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Allemagne: mort de Helmut Kohl, père de la réunification allemande

Allemagne: mort de Helmut Kohl, père de la réunification allemande 2017-06-17
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L'ancien Chancelier allemand, Helmut Kohl, était considéré comme le père de la réunification allemande

L’ancien chancelier allemand Helmut Kohl, mort vendredi à 87 ans, restera dans l’histoire mondiale comme le père de l’Allemagne réunifiée, l’imposant en quelques mois aux grandes puissances et la plaçant au cœur du projet européen.

Helmut Kohl est décédé ce 16 juin 2017 à l’âge de 87 ans. Ce chrétien-démocrate a amené son pays à la réunification en 1990. Ensemble avec le président français François Mitterrand ils ont jeté les bases de l’euro et de l’Union européenne. Ce n’est qu’après sa retraite politique que l’ancien chef de la CDU est tombé en disgrâce suite à l’affaire des « caisses noires » qui impliquait son parti dans une affaire de corruption.

Malade et affaibli depuis plusieurs années, il s’est éteint dans sa maison de Ludwigshafen (sud-ouest), écrit le journal Bild, très proche de celui qui détient le record de longévité à la chancellerie allemande (1982-1998) depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Petit fils spirituel de Konrad Adenauer

Avec sa disparition, c’est tout un chapitre de la vie politique allemande de l’après-guerre qui se referme. Lui qui s’était autoproclamé petit-fils spirituel du premier chancelier de la RFA Konrad Adenauer (5 janvier 1876 - 19 avril 1967), il incarnait comme personne les valeurs conservatrices de la jeune République fédérale.

Né le 3 avril 1930 à Ludwigshafen (dans le Land Rhénanie-Palatinat), Helmut Kohl a grandi dans une famille de catholiques pratiquants antinazis. Mais plus encore que la religion ce sont ses racines, cette Heimat située dans une région où il faut bon vivre, qui vont forger un style de vie, ce côté provincial qu’il gardera toute sa vie (et qui sera le sujet de nombreuses moqueries). Autre élément qui a laissé une empreinte durable dans sa vie, et qui a influencé sa politique : la Seconde Guerre mondiale.

Enrôlé dans une brigade de pompiers, il a vu les bombes des alliés tomber sur sa ville natale, qui fut complètement rasée. Mais plus encore c’est la mort de son frère, Walter, tué dans un bombardement à Münster à l’âge de 19 ans, qui l’a marqué à vie. Les horreurs de la guerre vécues de très près vont pousser Helmut Kohl à s’engager plus tard corps et âme pour la paix en Europe. Ses premiers pas en politique, il les fait très tôt, à l’âge de 16 ans.

En 1946, il intègre la section locale de la CDU à Ludwigshafen. Cette ville lui sert de tremplin pour son ascension politique, tout en restant un refuge. C’est dans cette ville industrielle (siège de BASF, puissant fabricant chimique) qu’il revient régulièrement pour fuir les projecteurs et se ressourcer autour d’un bon plat régional, le fameux Saumagen (estomac de truie farcie).

Ascension politique

C’est donc très jeune que Helmut Kohl décide de faire de la politique son métier. Son ascension est fulgurante. A 29 ans, il débute sa carrière au Parlement régional de la Rhénanie-Palatinat, dont il est le plus jeune député. Dix ans plus tard, il devient ministre-président de ce Land. A ce moment-là, il est déjà un poids lourd au sein de son parti dont il prendra la tête en 1973 (un poste qu’il gardera 25 ans !).

Et il ne fait pas un secret de son ambition de détrôner les sociaux-démocrates au pouvoir. Ce sera chose faite en 1982. La coalition gauche-libérale dirigée par Helmut Schmidt est en crise, Helmut Kohl réussit un extraordinaire coup politique. Il retourne les libéraux contre les sociaux-démocrates et les convainc de former une coalition avec lui et les conservateurs de la CDU-CSU. Un vote de confiance scellera cette nouvelle alliance qui durera seize ans, quatre mandats.

Avec le recul, les premières années du gouvernement Kohl apparaissent comme une époque bénie. L’économie allemande est prospère, le mot « crise » est inconnu. L’optimisme règne : « Nous allons augmenter encore plus le PIB », chante le groupe « Geier Sturzflug » qui exprime avec ce tube de la « Neue Deutsche Welle » (Nouvelle vague allemande) l’ambiance de toute une époque, qualifiée plus tard d’« années fric ».

Pendant la première partie de son long règne, « König Kohl » réussit à maîtriser le budget fédéral et créer 2,5 millions d’emplois. Pourtant, ses débuts à la chancellerie ne sont pas faciles : l’opposition social-démocrate, les intellectuels et une partie de la presse ne cessent de se moquer de ses manières jugées trop « provinciales ».

Alors que d’innombrables blagues commencent à circuler, le caricaturiste Hans Traxler invente pour le magazine satirique Titanic « Die Birne », la poire, en dessinant le visage du chancelier sous la forme de ce fruit. Le succès est immédiat et ce surnom collera au chancelier jusqu’au bout.

L’artisan de la réunification allemande

La chute du mur de Berlin en novembre 1989 « sauve » Helmut Kohl. Son gouvernement est à bout de souffle lorsque les Allemands de l’Est commencent à battre le pavé pour réclamer plus de liberté. Cette révolution pacifique en RDA apportera un nouvel élan à la coalition droite-libérale moribonde.

Il faut dire que le chancelier conservateur avait toujours poursuivi l’Ostpolitik initiée par son prédécesseur social-démocrate Willy Brandt (et qu’il avait critiqué en tant que chef de l’opposition dans les années 1970), c'est-à-dire un rapprochement avec la RDA. Premier chef du gouvernement à recevoir Erich Honecker, Helmut Kohl n’a pas spécialement œuvré pour la réunification, mais lors que le gouvernement est-allemand annonce l’ouverture des frontières, le soir du 9 novembre 1989, le chancelier saisit cette chance historique.

Sans consulter ses partenaires européens et américains, il lance une feuille de route qui mène vers la réunification des deux Etats allemands. Soucieux de ménager son électorat conservateur, il hésite longtemps avant de reconnaître officiellement la frontière Oder/Neisse comme frontière définitive à l’est du pays.

La gestion de la réunification se fait en étroite concertation avec le président américain George Bush père (qui soutient le chancelier sans réserve) et son homologue russe Mikhaïl Gorbatchev. Lors d’une rencontre dans le Caucase, Helmut Kohl réussit son plus beau coup : le père de la Perestroïka accepte le retrait des troupes russes de la RDA et l’intégration d’une Allemagne unifiée dans l’Otan.

Lors de la campagne pour les premières élections dans un Bundestag commun, en 1990, le chancelier promet aux Allemands de l’Est des paysages en fleurs (« blühende Landschaften »). Ces propos lui seront reprochés plus tard, lorsque les résultats se font attendre, mais contribuent sans aucun doute à sa victoire électorale. Ces législatives le consacrent comme le « chancelier de la réunification ».

L’amitié avec François Mitterrand

Désormais, l’objectif principal de sa politique est d’ancrer la nouvelle Allemagne réunifiée dans l’Union européenne. Helmut Kohl peut compter sur le soutien de son « ami » François Mitterrand. Au fil du temps, les deux hommes ont su construire une relation de confiance. Aussi différents qu’ils pouvaient être sur les plans personnel et politique, les deux hommes partageaient une même vision : consolider l’amitié franco-allemande, surmonter les nationalismes en Europe et approfondir la construction européenne. Personne n’a oublié leur visite commune à Verdun en 1984, et la photo qui les a immortalisés main dans la main.

Cette amitié a permis d’apaiser les tensions qui ont accompagné le processus de réunification : à l’époque certains ont accusé le président français de vouloir freiner ce processus, par crainte d’une nouvelle Allemagne trop puissante… Côté français on affirme que non, soutenant que François Mitterrand voulait juste « encadrer » la réunification. Pour les historiens, le débat reste ouvert.

L’idéaliste européen

Par contre, ce qui est sûr c’est que les deux dirigeants se sont rapidement mis d’accord pour accélérer la construction européenne afin d’arrimer l’Allemagne en Europe. Par quel biais ? La monnaie. C’est la naissance de l’euro. Contre l’avis de la majorité des Allemands (y compris son propre électorat), Helmut Kohl « sacrifie » le deutschmark, symbole de la réussite économique allemande, mais impose Francfort comme siège de la future Banque centrale européenne. Avec François Mitterrand, soutenu par le président de la Commission européenne Jacques Delors, il jette les fondements de l’Union européenne.

Son engagement pour cette cause dépasse les frontières. Pour aider le président français dans sa campagne pour le « oui » au référendum sur le Traité de Maastricht en 1992, Helmut Kohl intervient en direct lors d’un débat à la télévision française. Du jamais vu. Quelques années plus tard, les Français découvrent, également en direct, le même chancelier en larmes. C’est lors de la messe funèbre pour François Mitterrand dans la cathédrale Notre-Dame. Helmut Kohl pleure la mort de son « ami François ».

Scandale des caisses noires

La fin de sa carrière a cependant été ternie par le scandale des caisses noires de son parti. Il finira par reconnaître avoir recueilli pour la CDU des dons occultes. Angela Merkel, qui avait appris la politique dans son ombre, profita de l’épisode pour l’évincer. Selon une biographie non-autorisée, il n’a guère pardonné à la chancelière, disant qu’avant de le rencontrer elle « ne savait même pas manger avec un couteau et une fourchette».

Plus récemment, en avril 2016, Kohl a dénoncé la politique d’accueil de Mme Merkel qui permit l’arrivée de 1,1 million de migrants en 2015. Il reçut aussi Viktor Orban, Premier ministre hongrois et farouche détracteur de la chancelière. Retiré de la vie publique depuis 2002, l’ancien chancelier est néanmoins resté assez discret notamment en raison de lourds problèmes de santé: en 2009, alors qu’il était déjà cloué dans un fauteuil roulant depuis une fracture de la hanche, un accident vasculaire cérébral lui avait paralysé le bas du visage et rendu l’élocution difficile.

Les soubresauts de sa vie privée, étalés dans divers livres et journaux allemands - brouilles avec ses enfants, polémique sur le rôle de sa nouvelle femme, la manière dont il a traité sa première épouse malade, Hannelore, qui s’est suicidée en 2001 – ont achevé d’assombrir ses dernières années.

L'oeuvre du photographe Andreas Mühe a pris une autre dimension à la mort de l'ancien chancelier.


RFI / Le Temps / MCN, via mediacongo.net
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