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L’Afrique au défi de sa démographie

L’Afrique au défi de sa démographie 2017-06-14
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Comment aider le continent à tirer parti de l’impressionnante croissance de sa population attendue au cours des prochaines décennies ?

C’est l’un des enjeux du G20 consacré à l’Afrique, qui s’ouvre ce lundi 12 juin à Berlin.

Alors qu’à peu près partout dans le monde la population a tendance à vieillir, celle de l’Afrique affiche une jeunesse étonnante. Et cela n’est pas près de s’arrêter. Selon les dernières projections des Nations unies le continent comptera près de 2,4 milliards d’habitants en 2050 – contre 1 milliard aujourd’hui –, dont plus de la moitié aura moins de 25 ans.

« Actuellement, le taux de croissance démographique moyen de l’Afrique est de 2,7 %, contre 1 % au niveau mondial, et à peine 0,4 % en Amérique du Nord, tandis que l’Europe est quasi stationnaire. Cette croissance exceptionnelle, propre à l’Afrique subsaharienne, promet de se prolonger quelques décennies puisque le nombre d’Africains pourrait être de 4 milliards à l’horizon 2 100 », précise Henri Leridon, directeur de recherches émérite à l’Institut national d’études démographiques (Ined).

Cette situation spécifique s’explique par le fait que, contre toutes attentes, la mortalité en Afrique baisse fortement – l’espérance de vie a gagné plus de vingt ans depuis 1950, passant de 36 à 57 ans – alors que la fécondité, elle, ne ralentit que faiblement. « Un décalage qui tient à la persistance de comportements propres aux sociétés traditionnelles rurales et à la faible diffusion de la contraception», souligne le démographe.

L’évolution de la démographie, est-elle une chance ou un risque ?

Mais cette évolution démographique est-elle une chance ou un risque pour les perspectives de développement du continent ? Les plus optimistes estiment que l’Afrique va bénéficier de ce que l’on appelle un « dividende démographique », autrement dit une brusque accélération de sa croissance économique – événement qui se produit lorsque le nombre d’actifs est nettement supérieur à celui des enfants et des personnes âgées.

« Ce phénomène a contribué à l’émergence de pays d’Asie, notamment de la Chine », admet Henri Leridon. « Mais cette fenêtre d’opportunité ne produit d’effets positifs qu’à certaines conditions, notamment celles de disposer d’une main-d’œuvre bien formée et d’un marché du travail pour l’employer », précise-t-il.

«Disposer d’une population jeune dope indéniablement l’offre et la demande, ce qui est favorable à la croissance économique. Et l’on a effectivement constaté une augmentation moyenne du PIB africain de 5 % ces dernières années, ce qui est une performance remarquable, abonde Jean-Joseph Boillot, conseiller au Cepii, centre d’études prospectives et d’informations internationales. Mais pour que l’impact de la transition démographique soit durable et soutenable, il faut qu’elle se combine avec quatre autres transitions : économique, technologique, politique et écologique.»

Des résultats hétérogènes suivant les États.

Or, en ces domaines, l’Afrique affiche des résultats hétérogènes suivant les États. « En matière de gouvernance, par exemple, beaucoup de progrès ont été accomplis dans des pays comme le Sénégal ou le Burkina Faso, mais ceux de la bande sahélienne – Mali, Niger – restent très instables », souligne Jean-Joseph Boillot.

De même, l’Afrique apparaît à la fois comme le continent pionnier en matière de paiement mobile, mais aussi celui où la révolution numérique tarde le plus à s’épanouir, faute d’un nombre suffisant d’infrastructures et d’ingénieurs qualifiés. Sans parler du défi de l’industrialisation du pays qui sera, demain, plus que jamais une nécessité pour occuper les 20 millions de jeunes qui arriveront chaque année sur le marché du travail.

Comment aider le continent à relever ce défi démographique ? Ce sera l’un des sujets abordé lors du G20 Afrique qui s’ouvre lundi 12 juin à Berlin. «Pour offrir à cette jeunesse africaine un avenir, il faut prendre, dès maintenant, des mesures significatives en faveur de l’éducation, de l’emploi et de la participation à la vie publique», plaide Friederike Röder, directrice de ONE France, une ONG de lutte contre la pauvreté qui publie à cette occasion un rapport intitulé « Le siècle de l’Afrique ».

Maîtriser sa démographie

« Pour cela, il faut que les États africains s’engagent à mettre en œuvre la feuille de route fixée par l’Union africaine en 2016. Mais aussi que les pays occidentaux doublent d’ici à 2020 les financements, publics ou privés, destinés à soutenir ces programmes de réformes en Afrique », poursuit-elle.

Un « geste » qui n’est pas que désintéressé. Car si l’Afrique ne parvient pas à maîtriser sa démographie, cela ne pourra qu’alimenter les flux migratoires forcés vers l’Europe. Alors qu’à l’inverse, la prospérité de l’Afrique et des Africains pourrait être, selon Friederike Röder, « la clé de la prospérité de tous ».


La Croix
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