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Joe Tshupula, l'ancien entraineur du DCMP devenu sélectionneur de l'Île Maurice parle de ses expériences passées

Joe Tshupula, l'ancien entraineur du DCMP devenu sélectionneur de l'Île Maurice parle de ses expériences passées 2017-06-17
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Joe Tshupula

26ème épisode de "Trajectoires", la série consacrée à ces personnalités du football au parcours atypique Pascal Scimè retrace la route de Joe Tshupula, le sélectionneur belge de l’Île Maurice. Après une carrière en dents de scie, cet ancien milieu de terrain devient à 34 ans le premier entraineur de « couleur » d’un club professionnel en Belgique. Une étiquette lourde à porter pour celui qui se sent belge à 110 %… Ignoré et snobbé en Belgique, il rebondit presque par hasard à l’Île Maurice grâce à un incroyable concours de circonstances… A l’image de sa carrière en quelque sorte. Rencontre entre croyances, disparitions et expressions bruxelloises.

Bio express :

Joe Tshupula, né à Kinshasa le 15 mai 1972.

Poste : Sélectionneur

Signes distinctifs : Ne regarde jamais les paysages idylliques

Particularités : Habitait à Bruxelles lorsqu’il jouait au Havre.

Dans quelles conditions commences-tu à jouer au football ? 

Je suis arrivé en Belgique à l’âge de dix ans. Jusqu’à mes quinze ans, je jouais au foot mais pas en club car je ne savais pas que ça existait (rires).

Sérieusement ?

Là où j’habitais au Congo, il n’y avait pas de club de football.

A seize ans, je signe ma première affiliation à Verrewinkel (un club de provinciale en périphérie bruxelloise, NDLR). Mon parcours se poursuit à Nivelles avant que ma carrière ne prenne une autre dimension avec un transfert à Ajaccio en Nationale.

Tu passes professionnel ?

Pas à Ajaccio. Mon premier contrat pro, un contrat de cinq ans, je le signe en 1997 au Havre. Je précise bien que je signe un contrat pro mais que je ne le suis pas vraiment.

C’est-à-dire ?

Disons que… S’entraîner tous les jours, c’était un peu compliqué. Ce n’était pas fait pour moi.

Tu n’avais pas la mentalité adéquate pour être pro ?

Non. Je ne dirais pas ça parce qu’en réalité, le football a toujours été très facile pour moi. Je me souviens d’un essai réalisé sans pression à Bordeaux. A l’époque de PapinBaMicoud ou Bodart. Le coach Rolland Courbis me dit : " C’est bon. Tu peux signer mais comme tu es étranger, on va te prêter à Ajaccio ".

Moi j’étais content. Le foot était facile, presque naturel. Ce qui me plait dans le foot, ce sont les débuts. Par contre, dès que ça devient une routine, je me lasse (sic).

Et donc, tu n’iras jamais à Bordeaux…

Non. Je joue une saison et demie en CFA au Havre et là aussi je n’aime pas la routine. Je passe plus mon temps à Bruxelles qu’au Havre.

Toujours cette envie de fuir la routine ?

Oui. (Rires). Je fais des allers-retours (la distance Bruxelles – Le Havre est d’environ 400 km, NDLR) pour aller m’entraîner en passant les petites routes pour éviter les péages… Ça doit être mon côté africain, aventurier. Cet espèce de road trip m’a permis de découvrir de chouettes villes comme Cambrai… (rires) Malgré tout, j’ai pris beaucoup de plaisir lors de cette expérience qui, j’en suis sûr, me sert encore aujourd’hui comme entraîneur.

Après un an et demi, tu décides rentrer en Belgique…

Oui à Rhode-Verrewinkel. Avant d’y signer, je vais contribuer à la montée du club en participant au dernier match du tour final à Kampenhout alors que je suis encore sous contrat avec le Havre. Après la rencontre, je suis rentré directement en train parce que le mercredi suivant, je devais disputer un match de championnat avec le Havre.

En France, personne ne savait que tu avais joué trois jours plus tôt en Belgique ?

(Il éclate de rire) Non. Lorsque je te parlais de carrière tranchée, en voilà un bel exemple… Mais personnellement, je ne regrette rien.

Pendant ma carrière, j’ai aussi ouvert une boite de nuit parce que je pensais que je ne savais rien faire d’autre que m’amuser. Là aussi, ça été un peu compliqué. Et puis à 31 ans, j’ai décidé d’arrêter le foot parce que physiquement, je souffrais le martyre à cause d’une pubalgie chronique.

A l’époque, je jouais au FC Tubize. Après seulement trois mois, j’ai disparu de la circulation sans laisser de traces (sourire). Je me suis retiré du monde du football. Et j’ai réfléchi à ce que j’allais faire. J’ai donc suivi des cours d’entraineur à Lille pendant quatre ans.

Tu désires devenir entraineur alors que le monde du football ne t’amuse plus ?

J’avais besoin d’apprendre et de comprendre. Ma grosse difficulté en tant que joueur, c’est que je ne suis jamais tombé sur un coach qui a su m’expliquer le pourquoi du jeu, le positionnement etc… Du coup, jouer au football ne m’amusait plus ! Par contre, entrainer c’est autre chose, ça me plait.

Tu débutes ta carrière de coach à l’Union Saint-gilloise…

Oui, je commence avec une équipe de tous petits... Et ça se passe magnifiquement bien. Je kiffe littéralement l’expérience. Ensuite, je prends en charge les U15 que je vais accompagner durant trois saisons. Jusqu’à ce que Farid Sahli (le responsable de l’école des jeunes) me nomme directeur technique.

Une fonction qui te rapproche de l’équipe première… Une équipe que tu vas entraîner deux ans plus

Avec ce titre, que je n’aime pas tellement, de "premier entraîneur" noir d’une équipe belge professionnelle.

Comment appréhendes-tu ce nouveau statut ?

Si on ne m’avait collé que cette étiquette, ça ne m’aurait pas déplu mais on m’en a collé bien d’autres. De par mon passé de joueur un peu turbulent, ingérable… Les gens se demandaient "comment ce gars de 34 ans a pu devenir entraîneur ? Un type qui a disparu de la circulation pendant quatre ans et qui est revenu de France avec ses diplômes." A l’époque même mes amis disent ne pas me reconnaître, je suis devenu sérieux (sourire) même si intérieurement, je prends beaucoup de plaisir à être coach.

Le regard de certains t’a fait mal ?

Oui. Je vivais mon métier à fond et je savais que malgré tout, je n’avais pas droit à l’erreur. Certains attendaient que je me plante. Tu sais… je débute avec un nul à Courtrai avant d’enchaîner 5 défaites consécutives. Même si le manager de l’époque Jacques Swalens me protège, je suis conscient qu’une défaite contre Eupen, le leader de la série me sera fatale. Finalement, on va gagner 2-1 dans des circonstances exceptionnelles.

Explique-nous ça ?

Le jeudi qui précède ce match, je vais manger avec mes joueurs. Après le repas, on reste en petit comité pour siroter un verre… Et là, mon défenseur Jules Mbayoko me dit "Joe, je t’ai connu comme joueur mais je ne te reconnais plus… Tu te mets trop de pression".

Je me rends compte qu’il a entièrement raison… Je décide d’appeler un pote, propriétaire de bar, je luis dis : " Hervé, c’est peut-être mon dernier match ce dimanche, je vais venir avec mes joueurs à qui j’ai envie de faire plaisir ". Comme il y a prescription, je vais balancer les joueurs présents (Rires)… Il y avait Jules MbayokoFrancis MangubuThierry CoppensManu Massaux et Fred Hanssens notamment.

Je bois un verre avant de m’éclipser mais je suggère à Hervé de continuer à leur faire plaisir. Après mon départ, il va leur parler et leur demande de tout donner pour moi… La suite ? Vous la connaissez. On bat Eupen et cette victoire me permet de rester une année et demie de plus. Mon début de carrière a été difficile mais c’est le meilleur début que j’aurais pu avoir. Cela m’a permis de prendre du recul sur ma fonction, d’entraîner avec plus de tranquillité.

En tant que jeune coach, as-tu été victime de racisme ?

Non pas vraiment parce que j’ai tout fait pour qu’on ne me remarque pas. Je ne discutais pas les décisions arbitrales et je coachais en costume. Ça devait sans doute déranger certains mais honnêtement, il y a des noirs bien plus connus que moi (rires). Je ne suis pas Nelson Mandela, juste un entraîneur de foot. Dans les divisions inférieures, il y a beaucoup d’entraîneurs étrangers… Après, savoir pourquoi ils n’arrivent pas tout en haut, c’est une autre histoire.

Tu es remplacé après deux ans. As-tu digéré ton éviction ?

Sur le fond oui mais pas sur la forme. Lors de ma première saison, j’ai eu une conversation avec un administrateur du club, Enrico Bove. Il ne partageait pas mes choix de sélection. Je l’ai donc invité à me livrer par écrit son onze de base et j’ai gardé ce bout de papier sur lequel il manquait l’essentiel de mes cadres. Plus tard, avant un match, je l’invite dans le vestiaire pour assister à la causerie… Je lui propose de prendre la parole mais avant, j’affiche au mur le bout de papier avec son équipe type, à la plus grande stupéfaction des joueurs… Il l’a très mal pris. Le hic, c’est que l’année d’après, il devient Président (rires) !

Tu savais que tu étais en sursis… 

Oui même si le manager me prolonge et blinde mon contrat, je sais qu’au premier faux-pas, je serai dehors. J’en suis conscient et je veux me faire plaisir. Je presse peut-être inconsciemment les joueurs. Notre début de championnat est canon et à la fin du mois d’octobre, on est même deuxièmes. Je sens que tout le monde s’enflamme autour de l’équipe mais que certains n’attendent que ma chute. Je suis rongé de l’intérieur. Je redoute le creux… qui arrive au mois de Novembre. Lorsque l’on me vire, l’équipe est 3ème ou 4ème.

Sur la forme, il y a des choses qui m’ont déplu parce que ce club je l’ai dans le sang ! J’ai encore du mal aujourd’hui. Lorsque je suis en Belgique, je préfère voir jouer les jeunes ou l’équipe première en déplacement. Entrer dans ce stade, j’aurais encore du mal. Je ne me sentirais pas à l’aise.

Après l’Union, tu vas entraîner en Afrique…

En Belgique, on m’a proposé des clubs de divisions inférieures. Je désirais entraîner en division 1 ou en division 2. Ce n’était pas de la prétention mais plutôt de l’ambition même si beaucoup m’ont pris pour un fou…

Lorsque j’ai eu la possibilité d’aller entraîner un club congolais de 1ère division, le "DCMP", j’ai foncé.

Le niveau n’est peut-être pas équivalent à l’élite belge mais la pression est bien présente. Quand tu joues devant nonante milles personnes, tu ne peux rester indifférent. C’était un truc de dingue.

Entretemps, le Congo a bien changé…

Oui, je ne reconnais plus le pays que j’avais quitté à dix ans. Dans mes souvenirs d’enfant, un pays magnifique. Tant que tu es dans le foot, tout se passe bien mais à côté de cela, il y avait une autre réalité, plus difficile à vivre. Les images d’enfants défavorisés ou des coins de pays difficiles à regarder, cela te touche et te ronge.

L’expérience a duré huit mois. Je quitte le club lorsque mon président démissionne. Par respect, j’ai promis aux supporters "de ne jamais entraîner une autre équipe congolaise à part l’équipe nationale !".

Quelle est la chose la plus folle que tu aies vue au Congo ?

Les croyances figurent parmi les choses qui m’ont le plus choqué et mis en colère. Des croyances qui prennent le pas sur la qualité du footballeur. Il y a des croyances extraordinaires comme "la peur de jouer dans un stade construit sur un cimetière". Les gens de Kinshasa sont convaincus que s’ils foulent cette pelouse, ils seront enterrés là. Du coup, ils ne veulent pas s’échauffer mais seulement y jouer et encore… Les joueurs sont transportés sur la pelouse sans mettre les pieds au sol.

On les transporte sur la pelouse ?

Oui, les joueurs sont prélevés du bus et on les porte jusque sur la pelouse sans passer par le vestiaire. Moi, je n’y comprenais rien, j’étais médusé (rires). Le pire c’est qu’on remporte le match 0-1 et tout le monde est convaincu que c’est parce qu’on n’a pas foulé la pelouse avant le coup d’envoi !

Etre entraîneur, c’est aussi accepter et comprendre des choses qui semblent surréalistes…

Dans mon noyau, j’ai un attaquant de 35 ou 40 ans, son âge était assez nébuleux. Ce joueur a la réputation de ne marquer que lors du derby de Kinshasa. Ce derby arrive mais la semaine qui précède le match, il disparaît. Je ne le vois pas une seule fois à l’entrainement et tout le monde a l’air de trouver ça normal. Personnellement, je ne le trouvais pas très bon donc je n’étais pas sûr de le faire jouer.

La veille du match, il réapparaît avec la tête "à l’envers" (rires) et il me dit coach "demain j’en mets deux". En temps normal, je l’aurais renvoyé mais là, je le laisse dans le groupe.

Le pire, c’est que la hantise de l’autre équipe, c’est de le voir jouer ce match.

Du coup, tu débutes la rencontre avec un avantage psychologique indéniable…  

Exactement. Je décide de le faire jouer et il marque un but ! Pas deux comme il m’avait promis (rires) mais cela suffit pour gagner le match 1-0. On m’a expliqué ensuite que pendant une semaine, il est allé faire des incantations. Ce sont des choses extraordinaires qu’il faut vivre.

"A l’Ile Maurice, la tactique n’intéresse pas trop les joueurs"

Après cette parenthèse réussie au Congo, la proposition tant attendue de Belgique n’arrive pas. Tu vas finalement rebondir à l’Ile Maurice grâce à un concours de circonstances hautement improbable

La seule offre que j’ai reçue en Belgique, c’est celle de Bleid. Et très sincèrement, je ne me voyais ni parcourir les 400 km par jour en aller-retour, ni vivre sur place.

Au bout de six mois, une connaissance me contacte via Facebook et me propose de venir à l’Ile Maurice où il est installé… Il me dit "si tu ne fais rien, viens boire un coup à Maurice… Tu sais, ici il y a une équipe nationale et je connais le président de la Fédé… Le coup est jouable".

Et, je décide d’y aller. Je n’avais rien à perdre. Au pire, ça me faisait des vacances.

Et sur place, ça se passe comment ?

Je rencontre effectivement le fameux président de la Fédération, nous trouvons un accord sur les conditions salariales et le projet technique. Je rentre en Belgique confiant et un mois plus tard, nous voilà de retour à Maurice avec ma femme et mon fils.

La suite est moins rose…

Il y a des choses que tu sens. La première semaine, je ne reçois aucune nouvelle… Je dois courir à gauche, à droite pour retrouver mes contacts sur place… J’apprends qu’il va y avoir des élections à la Fédération et que l’homme avec qui j’avais un accord n’est pas le Président. Il pensait être élu et il s’était servi de moi pour gonfler son projet sportif en disant : "votez pour moi, je vous apporte un sélectionneur étranger."

Ça change tout…

Pourtant, avant de partir, j’avais vérifié son CV sur Google et il était renseigné comme président de la fédé (rires). "Faut croire qu’à l’Ile Maurice, Google n’est pas updated". Je pense qu’entre temps, il avait perdu son poste et qu’il pensait revenir très vite… (rires) Le hic, c’est qu’il ne sera pas président pendant deux ans.

Tu te retrouves sans rien…

Oui. Ma femme avait lâché son boulot en Belgique. Heureusement que mon fils était inscrit à l’école, c’était déjà ça.

C’est justement grâce à l’école que tu vas rebondir…

Oui, sur un coup de chance. Je mets en place une académie pour jeunes footballeurs (l’Académie de Football Nord, Ndlr) en partenariat avec une école et ça se passe très bien. Je fais ce que je sais faire : entraîner. S’il n’y avait pas eu cette opportunité, ça aurait été très difficile, je pense que j’aurais eu un dégoût profond du football.

Ton académie va t’ouvrir des portes…

Je reçois un appel du plus grand club du pays et sportivement, ça va bien se passer. On termine deuxième mais ça ne colle pas trop avec le président. Ensuite, j’accepte le défi d’un président sulfureux qui a la réputation de virer quatre à cinq entraineurs par saison... Cela fait cinq ans que l’on bosse ensemble. Trois années en club et deux en tant que sélectionneur national car entretemps, il est devenu président de la Fédération, le vrai !

Quel est le niveau du football à l’Ile Maurice ?

Aujourd’hui, les footballeurs sont professionnels. Mais il y a eu une traversée du désert. Il y a une quinzaine d’années, il y a eu un très gros clash au sein du football mauricien. A l’époque, chaque communauté avait son club : les Musulmans, les Hindous, les Créoles et les Blancs mauriciens. Mais à la suite d’incidents très graves, le championnat a été stoppé pendant deux ans jusqu’à ce que la Fédé décide de régionaliser le football.

Aujourd’hui, tu te rends compte qu’il n’y a que les Créoles qui jouent au foot. Les autres communautés l’ont délaissé. Or, le Créole, c’est le pêcheur, le maçon… C’est le gars qui ne se pose pas de questions. Il vient au foot sans passer par le vestiaire, il joue… Et ensuite, il file à la plage pour se baigner… Le soir, il va aller pêcher et ainsi de suite… C’est un autre monde ! C’est le football de base où tu joues au foot pour t’amuser comme les enfants. Tactiquement, tu vas leur expliquer deux ou trois trucs mais pas plus parce que ça ne les intéresse pas.

Pour un coach à l’européenne, ça doit être déstabilisant ?

On a remporté le championnat pas parce qu’on était la meilleure équipe mais tout simplement parce qu’on a travaillé un peu plus que les autres. Tu veux un exemple concret ? Avant un match, je dis à mes joueurs : "Les gars, aujourd’hui, on débute très fort pendant cinq, dix minutes et dès qu’on marque, on attend les adversaires pendant une bonne vingtaine de minutes… Ensuite dès qu’ils commenceront à s’énerver, on appuie à nouveau et vous verrez qu’on en marquera deux ou trois !" Mais mes joueurs ne comprennent pas pourquoi il faut arrêter d’attaquer pendant vingt minutes (rires)… Ce n’est pas dans leur mentalité.

Et au niveau de l’équipe nationale ?

Un truc qui me rend dingue en sélection mais que j’ai arrêté de vouloir changer c’est la nourriture ! A l’hôtel, les gars vont remplir leurs assiettes à ras-bord avec du poulet, du poisson, des saucisses… ils vont déjà chercher leur dessert et tout mettre à table. Va leur expliquer qu’on a le temps de manger et de se resservir. C’est culturel. A Maurice, ils ont pour habitude de ne manger qu’une fois par jour alors les joueurs reproduisent ce schéma en sélection comme s’ils n’allaient plus manger de la journée. Perso, j’ai arrêté de vouloir me battre pour instaurer la diététique. 

En sélection, certains déplacements doivent aussi être compliqués, tu as dû en voir des choses…

Un jour au Kenya, on s’est retrouvé dans un hôtel miteux où il n’y avait même pas d’eau froide. Uniquement de l’eau chaude alors qu’il faisait 35 degrés dehors. Ça fait partie du jeu.

Chaque match est une aventure ?

C’est exactement ça. Je suis parti aux Seychelles. Toute le monde m’a dit que j’avais de la chance, que les Seychelles étaient magnifiques. Je n’ai rien vu des Seychelles. Juste l’aéroport, le terrain de foot et mon hôtel. Idem pour le Kenya… Pas de safari au programme, seulement le foot.

"A vrai dire, je m’en fous un peu. Mais il est clair que faire partie des quelques deux cents sélectionneurs au monde est plutôt une fierté."

Et comment vois-tu la suite ?

Je sens que j’arrive à un tournant de ma carrière mais je laisse faire la vie.

En Belgique, on ne te connait quasiment pas. Etre l’un des rares sélectionneurs belges à l’étranger, c’est une fierté ?

A vrai dire, je m’en fous un peu. Mais il est clair que faire partie des quelques deux cents sélectionneurs au monde est plutôt une fierté.

D’ailleurs à Maurice, certains ne savent même pas que je suis belge… Moi, je me sens congolais à 100 % et belge à 110 %. Ces 10% c’est mon vécu, c’est assez spécial comme sensation.

Se lever tous les matins et contempler l’Océan indien, c’est quelque chose d’exceptionnel… Est-ce qu’à la longue, on se lasse d’une telle vue ou pas ?

Je prends du plaisir quand il y a des amis qui arrivent. C’est à ce moment-là que je prends du plaisir à vivre à l’Ile Maurice… Le reste du temps, je bosse. Les gens ne s'en rendent peut-être pas compte. La mer, je ne la vois qu’en roulant. Les sites touristiques ? Il n’y a que mon épouse qui les connaisse (rires). 

Ce boulot t’empêche de découvrir et d’explorer… C’est paradoxal, non ?

Ça doit être propre à la fonction d’entraîneur ou au football… Je ne sais pas comment c’est pour les autres mais moi je suis focalisé sur ma tâche. J’ai joué en Corse mais je n’ai aucun souvenir touristique de la Corse. Je me souviens du centre d’entrainement, de l’autoroute et du restaurant sans plus. Un coucher de soleil, aussi beau soit-il, ne m’émeut pas… Alors que mes amis s’arrêteraient pour le photographier.

Je crois que je vais le vivre et prendre conscience de la beauté de mon expérience, de la chance que j’ai eu d’y vivre, le jour où je n’y serais plus. Pour l’instant, je rêve de retourner en Corse parce que je sais qu’il y a quelque chose que j’ai raté, que je dois absolument découvrir. Après… il est clair que j’invite tout le monde à venir à l’Ile Maurice car les paysages y sont magnifiques et le climat y est doux toute l’année.

Ça a dû te changer de la Belgique…

(Rires) Si je devais revenir bosser en Belgique, j’aurais du mal à me réhabituer aux survêtements et aux blousons… Ici, l’hiver il fait 25 degrés.

Tu parles un peu le créole ou pas ?

Oui je le comprends et le parle aussi. Mais lorsque je m’énerve, je le fais en français parce que les joueurs doivent comprendre que je suis énervé (sic). Le créole est une langue chantante, douce et agréable mais ça ne fait pas très sérieux lorsque tu dois être sérieux (rires). Par contre, j’adore la musique créole.

J’imagine que tu dois utiliser des expressions bruxelloises de temps à autre, je me trompe ?

(Il rit) Non, tu as raison, il m’arrive de crier : "Allez ket, cours fieu" ! Je pense que je ne dois pas être loin du style Raymond Goethals dans mes causeries. Je pense que mes joueurs ne doivent pas toujours comprendre mes tournures de phrases. (Il éclate de rire). C’est pour ça que j’adore revenir à Bruxelles.

Sur les deux dernières années, l’équipe nationale mauricienne a gagné 30 places au Ranking Fifa (actuellement elle pointe à la 150eme position, NDRL). Y-a-t-il moyen de la faire encore progresser ? 

Oui, je le pense mais il faut aussi remettre en contexte le mode d’attribution des points. Tu peux gagner des points sans même jouer. C’est une véritable aberration. Ensuite, tu t’aperçois que si tu as de l’argent pour organiser des matches amicaux, tu peux aussi gagner quelques points… On a eu la chance de jouer beaucoup et de gagner des points grâce aux rencontres de qualification. Je pense qu’on peut espérer atteindre la 115ème place. Ma fierté c’est qu’aujourd’hui, les adversaires savent que s’ils veulent les 3 points contre Maurice, ils devront venir les chercher. Depuis que je suis en fonction, on n’a perdu que deux matches à domicile. Je suis content que l’on progresse et que l’on soit devant certaines équipes européennes.

Quelle est ta devise ?

Quand ça va, ça va et quand ça ne va pas, tu patientes.

Pascal Scimè
RTBF / MCN
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