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Le rappeur Young Paris parle de l’« Afrobeats » et de son inspiration musicale tirée de la mode

Le rappeur Young Paris parle de l’« Afrobeats » et de son inspiration musicale tirée de la mode 2017-08-04
Style et Beauté
http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/actualite/2017-actu/08-aout/7-13/young_paris_17_0001.jpg Paris, France-

Young Paris

« Je pense que s’il n’y avait pas d’immigration, la culture ici manquerait l’ingrédient qui fait de l’Amériquece qu’elle est actuellement. »

Ces jours-ci, il est plus probable que vous reconnaissiez l’influence de l’Afrobeat dans vos artistes préférés. Le mixtape More Life de Drake comporte un certain nombre de chansons inspirées de ce genre, et la chanson de Beyoncé« Hold Up »tirée de son album phare Le monade a emprunté des éléments de ce style musical. Les thèmes remontent à l’icône musicale nigériane Fela Kuti, qui est l’auteur de certaines des meilleures percussions musicales jamais produites, et qui ont depuis trouvé une nouvelle vie grâce à un certain nombre d’artistes africains.

Young Parisest l’un de ces jeunes talents africains. Ce jeune est non seulement un rappeur mais aussi un modèle qui a exploité son patrimoine congolais et son sens de créativité pour se forger une image qui va laisser une impression inoubliable, quel que soit le support. Et les gens le constatent – Milandou Badila, de son nom originel, a été signé au Roc Nation peu après la sortie de son premier EPAfrican Vogueen 2016 ; Next Model Management lui a proposé un contrat au début de cette année.

Pour Young Paris, qui est née à Paris et a grandi à New York, la créativité a toujours été la meilleure vitrine de sa culture et de sa personnalité. L'étudiant de 28 ans a passé des années de sa vie dans des studios de danse, à la fois comme acteur et chorégraphe. Il a même été tenté de suivre l’école de la mode. Pourtant, c’est sa musique – qui s’inspire du son traditionnel Afrobeat, de la house music, du dancehall et du hip-hop pour créer un son parfait pour une soirée d’été – qui a vraiment lancé sa carrière. C’est le type de musique qui vous entraîne tous sur la piste de danse et vous fait oublierque vous avez beaucoup transpiré parce que c’est tellement infectieux. Bref, ça ne ressemble à rien de tout ce que vous avez entendu auparavant.

Teen Vogues’est entretenu avec Young Paris sur sa vie en Amérique, son héritage africain, son amour pour la mode et son nouvel EP Afrobeats.

Teen Vogue : Vous êtes né à Paris et avez grandi aux États-Unis, mais vos racines sont au Congo. Est-ce que c’est le fait de grandir en tant qu’Africain dans la diaspora qui a fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui ?

Jeune Paris : En tant que jeune Africain vivant en Amérique, j’ai dû endurer toutesorte d’oppression pource que l’Afrique est en tant que continent. Les gens avaient une connaissancetrès vague sur l’Afrique. On m’a appelé tous les noms qui pourraient littéralement détruire la volonté d’un être humain de s’identifier à une culture. C’est justement cela que j’ai utilisé – je ne diraipas la douleur – et l’ai transformé en moyen efficacepour introduire les gens à la culture africaine.

Mon père était un grand acteur, ma mère une danseuse, et ils nous ont toujours montré la beauté de ce que l’Afrique a à offrir. C’était donc ma mission de mettre cela en œuvre et de le vulgariser à ma façon– mamusique, mon art, ma mode, ou même la danse. Au fait, c’est montrer combien l’Afrique est extraordinaire.

TV : Avez-vous déjà remarqué que comment les personnes non-africaines réagissent à des choses si simples, comme un nom ? C’est un signe de paresse ? Mon point le moins préféré c’est quand les gens regardent votre nom et disent : « Oh, je ne peux pas oser. »Vous sentez-vous touché ?

YP : C’est drôle parce que le nom Young Paris – c’est quelque chose dont je ne parle vraiment jamais de cette façon – mon nom africain est Milandou et, au collège, les gens ne pouvaient pas prononcer Milandou. Ils ont donc commencé à m’appeler Paris parce qu’ils savaient que je suis né à Paris. J’ai finalement accepté ce nom parce que j’étais assez fatigué de voir les gens lutterpour prononcer mon nom. J’ai juste laissé faire :« Vous pouvez m’appelerParis ».

TV : Vous avez grandi dans une famille très créative, qui est différente d’un ménage qui valorise un parcours professionnel stable et bien tracé. Dites-nous comment vous meniez votre vie et comment était votre famille lorsque vous grandissiez ?

YP :C’était vraiment cool. Nous avons grandi tous ensemble. Nous nous sommes supportés les uns les autres et je le dis avec beaucoup de fierté. Nous avons grandi avec un groupe de tambours et de danse familial. Ainsi, nous allions dans différentes écoles, et ma famille réservait des spectacles et nous nous produisions devant des assemblées et nous donnions aux enfants des leçons sur l’Afrique. Attention, nous étions élèves à l’école, mais nous allions également à l’assemblée et nos amis s’en prenaient à nous. Nous nous sommes donc rendus compte de la distance du monde autour de nous et nous nous sommes serrés les coudes. Imaginez unefamille de sept enfants et deux parents ;nous avons tout fait ensemble. Nous étions tous meilleurs amis et nous le sommes jusqu’à ce jour. C’était très cool du point de vue artistique.

Mes parents encourageaient toute initiative que nous pouvions avoir. Ils nous disaient :« Oui, faites-le. Vous allez aimer, allez-y », mais la structureétait toujourslà. Ma mère nous faisait comprendre que nous devrions être à même de payer nos factures, de gagner notre vie.

TV : Comment êtes-vous entré dans la musique ?

YP :J’ai commencé comme danseur, nous avions été formés dans le studio de danse. J’ai commencé la chorégraphie à 14 ou 15 ans. J’enseignais la danse avec ma sœur aux lycéens et aux étudiants. J’ai dû aller au-delà et faire le mélange de la danse africaine, la danse latine et le hip-hop.

Ensuite, tout simplement devant mes collègues au collège, j’ai commencé à rapper. C’étaitémouvant, et j’ai commencé alors à y mettre plus de sérieux, pour finalement me présenter sous le nom de Paris. Il m’arrivait de m’adonner à d’autres choses dans la vie, puis de revenir de temps en tempsà la musique. J’étaisdonc de plus en plus attiré par la musique. Je mettais en scène la danse, puis le son africain, et tout ce à quoi j’étais exposé dans la musique et je le mélangeais. C’est vraiment du Young Paris que les gens voient aujourd’hui : c’est la danse, c’est la fête, c’est l’Afrique, mais c’est aussi électronique. Ça comporte toutes ces différentes vibrations auxquelles je suis exposé.

TV : Y a-t-il une autre source d’où vous tirez votre inspiration ?

YP : Je suis aussi présent dans la mode, bien sûr. La mode est une dynamique importante pour nous. Au Congo, nous avons une culture appelée les Sapeurs. Les sapeurs sont ces gars qui économisent de l’argent et vont en Europe pour s’acheterdes habits et chaussures vraiment chers. Ils y ajoutent une touche et tiennent des spectacles de rue pour montrer combien émouvant leur style est. J’avais aussi des oncles qui étaient des Sapeurs.

J’ai commencé à imiter ces styles à ma façon alors que j’étais encore très jeune. Je pouvais faire quelques touches de peinture sur mes habits et mes baskets, ce qui a fini par faire de moi l’artiste de la classe dans mon lycée. Je créais ma propreambiance sur tout ce que je faisais, et j’ai commencé à vouloir réellement être un créateur de mode, mais je pense que la musique et la danse ont eu raison de mon goût pour la mode. Je n’en ai pas fait une carrière, mais je l’associe toujours à mon style. Beaucoup des tenues que je porte, c’est moi-mêmequi leur donne la touche finale.

TV: Vous avez récemment été signé dans Next Models. Au-delà de la participation à des spectacles et de la création de votre propre mode, comment trouvez-vous l’aspect mannequin ?

C’est cool. J’ai participé à des spectacles depuis des années et je n’ai jamais eu autant d’exposition que maintenant. J’ai toujours été attiré par la coupe et par ce que les concepteurs proposent.

Je caresse l’idée d’avoir une autre plateforme pour montrer mon image professionnelle. Une partie de cette image est la peinture dont je me maquille. C’est la peinture traditionnelle du terroir. Au-delà de son aspect traditionnel, elle porte une beautécertaine, si bien qu’elle attire beaucoup de gens. J’ai choisi de continuer cet héritage de mon père – c’est même devenu une image de marque pour Young Paris.

Je le prends en toute humilité. Tout cela a marqué le mode de vie auquel j’étais déjà associé. Aller à des fêtes avec des personnes que je connais déjà depuis des années et les voir imiter ce que je fais. C’est vraiment émouvant. C’est vraiment cool.

TV : Beaucoup de choses se passent en ce moment en Amérique et mettent en évidence le besoin de visibilité et de représentation des immigrants et des personnes de couleur. Comment abordez-vous cela ?

YP : Je suis un immigrant. J’admire les immigrants et leur état d’esprit face à ce pays, notamment s’approprier les valeurs que ce pays offre et le laisser influencersa vie.
Je pense que s’il n’y avait pas d’immigrants, la culture ici n’aurait pas ce qui fait de l’Amérique, l’Amérique. Je trouve que lorsque vous considérez certains éléments culturels– lorsque vous considérez les défilés antillaisou que vous considérez les pow-wows de l’Amérique amérindienne ou que vous considérez le Nouvel An chinois, vous avez devant vous tous les différents éléments qui façonnent une culture. Je l’adopte.

TV : Beaucoup d’Américains ont une vision très limitée de l’Afrique, de la vie en Afrique, de la créativité, de la beauté et des divertissements qui occupent les gens là-bas. Qu’est-ce que vous aimeriez que les gens sachent de la vie sur le continent ?

YP :Il y a l’aspect commercial, l’aspect technologique de l’Afrique. Et les matières premières. Malheureusement, lorsque nous pensons à ce qui se passe au Congo, il y a tellement de problèmes liés au fait que ces richesses naturelles sont volées et exportées dans le monde, et nous sommes un pays pauvre du tiers monde. Être musicien et être associé à un pays qui a toutes ces richesses à donner au monde,maisqui n’en tire presque rien– jepense à la politique derrière tout ça.

À côté de cette beauté de l’Afrique, la beauté, le tribalisme, la peinture de visage et toutes ces choses qui attirentactuellement les gens, il y a tellement de réflexions autour du développement qui doivent être prises en compte. La moitié de la population [sub-saharienne] a moins de 25 ans. Les gens ne le savent pas. L’Afrique va doubler sa population au cours des 50 prochaines années.

TV: Votre nouvel EPAfrobeats est sorti récemment. En quoi est-il différent des autres versionsque vous avez produites auparavant ?

YP :Dans ce projet, j’ai pris beaucoup d’aspects différents. D’une part, il est question de faire ressortir cette culture et de s’en approprier. Ce mouvement est présent principalement à l’étranger. Il s’agit de lui imprimer une tonalité qui soit acceptable. À l’heure actuelle, l’Afrobeats est bien connu au Royaume-Uni ;il est très en vogue au Nigeria, au Ghana, dans le centre-ouest de l’Afrique, dans de plusieurs régions d’Europe. Beaucoup de gens connaissent bien le son Afrobeats. Aux États-Unis, il vient à peine de commencer à passer à la radio, et c’est seulement l’année passée ou presque qu’il a réellement commencé à gagner du terrain.

Quant à moi, je suis un artiste africain. Je connais très bien ce mouvement, cette culture et ce son. Je l’ai donc adopté, etmon projet en porte même le nom.
L’Afrobeat est une musique sympathique. Il adopteles femmes dans notre culture, le style, l’attitude, le mode de vie où nous sortons et faisons la fête. C’est ma façon de le décrire : « C’est une culture que vous ne connaissez peut-être pas, et c’est comme ça. »

J’aimerais tendre la main à tous ceux qui font de l’Afrobeats parce que je suis conscient de mon rôle ; autant, chacun a son propre rôle à jouer dans ce mouvement.
Je pense plutôt que l’heure est venue. C’est le moment. J’ai travaillé sur ce projet au cours des six derniers mois et je me suis dit : « C’est le temps de l’Afrobeats. Je vais mettre l’Afrobeats en lumière. Mon intention est de le faire connaître à beaucoup de gens. » La musique, c’est émouvant. C’est une atmosphère. Ça touche à beaucoup de choses, ça réchauffe le cœur.


Teen Vogue
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