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Cannes 2017 : “Makala” ou le salaire du charbon

Cannes 2017 : “Makala” ou le salaire du charbon 2017-05-24
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Décidé à connaître un avenir meilleur, Kabwita entreprend, depuis son village reculé, un périlleux voyage jusqu’en ville. Le documentariste Emmanuel Gras le suit dans son périple, avec l’attention des grands maîtres italiens. Et une pudeur magnifique.

C’est le moment le plus extraordinaire de Makala : la longue marche vers la ville d’un jeune homme qui vit dans une province reculée de la République démocratique du Congo. Son petit vélo est surchargé de charbon de bois qu’il a fabriqué lui-même et qui lui permettra, s’il le vend bien, de nourrir sa famille durant plusieurs mois. La route est dure, elle monte et descend sans cesse. Des voitures, la nuit, évitent à peine le vélo. Parfois, Kabwita tombe : il lui faut, alors, se relever, essayer de ne pas trop gaspiller son précieux chargement et repartir au plus vite, avant que d’autres profitent de sa faiblesse pour l’attaquer. Aux abords de la capitale, d’ailleurs, des flics le rançonnent. Il s’agit de les satisfaire pour éviter le pire : la saisie de sa marchandise.

Un documentaire à suspense

Le talent d’Emmanuel Gras est de rendre presque onirique, presque mystique, la quête de son héros. Au point que son documentaire bascule, soudain, vers une véritable fiction. Presque un suspense : Kabwita parviendra-t-il sain et sauf à la capitale ? Aura-t-il l’habileté de récolter l’argent qu’il lui faut ? L’attention avec laquelle le cinéaste contemple son personnage rappelle les grands Italiens de l’immédiat après-guerre : Roberto Rossellini et sa rigueur, Vittorio de Sica et son émotion douloureuse.

Emmanuel Gras est un drôle de type, en fait, un peu cinglé, auteur d’un documentaire intitulé Bovines (2012), dont les héroïnes sont des vaches. On les voyait meugler, mâcher, jouer avec un sac plastique, souffrir, aussi, lorsque leurs veaux étaient conduits à l’abattoir. On les voyait regarder l’objectif du cinéaste avec un étonnement profond. Et on se souvient que l’une d’elles, la plus belle, avait des cils aussi longs que ceux de Greta Garbo… Dans Bovines, tout reposait sur le regard du cinéaste qui, d’emblée, excluait toute facilité, toute roublardise. C’est cette honnêteté, cette droiture que l’on retrouve dans Makala.

Le périple de Kabwita est entouré, comme dans une icône triptyque, de deux segments : le choix de l’arbre qu’il va découper et son bref séjour dans la capitale où, avant de se rendre dans une église qui semble le consoler de sa misère, il rend visite à sa fille qui vit, désormais, loin de lui… On sent, à chaque instant, le réalisateur se poser des questions morales qui l’honorent : comment filmer Kabwita sans l’humilier ? Comment résister à lui porter secours lorsqu’il se trouve en difficulté ? Comment éviter l’indécence, en somme ? Emmanuel Gras y parvient, à force d’honnêteté et de pudeur. Makala (« charbon » en langue locale) est un film remarquable.

Pierre Murat
Télérama
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Cannes 2017: « Makala » remporte le Grand prix de la Semaine de la Critique

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