mediacongo.net - Actualités - « En Afrique, l’église n’est plus une institution intouchable » 
Retour Religion

« En Afrique, l’église n’est plus une institution intouchable »

« En Afrique, l’église n’est plus une institution intouchable » 2017-07-13
http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/actualite/2017-actu/06-juin/05-11/eveques_eglise_17_006.png -

Plusieurs églises catholiques d’Afrique centrale sont directement menacées par le pouvoir politique. Entre silence et prise de parole, la réaction des responsables catholiques est loin d’être uniforme.

Pourquoi l’église catholique est-elle directement menacée par certains régimes en Afrique ?


Laurent Duarte : L’église est prise à parti dans des pays où les pouvoirs ne supportent pas qu’on leur résiste. Ils perçoivent ainsi toute opposition comme une menace. On a souvent pensé que la répression de l’église catholique par les pouvoirs en place était liée aux élections. Mais ce n’est pas le cas. Que ce soit à l’approche des élections ou non, les évêques font les frais de pressions fortes, comme d’autres organisations d’opposition.

Dans certains pays d’Afrique, l’église n’est plus l’institution intouchable qu’elle a longtemps été. Il est plus facile pour un pouvoir de l’attaquer aujourd’hui, qu’il y a 20 ou 30 ans. La logique répressive de certains gouvernements fragilise évidemment la possibilité de monter au créneau.

D’autant que du côté du Vatican, il n’est pas sûr que l’on encourage franchement les évêques à aller dans ce sens. L’exhortation apostolique Africae munus de 2011, qui appelait l’église africaine à œuvrer pour une plus grande justice dans la société, apparaît comme une lettre d’intention. Cependant, la préoccupation pour la gouvernance, la participation citoyenne et l’idée de dignité sont de plus en plus portées par les églises locales, en premier lieu par le réseau Justice et Paix.

Les églises africaines sont-elles solidaires entre elles pour supporter les pressions ?

L. D. : Les instances catholiques régionales, comme l’Association des Conférences épiscopales de la région de l’Afrique centrale (Acerac), sont relativement faibles. De ce fait, les évêques ont souvent du mal à sortir d’une logique strictement nationale. En ce moment, beaucoup de conférences épiscopales regardent vers la RD-Congo (RDC), qui peut faire figure de modèle, mais il n’y a aucune action commune. Si des signes de solidarité existent, ils sont mis en œuvre par les Caritas du continent, qui tentent de se structurer pour mieux travailler ensemble.

Quels sont les principaux ennemis de l’église catholique ?


L. D. : Le premier ennemi de l’église catholique, c’est elle-même. Si elle ne renouvelle pas son approche dans un continent où 78% de la population à moins de 18 ans, elle risque de ne plus être audible. Il faut qu’elle apprenne à s’adresser aux jeunes, sans quoi elle risque de les perdre. Elle doit aussi prendre garde à ne pas se diviser. Une conférence épiscopale affaiblie aura beaucoup de mal à prendre la parole.

Par ailleurs, la forte progression des pentecôtistes, qui passe souvent par la promotion de logiques très individualistes, contribue aussi à la fragiliser.

Enfin, elle est directement menacée par les régimes dictatoriaux. Ils la contraignent par la violence et la force au silence afin de la rendre inoffensive. La logique répressive est aujourd’hui présente en Afrique centrale.

Quel rôle les laïcs jouent-ils ?

L. D. : Même si l’on observe une montée en puissance des laïcs, l’église catholique en Afrique est encore très cléricale. Les postes clés sont le plus souvent occupés par des prêtres. Cela dit, des réseaux se constituent où se mêlent des mouvements d’église et la société civile, des laïcs et des clercs comme le collectif Tournons la Page, dont je suis le coordinateur. Nous ouvrons des antennes dans de plus en plus de pays africains.

Sur quelles grandes figures l’église d’Afrique peut-elle s’appuyer pour s’engager sur le terrain politique ?

L. D. : Outre Mgr Luis Portella, l’évêque de Kinkala (Congo-Brazzaville), on peut évoquer le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, mais aussi le Père Donatien Nshole, secrétaire général de l’épiscopat congolais (RDC). Je pourrais encore citer le Père Gustave Sanvee, le secrétaire général de la commission Justice et paix au Togo, ainsi que Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou, évêque de Dolisie (Congo Brazzaville).


la-croix
308 suivent la conversation
1 commentaire(s)
Chers internautes, les commentaires sont déposés librement par les utilisateurs et n’engagent nullement mediacongo.net. Néanmoins, afin de conserver un espace constructif et de qualité, mediacongo.net se réserve le droit de supprimer tout commentaire injurieux, immoral ou contraire à ses valeurs.
NSAKA MALANGU REHOBOTH - 23.07.2017 05:38

L' Apocalypse 17.16 prévient que les dix cornes (rois, présidents) et la bête ( puissance politique) hairont la femme prostituée ( religion pervertie). Même En Occident, L' Eglise Subit Des Pour Sa Position Face Aux Mariages Gay, Lesbiennes ... De La Part De Ses Alliés D'hier.

Non 0
Oui 0
Êtes-vous d'accord avec ce commentaire ?
right
ARTICLE SUIVANT : Moïse, prophète aux visages multiples
left
ARTICLE Précédent : Kongo Central : contribution de l’Assemblée provinciale à l’érection du musée de l’église Kimbanguiste à Nkamba
AUTOUR DU SUJET

Elections : l’église africaine sous pression

Afrique ..,