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Gilbert Balufu : "sensibiliser sur l'ampleur des crimes en RD Congo"

Gilbert Balufu : "sensibiliser sur l'ampleur des crimes en RD Congo" 2017-04-11
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Gilbert Balufu

Congo ! Le silence des crimes oubliés fait partie de ces œuvres qui rappellent à ceux qui l'auraient oublié que la RD Congo n'est pas seulement un pays de politique. Au dernier Fespaco, cet opus a été gratifié du deuxième prix du meilleur documentaire. Écrit par un enfant du pays, Gilbert Balufu, il a été produit par DipandaYo ! Films production, le département production de la Compagnie de l'audiovisuel et de la communication que le cinéaste a fondée en 1992 avec son frère Balufu Bakupa-Kanyinda. Avant Ouagadougou, le documentaire avait déjà été dans la sélection officielle du Zimbabwe International Film Festival, en octobre 2015, et aux 10es Escales documentaires de Libreville, au Gabon, la même année. Gilbert Balufu qui en est également le réalisateur s'est confié au Point Afrique.

Le Point Afrique : Lors de l'édition 2017 du Fespaco, vous avez remporté le 2e prix du meilleur documentaire pour votre film Congo ! Le silence des crimes oubliés. Quelles sont vos premières impressions ?

Gilbert Balufu : Le Fespaco est un grand miroir pour les cinéastes africains que nous sommes et ses prix sont une reconnaissance professionnelle. Ma première impression est un sentiment de joie et de satisfaction professionnelle, mêlé toutefois de tristesse, de douleur et de révolte face à l'inertie des uns et des autres à mettre un terme aux crimes et autres violations des droits de l'homme dans l'est de la RDC. Grâce au Fespaco, mon film est invité à travers le monde.

Pouvez-vous présenter brièvement le sujet de ce film ?

Congo  ! Le silence des crimes oubliés, qui dure 78 minutes, traite de l'origine des conflits et des guerres d'agression ainsi que de la situation humanitaire qui prévaut dans l'est de la République démocratique du Congo. J'ai écrit, produit et réalisé ce documentaire pour dénoncer et sensibiliser la communauté universelle sur l'ampleur des crimes, des viols, des massacres des populations civiles et autres violations de droits de l'homme commis par l'armée rwandaise pendant plus de deux décennies dans cette région. Ce film représente trois ans de travail de recherches et de documentation.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

J'ai vu ou entendu parler de films réalisés par certains de nos camarades cinéastes non africains sur les conflits dans l'est de la RDC. Toutefois, malgré leurs qualités, ils n'abordent pas la question de fond, c'est-à-dire l'origine de ces différentes guerres. J'ai donc pris la décision de faire un film sur ce sujet pour donner un point de vue et une vision congolais sur cette tragédie.

Quand et où l'avez-vous tourné ?

Le film a été tourné dans presque toute la partie orientale de la RDC, à Goma et ses environs, à Bukavu et ses environs, à Kisangani. Nous avons aussi tourné à Kinshasa, à Bruxelles, à Paris et aux États-Unis. Le tournage a été réalisé entre 2013 et 2014. La postproduction comprise, j'ai bouclé mon film en octobre 2015.

La partie orientale de la RDC que vous évoquez abrite de nombreux groupes armés ? Qui les arme ?

Effectivement. La seule question à se poser est de savoir comment ces milices sont aussi lourdement armées. Qui leur fournit ces armes et quelles sont leurs bases arrière ? Ce sont le Rwanda et l'Ouganda pour piller les ressources naturelles du Congo et parvenir à la balkanisation. Le Rwanda est devenu exportateur de coltan, alors qu'il n'a pas un gramme de coltan dans son sous-sol !

Selon vous, que faut-il faire pour mettre un terme à cette situation ?

Il faut de vraies sanctions contre le Rwanda, l'Ouganda et ses alliés. Quand on dit sanctions, cela veut dire également instaurer un embargo sur le commerce de tous les minerais qui proviennent de l'est de la RDC et poursuivre tous ceux qui ont commis de graves violations des droits humains devant les juridictions internationales afin qu'ils puissent répondre de leurs actes. En matière de crimes et de droits de l'homme, Mr Stephen Rapp, l'ambassadeur de l'ex-président américain Barack Obama, avait dit : « Comme Charles Taylor, monsieur Paul Kagame mériterait le même traitement judiciaire pour son soutien au M23. »

Avez-vous rencontré des difficultés lors du tournage ?

Oui, j'ai eu énormément de difficultés. Pour exemple, alors que nous étions dans une zone minière à Rubaya à 80 kilomètres de Goma, nous avons été encerclés, mon équipe et moi, par des Rwandais qui ne voulaient pas qu'on prenne une seule image de cet endroit. Néanmoins, nous avons fini par faire le film.

À combien votre budget s'est-il élevé ?

Mon budget était de plus de 800 000 dollars, mais je n'ai pu réunir que 500 000 dollars. C'est donc principalement avec mes moyens personnels que j'ai réalisé ce film. J'ai bénéficié également d'un apport important en termes d'archives des Nations unies et de la Monusco. Mais tous les sponsors et les partenaires que j'avais contactés, même ceux qui, au départ, avaient pris un engagement après avoir jugé le thème très intéressant, se sont rétractés à la dernière minute, en raison du sujet abordé. Cela étant, le film est fait et le reste n'est que du passé.

Pensez-vous que votre film sera diffusé en RD Congo ?

Cela va de soi ! Je ne peux pas penser un seul instant que ce documentaire ne sera pas diffusé en RDC. Notre pays a été en guerre pendant plus de vingt ans et cette guerre lui a été imposée par les pays voisins, dont le Rwanda, l'Ouganda et, dans la moindre mesure, le Burundi. Les responsabilités rwandaises au Congo sont aujourd'hui connues, sauf à faire preuve de mauvaise foi ou de complicité. Les Congolais ont souffert pendant plus de vingt ans. Je ne vois donc pas pourquoi et comment les autorités congolaises s'opposeraient à la diffusion de ce film qui dénonce le Rwanda et ses alliés, tout en abordant la tragédie du génocide rwandais.

Quels sont vos projets ?

Quand on fait un film, il faut l'accompagner, comme on accompagne un enfant qui vient de naître. Je dois donc d'abord accompagner ce film que je viens de lancer sur le marché international. Mais mon projet le plus avancé est un documentaire sur les migrants et tous les risques courus pendant la traversée vers l'Europe. Suivra un documentaire sur les indépendances africaines.

La RD Congo traverse une période très difficile au plan politique. Que pensez-vous de la situation ? Comment voyez-vous l'avenir ?

Le Congo n'a jamais été en paix depuis son accession à la souveraineté nationale. Le problème est endogène et exogène. On n'a jamais mis le peuple congolais au centre, et toutes les décisions ont été ou sont prises contre lui. L'ingérence et l'infiltration d'étrangers dans l'appareil d'État congolais affaiblissent les institutions congolaises. Aujourd'hui, près de 80 % de la classe politique congolaise, et je suis modeste en avançant ce pourcentage, fait preuve de médiocrité. Ceux qui se réclament du peuple et prétendent être élus par ce même peuple en sont devenus les bourreaux. C'est triste et dommage. L'avenir du Congo sera meilleur quand on mettra la population au centre des préoccupations. Tous les problèmes se régleront alors d'eux-mêmes.


Le Point Afrique
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