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Déchirés, libérés, voilés, ces vêtements qui ont fait scandale

Déchirés, libérés, voilés, ces vêtements qui ont fait scandale 2017-01-10
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Un jean déchiré, une capuche sur la tête, une jambe libérée ou un voile porté intriguent et révulsent parfois au-delà du raisonnable. Avec une exposition extraordinaire, le musée des Arts décoratifs à Paris nous éclaire sur l’origine de nos sentiments troublés par des habits hors normes ou à contre-courant des règles établies. « Tenue correcte exigée ! Quand le vêtement fait scandale » raconte l’histoire fascinante d’une transgression vestimentaire perpétuelle, de la Bible jusqu’à nos jours.

Quand étiez-vous la dernière fois choqué par un vêtement porté dans la rue ? Dans l’histoire de la mode, le scandale est un perpétuel recommencement. Longtemps avant les stilettos plantés sous les pieds des femmes par Karl Lagerfeld, des talons de 49 cm de haut des chopines vénitiennes faisaient fureur au XVIe siècle. Et cibler des porteurs de capuches n’est pas une invention de policiers racistes aux États-Unis du XXIe siècle. Dans la France du XVIIIe siècle, les femmes avec une cape à capuchon furent également considérées comme malhonnêtes et de petite vertu ou voulant cacher des objets dérobés voire leur grossesse. D’ailleurs, déjà Charles VI avait déjà décrété une interdiction de porter des capuches à Paris.

L’interdiction des capuches : de Charles VI à nos jours

« Les documents les plus anciens que j’ai trouvés datent de 1399. Un texte écrit par l’administration du roi de France, explique Denis Bruna, le commissaire de l’exposition. On y apprend qu’il y a des hommes qui portent des capuches sur la tête, qui se dissimulent dans les rues de Paris lorsqu’il fait nuit et agressent les passants. Donc, Charles VI décrète qu’à partir de ce jour il est interdit de porter des capuchons, des chaperons, des coiffes qui dissimulent le visage. On peut retrouver cette même gêne avec les sweat-shirts à capuche des adolescents d’aujourd’hui. Par exemple, ces vêtements à capuche sont interdits dans certains collèges et lycées en France, dans certains États des États-Unis, parce que la dissimulation du visage gène si bien qu’on ait associé les capuches aux délinquants, aux mauvais garçons… »

La saga des habits déchirés

Le malaise de certains face à des vêtements troués vient peut-être du fin fond de notre conscience collective bâtie par une histoire de la Bible où Jacob, ravagé par la mort de son frère, déchire ses habits : « Plusieurs textes de l’Ancien Testament nous disent qu’il est interdit de déchirer ses vêtements. Très souvent, déchirer ses habits, c’est le propre des fous. Dans la peinture ancienne, au Moyen-Âge, l’allégorie de la tristesse déchire ses vêtements. Dans notre culture occidentale, culture judéo-chrétienne, la déchirure a été vue comme un acte négatif, un signe visuel insupportable. Mais la déchirure vestimentaire est un code. Et un code finit tôt ou tard à s’inverser, comme avec des jeans déchirés, devenus un signe visuel de ce qui est à la mode. » 

Quand un député des Etats-Unis met une capuche en pleine séance de l’assemblée pour protester contre la mort par balle du jeune Afro-Américain Trayvon Martin, le 28 mars 2012. Image de France 2 montrée dans l’exposition « Tenue correcte exigée ! ».Siegfried Forster / RFI

Les couleurs « honnêtes » et « déshonnêtes »

Au XIVe siècle, certains voient dans la longue pointe des chaussures à la poulaine la queue du diable ou une déformation du corps de l’homme, bref une atteinte blasphématoire à la création de Dieu. Au XVe siècle, Charles VIII interdit le port du velours et des draps de soie, car, selon le roi, enfreindre ces lois est « desplaisans a Dieu ». Au XVIe siècle, les réformateurs protestants introduisent la distinction entre couleurs « honnêtes » (blanc, noir, gris, brun, bleu) et des couleurs « déshonnêtes » (rouge, vert, jaune) proscrites pour les bons chrétiens.

L’histoire des rayures

Même les rayures des maillots de bain au début du XXe siècle s’expliquent par des règles bibliques. Porter une couleur sur la peau était longtemps considéré comme un péché. D’où le règne du blanc pendant des siècles dans l’univers des sous-vêtements. Mais se baigner dans l’eau avec du blanc sur la peau faisait trop apparaître les seins et les sexes, alors on a décidé de rajouter un peu de couleur sous forme de rayures pour dompter le diable… Une évolution surprenante, car au Moyen-Âge, les rayures étaient encore dénigrées comme l’archétype du bariolé, réservées aux traîtres…

La règle et la transgression

Pendant trois ans, les équipes du musée des Arts décoratifs ont fait des recherches pour faire surgir à travers de 300 vêtements et accessoires une histoire aussi complexe que passionnante : les différentes significations des règles établies et scandales provoquées par les vêtements : « Sur les cimaises de l’exposition, le gris domine dans la première partie du parcours, parce qu’on évoque la règle, remarque la scénographe Constance Guisset. La deuxième partie est une partie sur la transgression liée au genre, quand les femmes s’habillent en homme, les hommes en femme ou les deux sexes pareils. Pour cela, nous avons choisi des dégradés de violet, un mélange entre le bleu et la rose… La dernière partie est marquée par une explosion de couleurs pour signifier le thème du ‘trop’, quand tout est considéré comme trop moulant, trop large, trop serré… »
 

Du négligé porté au XVIIe siècle comme refus du formalisme en passant par le t-shirt Anarchy in the UK porté et déchiré par Johnny Rotten du groupe Sex Pistols en 1976, jusqu'à la collection « négligée » qui fait perdre sa place à Marc Jacobs en 1993...Siegfried Forster / RFI

Le signe visible du péché

Dans cette exposition très documentée et remplie d’objets de toutes les époques depuis le XIVe siècle, tout est clairement indiqué : des cartels affichant la « règle » trônent à côté de cartels indiquant la source du « scandale » et des ruptures pour facilement suivre l’évolution de la mode et des mœurs. Et tout commence naturellement avec Adam et Ève, explique Denis Bruna : « Pendant des siècles, les hommes de lettres, les pères de l’Église, les théologiens, les moralistes ont voulu rappeler pourquoi nous nous habillons dans notre culture occidentale : parce que Adam et Ève avaient mangé le fruit défendu, ils ont été chassés du paradis par Dieu. Et Dieu leur avait remis un vêtement de peau. Pour ces hommes de lettres, le vêtement doit être le plus discret, le plus sobre possible, parce que le vêtement est le signe visible du péché et celui qui le porte doit être le plus inaperçu. »

Élégant sans être trop extravagant, le commissaire Denis Bruna lui-même confie dans son costume prune sombre sorti pour le vernissage, de suivre en quelque sorte la règle jusqu’à aujourd’hui : « Étant un homme, je choisis plutôt des couleurs sombres, car il est toujours difficile pour un homme de porter des couleurs claires ou vives. J’évite de marquer des écarts, sauf parfois une touche d’originalité dans un détail, tout en restant en tenue assez stricte. »

Le permis de travestissement de George Sand

À l’opposé, l’écrivaine George Sand transgressait avec une joie assumée l’ordre établi et l’interdiction de la Bible concernant le port d’un habit d’homme par une femme, une condamnation morale qui a été encore fatale pour Jeanne d’Arc. La percée littéraire et intellectuelle de George Sand était encore amplifiée par sa tenue résolument émancipée. Elle adorait se promener librement en pantalon dans la capitale. À l’époque un acte aussi scandaleux que révolutionnaire, mais peu de gens savent qu’elle avait demandé exprès un permis de travestissement pour cette liberté vestimentaire.

« Au XIXe siècle, les femmes devaient demander un permis de travestissement pour pouvoir porter des habits d’homme, en l’occurrence un pantalon, observe la réalisatrice Julia Bracher qui raconte cet épisode dans son film "Toute l’histoire". Cela devait être justifié par des raisons médicales ou sportives si elles faisaient du vélo. En revanche, je ne sais pas comment George Sand a fait pour le justifier, parce qu’elle ne faisait pas de vélo et ce n’était pas pour des raisons médicales. »

Le pantalon « de harem »

En 1910, le pantalon dit « de harem » pour les femmes représente une des plus importantes ruptures dans l’histoire des modes. Pour la première fois, il laisse voir la séparation des jambes des femmes. Les ondes de choc se prolongent avec le scandale du bikini de Louis Réard en 1946, suivi de plusieurs arrêtés municipaux en France interdisant le bikini sur les plages et dans les piscines publiques. Sans oublier le maillot de bain très osé de Rudi Gernreich libérant la poitrine. Présenté en 1964 aux États-Unis, il fut à la fois un succès commercial et censuré par les médias, les milieux conservateurs, le Vatican et l’URSS.

« Correct » (à dr.) et « Incorrect » (à g.), dans les années 1920, les jeunes étudiants d’Oxford font scandale avec des pantalons aux jambes extrêmement larges, les « Oxfords Bags ».Siegfried Forster / RFI

La tenue correcte à l’Assemblée nationale

Jusqu’à aujourd’hui, la notion de la tenue correcte reste à l’ordre du jour. En 1985, le col dit « Mao » porté par Jack Lang en tant que ministre de la Culture avait provoqué un tollé et l’obligation pour les hommes de porter un veston et une cravate à l’Assemblée nationale. Plus récemment, Cécile Duflot peut aussi en témoigner. En 2012, elle a été sifflée par les députés pour avoir « osé » porter en tant que ministre une robe à fleurs à l’Assemblée nationale. Entretemps, entre smoking pour femme (la loi de 1800 stipulant l’interdiction pour les femmes de porter des habits d’homme fut abrogée qu’avec le décret de 2013) et jupe pour homme, une autre révolution poursuit son chemin : depuis son invention, la longueur de la mini-jupe portée par les femmes et commentée par les hommes, s’avère être un bon baromètre pour les droits des femmes et la liberté dans une société.

Le burkini, partout et nulle part

Hélas, un autre vêtement n’apparaît ni dans le film ni dans l’exposition, et pourtant, il n’arrête pas de susciter les débats : le burkini. En été dernier, 31 communes françaises ont pris des arrêtés « anti-burkini » interdisant le port d’une tenue religieuse sur la plage.

« Nous n’avons pas eu assez de recul pour en parler, avoue la réalisatrice Julia Bracher. Le burkini n’est pas un vêtement comme les autres. Le burkini veut dire quelque chose. De mon point de vue, il est idéologique, il prône quelque chose. Après, la polémique a-t-elle raison d’exister ? Je pense que cela fait du bien aux gens d’en parler. Oui, même aujourd’hui, le vêtement dérange, il est transgressif et il est aussi idéologique. Le burkini, c’est ça. On verra en été prochain si la polémique a fait avancer et grandir le débat et si les femmes qui portent le burkini auront un peu plus la parole. »

Probablement, l’exposition consacrée aux scandales voulait tout simplement éviter de se retrouver au milieu d’un scandale, même si le commissaire Denis Bruna se défend que la polémique autour du burkini était tout simplement arrivée trop tard pour l’exposition qu’il avait commencée à monter en septembre. « En plus, on ne traite que le vêtement occidental, on ne parle pas de vêtement de scène, de vêtement militaire ou de vêtement religieux. Peut-être un jour, j’écrirai un article sur le burkini, parce que c’est quelque chose qui m’intéresse. »

En 1946, le bikini de Louis Réard fait scandale. A partir de 1948, en France, plusieurs arrêtés municipaux interdisent le bikini sur les plages et dans les piscines. Au fond apparaît le maillot de bain de Rudi Gernreich, le scandale de 1964.
Siegfried Forster
RFI / MCN
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