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Comment devenir un athlète de la mémoire

Comment devenir un athlète de la mémoire 2017-03-09
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Doubler sa capacité de mémorisation, c’est possible et accessible à tous, grâce à un entraînement fondé sur la méthode antique dite du « palais de la mémoire », indique une nouvelle étude

Comment muscler notre mémoire ? La question n’est pas neuve : il y a plus de 2000 ans, elle occupait déjà la civilisation gréco-romaine. Quatre siècles avant notre ère, une réponse efficace fut trouvée par un poète grec. A Rome, Cicéron la popularisa ensuite : pour exercer cette faculté de notre cerveau, recommande-t-il, il faut « choisir en pensée des lieux distincts, se former des images des choses que l’on veut retenir, puis ranger ces images dans les divers lieux. Alors l’ordre des lieux conserve l’ordre des choses ; les images rappellent les choses elles-mêmes ».

Il s’agit, en somme, de bâtir votre « palais de la mémoire ». Imaginez une maison qui vous est très familière : ce sera votre « palais mental ». Déposez-y tous les éléments dont vous voulez vous souvenir, selon un parcours correspondant à l’ordre de mémorisation voulu. Ensuite, promenez-vous mentalement dans ce « palais » : vous y visualiserez ces souvenirs, là où vous les avez laissés.

Le plus étonnant est que cette méthode antique reste une des techniques les plus efficaces, aujourd’hui encore, pour développer notre mémoire. Une étude publiée le 8 mars dans la revue Neuron dévoile ses bénéfices d’un entraînement par ce « palais de la mémoire » (ou « méthode des lieux »). Ce travail, fruit d’une collaboration entre l’Université Radboud (Pays-Bas), l’Université Stanford (Etats-Unis) et l’Institut Max-Planck de Psychiatrie (Allemagne), montre que doper sa capacité de mémorisation est accessible à tous.

Une centaine de mots en cinq minutes

Les auteurs ont d’abord recruté 23 « champions mondiaux de la mémoire ». Ceux-ci mémorisent une centaine de mots en cinq minutes, à force d’entraînement (aucun n’est né avec cette capacité). L’étude a comparé leur cerveau à celui de 23 individus de mémoire standard, similaires par l’âge, l’état de santé et le quotient intellectuel. L’IRM n’a révélé que de subtiles différences de connectivité cérébrale.

Ensuite, les auteurs ont suivi 51 individus aux capacités mnésiques standard, dont la mémoire n’avait jamais été entraînée. Ils ont été répartis en trois groupes : le premier a suivi la méthode d’entraînement du « palais de la mémoire » ; le second a suivi une technique d’entraînement à court terme, fondée sur le repérage de lettres qui défilent ; le troisième ne suivait aucun entraînement.

Avant tout entraînement, ces individus se souvenaient en moyenne de 26 à 30 mots, lors d’un test standardisé. Après trente minutes d’entraînement quotidien à domicile, durant quarante jours, le premier groupe parvenait à se souvenir de 35 mots supplémentaires ; le second groupe, de 11 mots supplémentaires ; le groupe non entraîné, de 7 mots de plus. Mieux : quatre mois après la fin de l’entraînement, seuls ceux qui avaient suivi la méthode du « palais de la mémoire » avaient conservé une mémoire renforcée. Ils se souvenaient encore de 22 mots supplémentaires.

La mémoire est un voyage : les structures qui nous permettent de mémoriser sont les mêmes que celles qui nous permettent de naviguer dans l’espace.

Une fois cette technique maîtrisée, « vous conservez des performances mnésiques élevées, même sans poursuivre votre entraînement », relève Martin Dresder, premier auteur. « Cette étude montre que « ''M. Tout-le-monde'' peut aussi devenir un as de la mémoire, moyennant pas mal d’entraînement », renchérit le professeur Jean-François Démonet, neurologue au CHUV de Lausanne.

Après l’entraînement par ce « palais de la mémoire », les réseaux de neurones activés lors de la mémorisation se mettent à ressembler aux réseaux de neurones activés chez des champions de la mémoire aguerris. C’est ce que montre l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), qui mesure les flux sanguins dans le cerveau et permet d’évaluer  indirectement  l’activité cérébrale.

Fonctionnement intime du cerveau

« Les auteurs se sont posé une question originale : que se passe-t-il lorsqu’on améliore sa mémoire ? », note Michaël Zugaro, du CNRS-Collège de France à Paris. Leurs résultats, dit-il, sont compatibles avec ce que l’on sait des circuits cérébraux en jeu, révélés chez l’animal. Mais dans cette étude, le rôle de l’hippocampe n’apparaît pas. C’est sans doute parce que cette structure, située sous le cortex, est activée en permanence. « L’hippocampe joue un rôle central dans la mise en mémoire. Il se projette dans le cortex préfrontal, qui intervient ensuite dans le stockage à long terme des souvenirs, explique Michaël Zugaro. De plus, l’hippocampe est crucial dans le codage de l’espace ».

Or le « palais de la mémoire » fait appel à une mémorisation des lieux : ceux où l’on « dépose » mentalement les infos à retenir. Au fond, souligne le professeur Démonet, « cette méthode naïvement promue par Cicéron s’appuie sur le fonctionnement intime de notre cerveau. La mémoire est un voyage : les structures qui nous permettent de mémoriser sont les mêmes que celles qui nous permettent de naviguer dans l’espace ».

Mais la motivation est aussi déterminante : notre état d’attention, d’intérêt et d’émotions est essentiel pour créer une trace mnésique durable dans notre cerveau… Il existe enfin quantité de serious games pour entretenir notre mémoire ou prévenir son déclin, en particulier chez les personnes vieillissantes. Alors, Cicéron ou Microsoft ? « Il faut choisir la méthode qui vous convient le mieux », répond Jean-François Démonet.


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