAMBE HYPOLITTE. La richesse trop vite amasse disparaîtra vite et reviendra une propriété des Congolais pas pour les RWANDAIS ni les Tanzaniens

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MWHUJIGIRA KATIKIRO - 09.08.2017 15:23

Il y a toujours le début et la fin; un jour la nuit tombera

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Émile - 09.08.2017 15:19

Je suis sûr d'une chose.dès son départ il sera poursuivi pour haute trahison. m

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Mampuya - 09.08.2017 15:14

SVP: Vous qui accusre Kabila de vol, pourquoi ne pas constituer un fond, et un cartel pour le traduire en Justice, si vous en etes sur, le peuple congolais vous remercie d'avance ou taisez vous.

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BANACONGO BADASUKIDI - 09.08.2017 13:37

KABILA... [CETTE PARTIE DU COMMENTAIRE A ETE SUPPRIME POUR CAUSE D'ATTEINTE A LA PERSONNE].... CROIS-TU QU'ON VA T’ENTERRER AVEC LES RICHESSES DE LA RDC???? OKOSI.

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anonyme@1234 - 09.08.2017 13:25

Mobutu n'avait jamais donné des signaux forts pour préparer son depart en douceur. il avait aussi une Division Spéciale Présidentielle tribale pour le proteger, il avait beaucoup des richesses à travers le monde. Quand l'heure avait sonné, il pu fuir sur le pointe des pieds en ayant tout abandoné, au point de mourrir comme un chien sans honneur ni considération. Tant que les congolais ne veullent plus de lui, il finira par partir, mais dans quelles conditions ??? La page est entrain de tournér progressivement. Mobutu avait aussi ceux qui le soutenaient, mais contre la majorité populaire, rien n'avait retardait son depart. C'est le cas de nos jours.

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Past DSK - 09.08.2017 13:07

Tu as perdu toute la beauté que tu avais à ton départ de la RDC. Je comprend maintenant pour tu cherche toujours à revenir ici parce que le vrai lait te manque!!!!

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Past DSK - 09.08.2017 13:02

Tu fais 10 ans dans un pays et tu trouve cela un plaisir? Pourquoi les ambassadeurs ne font pas au tant d'années que vous l'avez fait? Cherchez d'autres pays au monde pour vous spécialiser dans les questions de droits de l'homme et ne pas vous accrochez seulement à la RDC. Allez par ex au Rwanda ou ailleurs!!!

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Manu - 09.08.2017 12:35

Nous voulons que la RDC devienne un état véritablement démocratique et non comment protéger un individu. seule voie à suivre pour y arriver, LES ELECTIONS DÉMOCRATIQUES d'ici Décembre 2017. Ces Militaires et autres dignitaires du régime dilapident les richesses et l'argent du trésor public, puis ils orchestres la Corruption à outrance avec les Libanais, Chinois et Indopakistanais en RDC. Il faut en finir car le pays est assis sur un volcan prêt à faire éruption.

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Infirmier - 09.08.2017 12:28

Quelle est votre contribution par rapport a tout ce que tu sais de la RDC pour que la paix revienne sans casse ni mort d'homme?

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Mampuya - 09.08.2017 12:26

Elle se croit plus importante de toute l'Afrique Central. Voilà ou peut aller la stupidité humaine. Elle parte de transition mais envers qui ? elle se croit peuple Congolais. Voilà pouquoi en Afrique il est toujours difficile de mettre la dèmocratie en place. Puisque en Afrique les élections sont unitiles le peuple ne compte pas,il faut mettre l'idiot du tour à leur choisit par eux. On a vu ça en Cote d'Ivoire, en Libye. l'intellectuel Afrique est vendable et achetable au meilleur offrand. L'africain est l'unique etre Humain souvent sans orgeuil, on le voit en Europe quemander l'argent dans les supermarchés, presque impossible de voir un Asiatique faire ça.Mmme Anonyma si vous...

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Mwena Kananga - 09.08.2017 12:05

Ca va se savoir!!! Rien à cacher au monde!!! La trompette va sonner bientôt et Dieu va libérer la RDC.

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Anonyma - 09.08.2017 12:03

La verite'est que le Congo connait aujourdhui tous les biens lui vole's par Kabila et sa famille et la premiere chose a`faire aussitot que nous l'avons chasse'du pouvoir, c'est recuperer tous les biens mal acquis et les retourner dans le patrimoine public de l'Etat congolais. Nous avons tous les details fournis par Bloomberd avec meme les adresses physiques et les comptes bancaires cache's. Quoi qu'il fasse il finira par partir la queue entre les jambes je vous jure. Les imbeciles comme les Claud Mashala, seront mis en prison a`vie.

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truth - 09.08.2017 11:54

Qu'il le veille ou pas,il quittera un jour le pouvoir et ces richesses resteront... Perdu d'avance

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Claude Mashala - 09.08.2017 11:48

Finalement, cette dame pour qui elle se prend ? Elle pense aimer le Congo plus que le Raïs Kabila qui l'a réunifié après une longue guerre civile!? Excès de zèle!!!

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FISTON TANDU - 09.08.2017 11:14

Si une étrangère connait toutes ces informations et pour quoi pas nous qui sommes les fils du pays qu'on ne peut pas connaitre tout ça.

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