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Contre la disparition des primates, les scientifiques africains font front commun

Contre la disparition des primates, les scientifiques africains font front commun 2017-08-02
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La plupart des espèces de lémuriens, vivant à Madagascar, sont en voie de disparition

Plus de 150 primatologues africains sont réunis à Abidjan depuis lundi pour créer la première Société africaine de primatologie et mettre en commun leurs ressources afin d’endiguer la disparition des singes et des lémuriens.

Gorille des plaines, colobe, chimpanzé, lémurien… En Afrique, la plupart des primates sont en danger d’extinction, dont dix espèces qui frôlent la disparition, notamment à Madagascar. L’heure est grave, comme le démontre une récente étude signalant que 60% des singes du monde disparaitront d’ici moins de 50 ans si rien n’est fait pour endiguer leur déclin. Face à l’urgence, plus de 150 primatologues du continent sont réunis depuis lundi 24 juillet et pendant quatre jours à Bingerville, en Côte d’Ivoire, pour créer la première Société africaine de primatologie (SAP).

"Nous entendons réunir une masse critique de primatologues africains aguerris, qui puissent faire la différence dans leurs pays respectifs, afin que les primates soient au cœur de la stratégie de conservation", explique à France 24 Inza Koné, directeur de la recherche et du développement du Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d'Ivoire, qui organise l’évènement.

Sensibiliser les populations locales

Si des initiatives nationales et internationales ont déjà été lancées sur le continent, à l’image de la Société internationale de primatologie ou l’Association sud-africaine de primatologie, la SAP entend aller plus loin en coordonnant le travail des spécialistes du continent, plus à même de sensibiliser les communautés et décideurs locaux à la conservation des primates. "En apprenant à se connaître et à partager les informations, ils pourront créer une synergie entre les différents acteurs des régions d’Afrique", continue le professeur.

 
Selon lui, le travail de ces spécialistes, aujourd’hui, est souvent relégué au second plan derrière le travail des scientifiques américains et européens. "Il y a très peu d’initiatives internationales où les Africains essaient d’apporter quelque chose". Ainsi, la raison d’être de la SAP sera aussi de faire en sorte que les efforts de préservation "ne soient plus perçus par la population comme une science ‘de blancs’, éloignée des réalités africaines". Les participants au congrès comptent, grâce à cette mise en commun et mise en valeur de leur travail, parvenir à mobiliser plus facilement des fonds locaux ou internationaux, être compétitifs par rapport aux chercheurs occidentaux, et encourager l’enseignement de la primatologie dans les écoles et universités.

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Indispensables à l’écosystème

Et les singes dans tout cela ? Entre la déforestation, la pollution, la chasse et le braconnage, les raisons du déclin des populations de primates sont nombreuses. Or, au-delà de leur atout majeur pour le tourisme et de leur place dans la chaîne alimentaire, ils assurent un rôle indispensable dans l’écosystème de leur habitat : en dispersant les graines et le pollen, ils contribuent à la régénération des forêts. Ils occupent par ailleurs une place parfois inhérente à certaines cultures et traditions humaines qui les environnent. Ou pas : "Au Maroc, les primates sont vus comme des êtres inutiles. Nous voulons contribuer à changer cette mentalité", lance Inza Koné.

 
Sans prétendre apporter un remède miracle à l’extinction, la SAP compte collaborer avec les ONG en lutte contre ce phénomène, telles que Greenpeace ou le WWF. "Aujourd’hui, leurs efforts n’aboutissent pas. Nous pensons que ce qui manque, c’est une plus grande responsabilisation des nationaux", dit Inza Koné.

La SAP compte contribuer avec les politiques de préservation déjà mises en place par certains gouvernements, dont celui de Côte d’Ivoire, qui parraine le congrès. "Le défi de la conservation des primates en Afrique n’est pas seulement d’ordre environnemental mais aussi d’ordre politique et scientifique", confirmait Alain-Richard Donwahi, ministre ivoirien des eaux et forêts, à l'inauguration du congrès.

Des projets de ce type, associant politiques de conservation, communautés locales et travail scientifique, portent déjà leurs fruits sur le continent, bien qu’ils soient encore largement insuffisants. On peut souligner les programmes de sauvegarde des colobes rouges du Delta, au Nigeria, et des chimpanzés dans la réserve du Taï, en Côte d’Ivoire, ou les sanctuaires de primates d’Ouganda et du Rwanda. Des initiatives locales ou nationales, que les primatologues entendent mettre en avant afin de les multiplier et les pérenniser.


france24
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