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RCA: des rebelles du colonel John Tshibangu soupçonnés de lien avec l’ex. Seleka

RCA: des rebelles du colonel John Tshibangu soupçonnés de lien avec l’ex. Seleka 2017-06-16
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En Centrafrique, les autorités recherchent activement les membres présumés d'un mouvement politico-militaire congolais, le FPCCD du colonel John Tshibangu. Ce proche de l'ex. rébellion du M23 est accusé de tentative de déstabiliser la RCA mais aussi la RDC en tissant des liens avec des groupes armés centrafricains issus de l'ex. Seleka.

Depuis vendredi, trois personnes ont été arrêtées. Des enquêtes manifestement déclenchées après la venue il y a trois semaines, du ministre congolais des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu suite aux inquiétudes de Kinshasa de la présence des combattants du FPCCD à Bangui. Ensuite, les Forces de Sécurité Intérieure de la RCA ont arrêté vendredi dernier les sieurs Freddy Libeba et Alexandre Mitshiabu, notamment chargé des opérations et directeur du renseignement du Front du Peuple Congolais pour le Changement et la Démocratie (FPCCD).

Freddy Libeba, le chargé des opérations du FPCCD, au cachot à Bangui, Centrafrique, 13 juin 2017. (FIDH)

C'est le ministre de l'Intérieur, Jean-Serge Bokassa, en personne, qui a dirigé vendredi l'arrestation à Bangui de Freddy Libeba et Alexandre Mitshiabu. « Je confirme que les deux hommes ont bien été arrêtés. Ils sont impliqués dans des activités de déstabilisation du régime en Centrafrique, mais aussi en RDC », a déclaré au téléphone à VOA Afrique le ministre centrafricain de la Sécurité et de l’Intérieur, Jean-Serge Bokassa, refusant d’en dire plus.

Lundi, un troisième homme fut arrêté. « Il s'est présenté comme leur comzone à Bambari, ce qui démontre une organisation présente dans des endroits sensibles », indique le ministre qui confirme que les enquêteurs soupçonnent des liens entre ce groupe et « des mouvements issus de l'ex. Seleka ». Selon lui, une enquête est en cours et d’autres arrestations pourront suivre.

« Il y a d’autres acolytes qui pourraient être arrêtés. Et ils sont nombreux ici. Pour l’instant, nous laissons l’affaire entre les mains de la justice et nous pourrons décider plus tard de les extrader en direction de la RDC », a ajouté le ministre Bokassa.

Freddy Libeba apparaît dans le rapport d'experts de l'ONU de décembre 2016. Il serait arrivé à Bangui en juillet de l'année dernière. Selon une source proche de l'enquête, il vivait en RCA sous une fausse identité et aurait été chargé par le leader du FPCCD, le colonel John Tshibangu, de recruter des hommes parmi la diaspora congolaise, et de conclure un accord avec un ancien leader de l'ex. Seleka Joseph Zoundeko en vue d'éventuelles opérations en RDC comme en Centrafrique. Depuis Zoundeko a été tué, mais les autorités soupçonnent le FPCCD de participer aussi aux opérations de la Coalition dans l'est de la RCA.

John Tshibangu dément les accusations

La Séléka est une alliance de mouvements rebelles issus du nord-est de la RCA à majorité musulmane.

Selon cette source, plusieurs ex. officiers congolais appartenant du FPCCD seraient présents sur le sol centrafricain. John Tshibangu balaye ces accusations : « L’effectif que nous avons, est un effectif plus nombreux que cela de la Seleka. Pourquoi je vais aller solliciter le groupe Seleka pour venir me soutenir ? Nous, on n’a pas de lien avec les rebelles centrafricains, même Zoundeko qui est mort, que son âme repose en paix ; même Noureddine, je ne les ai jamais rencontrés. Ce sont de fausses accusations. »

Pourtant, John Tshibangu disposerait d'un passeport centrafricain au nom de Samuel Nguerefara dont RFI a pu consulter une copie. Passeport émis à Bangui le 21 août 2013 et signé en personne par le ministre de la Sécurité et de l'Immigration de l'époque, un certain Noureddine Adam, la veille de son départ du gouvernement.

Pour John Tshibangu, ses deux collaborateurs étaient à Bangui en visite car ils ont de la famille sur place. « Deux de mes hommes ont été arrêtés il y a quatre jours à Bangui : le colonel Freddy Libeba, qui est mon adjoint chargé des opérations, et Alexandre Mithsiabu, le directeur des renseignements de notre mouvement. Ils ont les mains menottées depuis vendredi », a aussi confirmé pour sa part, le colonel déserteur de l’armée Congolaise à la tête du FPCCD.

Il accuse Joseph Kabila d'organiser la traque des opposants à l'intérieur comme à l'extérieur de la RDC et dit craindre pour leur vie s'ils venaient à être extradés. Aucune demande d'extradition n’a été formellement envoyée par Kinshasa pour l'instant, mais la volonté en a été exprimée, indique-t-on à Bangui.

« Nous nous sommes soulevés car Joseph Kabila n’avait pas gagné les élections en 2011, et tout le monde le sait. Mais nous observions depuis un temps les négociations menées par les évêques et nous nous rendons compte que M. Kabila ne respecte pas l’accord signé. Nous ne pouvons pas le laisser faire car l’article 64 de la Constitution nous autorise à lui barrer la route par tous les moyens. C’est pour cette raison que nous nous étions soulevé », a affirmé le leader du FPCCD.

La Fédération internationale pour les droits de l’homme (FIDH), qui a été saisie de l’arrestation, dénonce les conditions carcérales dans lesquelles sont gardées les deux personnes et plaide contre leur renvoi en RDC.

« L’extradition de ces deux personnes en ce moment, avec un contexte aussi décrié par rapport à la situation sécuritaire, par rapport à un gouvernement qui veut absolument en découdre par des moyens anti-démocratiques avec ses adversaires, expose leur intégrité physique. Il y a beaucoup de risques d’exécution extra-judiciaire », affirme Paul Nsapu, secrétaire général de la FIDH en charge de l’Afrique.

Selon lui, « seul un procès véritablement équitable pourra déterminer s’il y avait réellement lieu d’arrêter des personnes qui se réclament opposantes au régime de Kinshasa et qui ont choisi de s’aligner sur un mouvement politico-armée ».

Qui est John Tshibangu ?

Agé de 47 ans, le colonel John Tshibangu – qui revendique le grade de lieutenant général – fut le chef d’état-major en second de la 4ème Région militaire (Grand Kasaï), avant de faire défection des FARDC en août 2012 après avoir pris conscience, selon lui, « de l’implication des plus hautes autorités civiles et militaires dans un "projet de balkanisation" » du Congo.

Enrôlé dans les FAZ (Forces armées zaïroises) en 1988, « John » a suivi par la suite une formation à l’EFO (Ecole de formation des officiers) à Kananga avant d’être affecté dans le Service d’action et des renseignements militaires (SARM). Lorsque l’AFDL prend le pouvoir le 17 mai 1997 à Kinshasa, il se trouvait en poste à Uvira (Sud Kivu). En 1998, il refuse de rejoindre la nouvelle rébellion « congolaise » pro-rwandaise dénommée « Rassemblement congolais pour la démocratie [RCD] ».

Tshibangu aurait été emprisonné à Munzenze, à Goma, pour avoir tenté de détourner un avion rwandais. Il se serait évadé du pénitencier avant de rejoindre le RCD K-ML de Mbusa Nyamwisi. A l’époque, ce dernier avait déjà engagé des pourparlers avec le gouvernement de Kinshasa. La suite est connue. L’officier connaîtra plusieurs affectations à l’Est du pays. Baroudeur, disent ses proches, l’art de guerre n’aurait plus de secret pour lui. Il a affronté les combattants du CNDP à Mushaki avant la débâcle de la fin de l’année 2008. Il a participé à des combats à Kanyabayonga (Nord Kivu). Dernier poste d’attache: Commandant en second de la 4ème Région militaire à Kananga.

Après avoir fait défection, en août 2012 à la suite de la réélection contesté de Jopseph Kabila, ce colonel de l’armée congolaise aurait pris le maquis avec une partie de ses hommes et lancera des offensives militaires dans l'ancienne province du Kasaï-Oriental. Il se révélera aux Congolais avec la prise de la localité de Kabeya Kamwanga en septembre 2012.

Après avoir parlé du « Mouvement pour la revendication de la vérité des urnes » (son mouvement fut créé 8 mois après l’organisation des élections chahutées du 28 novembre 2011), le Col. « John » mis en place le FPCCD avec comme objectif à l'époque de « Chasser Joseph Kabila du pouvoir et installer le "Président élu" Etienne Tshisekedi wa Mulumba ». 

Par la suite, les autorités de Kinshasa se lanceront dans une véritable traque de ce nouveau mouvement rebelle en vue de l'éradiquer dans toutes les régions du Kasaï. Ce qu'ils parviendront à faire puisqu'on finira par entendre parler de lui, et de son groupe armée, du coté de l'Ubangi (dans l'ex-Province-Orientale) en compagnie du FRPI (Force de résistance patriotique de l'Ituri) du chef rebelle Cobra Matata et à l'Est en compagnie du M-23.


RFI / VOA / MCN, via mediacongo.net
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