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Au Soudan du Sud, le viol et les exactions au quotidien

Au Soudan du Sud, le viol et les exactions au quotidien 2017-07-27
Afrique
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Dans un document publié ce lundi, Amnesty International dénonce l'existence « de violences sexuelles préméditées à grande échelle » dans ce tout jeune pays d'Afrique.

La ville de Yei, au Soudan du Sud, n’est plus approvisionnée. Les routes sont coupées. Plus aucune nourriture ne parvient dans cet ancien grand pôle marchand à la frontière de l’Ouganda et de la République démocratique du Congo. La seule solution pour ne pas mourir de faim est de tenter sa chance sur les chemins de brousse pour rejoindre les zones rurales et ramener les denrées de base. Mais les groupes armés sont partout. Un homme qui se fait prendre se fait tuer, une femme se fait violer.

Elles doivent donc choisir entre l’agression sexuelle et le meurtre de leur mari ou leur frère, explique Donatella Rovera, en charge du rapport d’Amnesty International sur les violences sexuelles au Soudan du Sud. Un choix impossible. Et Yei n’est qu’un cas parmi d’autres. La province entière de l’Equatoria central, comme celle du Nil supérieur au nord-est, connaît un regain de violence.

Mutilations


Aucun chiffre officiel ne vient étayer cette réalité. Pourtant, il n’a pas été difficile à Donatella Rovera de trouver les victimes. Le porte-à-porte a suffi pour en identifier des dizaines. La militante a mené les recherches sur le terrain pendant un mois et recueilli – conjointement avec d’autres membres d’Amnesty International – le témoignage de 168 survivants dans quatre Etats et trois camps de réfugiés ougandais. Des femmes, des jeunes filles ou des hommes. La brutalité des actes relatés choque. Mutilations, barbarie. Et les victimes ne reçoivent aucune aide psychologique, ni même de soins somatiques, pour réparer les fistules vaginales et les lacérations. Le délabrement du système de santé, l’instabilité, l’impossibilité pour les organisations non gouvernementales de travailler dans la zone et l’isolement des populations ne le permettent pas.

Les combats entre les partisans du président Salva Kiir et ceux de l’ancien vice-président Riek Machar ravagent le plus jeune pays d’Afrique depuis décembre 2013. Les populations sont considérées comme ennemies sur la seule base de leur appartenance ethnique. Les Nuer s’opposent aux Dinka, ethnie du Président, et les violences sexuelles et meurtres sont souvent commis en représailles d’agressions antérieures perpétrées contre le clan rival. Les conflits contemporains ont érigé le viol en arme, en instrument de terreur. Un moyen de perpétuer les guerres au-delà des cessez-le-feu aussi, en hypothéquant la capacité des femmes à procréer. Le Soudan du Sud ne fait pas exception. Même dans la capitale Djouba, les femmes de l’ethnie Nuer, réfugiées dans le camp des Nations-Unies, sont de potentielles victimes. « Les familles ne reçoivent que des céréales pour ration. Pour les faire cuire, les femmes ont besoin de bois, qu’on ne leur fournit pas. Elles doivent donc sortir du camp pour s’en procurer et peuvent être agressées à tout moment par les forces gouvernementales », précise Donatella Rovera.

Le nombre de morts, lui aussi, est incertain. Peut-être quelques dizaines de milliers, peut-être quelques centaines. L’Organisation des Nations unies ne les recense plus. Les déplacés et réfugiés, eux, se comptent en millions et le risque de famine, qui découle du conflit, perdure.

Mais au-delà du crime de guerre, l’insécurité totale et l’impunité pour les agresseurs engendrent des viols d’opportunité, des crimes de droit commun. « Les conflits ont laissé les femmes sans protection, précise Donatella Rovera. Elles sont d’autant plus vulnérables qu’elles ont souvent perdu les hommes de leur famille et la situation dans laquelle elles vivent présente plus de dangers qu’auparavant. Elles doivent sortir seules ou en petits groupes, parfois la nuit, ne serait-ce que pour aller aux toilettes, et peuvent être agressées, même par les membres de leur propre ethnie ».

Selon la chercheuse d’AI, la situation s’est dégradée dans le pays depuis sa dernière visite, en 2014. Désormais les routes sont impraticables. Les groupes armés qui les sillonnent représentent un danger de mort pour ceux qui s’y aventurent. « Même les déplacés qui fuient vers l’Ouganda évitent les voies principales. Ils marchent en brousse pour réduire les risques ». Le seul axe routier qui demeure praticable est celui qui relie Djouba à Bor, à 200 kilomètres au nord. La situation est désastreuse pour les populations. Les groupes armés, militaires ou partisans de l’opposition, ont instauré un régime de terreur dans tout le pays. Certaines zones épargnées pendant les premières années de guerre civile ne le sont plus, comme l’Equatoria central dans le sud du pays, où se situe Yei. Les frontières sont labiles. « Une zone tenue par un groupe peut basculer en 24 heures dans les mains d’une faction adverse et les exactions débuter en masse », relate la défenseuse des droits de l’homme.

« Les autorités ne font rien pour endiguer les crimes contre la population, les viols, les massacres, les pillages…», explique Donatella Rovera. Aucune pression internationale n’est exercée sur le gouvernement sud-soudanais pour qu’il impose des mesures. Aucun embargo sur les armes n’a été voté ». Et dans ce chaos, la Minuss (Mission des Nations-Unies au Soudan du Sud) impuissante pour préserver les civils.

Cécile Brajeul
http://www.liberation.fr
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