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Iran: l'ancien président Rafsandjani est mort

Iran: l'ancien président Rafsandjani est mort 2017-01-08
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Ali Akbar Hachémi Rafsandjani

Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, ex-président de l'Assemblée consultative islamique, ancien président de la République islamique est mort ce dimanche 8 janvier à l'âge de 82 ans.

« Nous voulons instaurer une République démocratique, c’est le but ultime de notre mouvement ! », annonçait en 1979 Hachémi Rafsandjani aux journalistes étrangers, français en particulier, lors du déclenchement de la révolution en Iran. Tous, amis et ennemis, reconnaissaient son habileté politique et sa ruse acquise, sans doute, lors de ses fréquentations assidues des commerçants du bazar, ce qui pourrait expliquer sa longévité politique malgré tout ce qu’ont pu faire ses détracteurs depuis l’avènement de la République islamique.

Comment pouvait-on être à la fois un homme d’affaires à succès et un agitateur politique de premier plan ? On sait qu’il est né le 23 août 1934 dans la bourgade de Bahreman près de la ville de Rafsandjan dans la province de Kerman au sein d’une famille d’agriculteurs dédiée, comme tant d’autres familles de la région, à la culture des pistaches. Il n’a que 5 ans lorsqu’il commence à s’instruire dans un Maktabkhaneh (école traditionnelle) du district de Nouq près de Rafsandjan. A 14 ans, il entre dans la hawza (ensemble de séminaires donnés par plusieurs enseignants ayant le titre d’ayatollah) de la ville sainte de Qom où il suit pendant une douzaine d’années les enseignements des ayatollahs connus de l’époque, plus particulièrement ceux d’une durée de six ans de l’ayatollah Khomeiny dont il devient un fidèle. C’est sûrement sous l’influence de Khomeinyi qu’il s’oriente vers l’activisme politique plutôt que vers l’étude des commentaires du Coran. Il sera arrêté à sept reprises sous le Shah et devra purger au total 4 ans et 5 mois de prison.

Pour ses liens avérés avec le « parti de coalition islamique », instigateur de l’assassinat du Premier ministre du Shah, Hassan-Ali Mansour, en janvier 1965, il n’a pas été sévèrement puni, estiment aujourd’hui certains historiens. Le régime impérial, étant plus dur avec les militants de gauche qu’avec les activistes religieux, s’était effectivement trompé de cible. Or, la prison a permis à Rafsandjani de faire la connaissance d’une palette hétéroclite d’opposants au Shah. Six ou sept ans avant la révolution, il a adhéré à l’Organisation des Moudjahidine du Peuple dont les combattants se livraient de temps à autre à une guérilla urbaine contre les forces de police. Mais son adhésion à cette organisation de tendance islamo-marxiste n’a pas duré longtemps.

Homme d’affaires à succès

Très tôt, il saura faire un bon usage de la notoriété qu’il conquiert à cette époque parmi les commerçants du bazar grâce à ses activités politiques. Il devient un homme d’affaires prospère. Entre 1960 et 1976, il tire de substantiels revenus de nombreuses opérations immobilières à Qom et à Téhéran. Il devient en même temps un important grossiste en pistaches restant ainsi fidèle à la tradition familiale. Dans les années 1970 et la décennie qui suit la révolution de 1979, ce commerce lui permet de faire fortune.

A la fin des années 1980, il s’est déjà transformé en un multimillionnaire possédant la plus grande entreprise d’exportation de pistaches, que dirigent son frère et son fils aîné. Conscient du rôle qu’a toujours joué la fortune en politique, il n’a pas hésité à transmettre le goût du commerce à ses deux autres fils. Il sait qu’au Moyen-Orient être fortuné est un tremplin vers la réussite en politique. Ce n’est pas un hasard si les commerçants du bazar à l’époque du Shah lui avaient donné le surnom de « Akbar Shah ».

 

L’ancien président de l'Iran Akbar Hashemi Rafsanjani dépose son bulletin de vote dans l’urne pour l’élection présidentielle de 2009, à Téhéran.AFP/FARS NEWS AGENCY/JAVAD MOGHIMI


Politicien astucieux

La première Assemblée consultative islamique (Madjles) qui voit le jour en 1980 aura pour président Rafsandjani qui est déjà membre actif et incontournable du Conseil de la révolution islamique, créé le 12 janvier 1979, un mois jour pour jour avant la victoire de la révolution. L’un des pères fondateurs de l’Association du clergé militant, constituée à l’instigation de khomeiny un an avant l’avènement de la République islamique, Rafsandjani est aussi l’un des concepteurs du tout-puissant Parti de la République islamique fondé au lendemain de la révolution. Ce parti sera dissous à l’initiative de khomeiny en 1987 en raison des querelles internes, sur proposition de Rafsandjani. Doté d’un sens politique aigu, il jouissait de la confiance de khomeiny, deux atouts qui lui permettaient d’avoir, plus que les autres protagonistes, une emprise sur le cours des évènements.

Le 25 mai 1979, à peine la République islamique instaurée, il a été la cible d’un attentat perpétré par un groupe extrémiste musulman « Forqân » dont il est sorti blessé.

Considéré comme « l’œil et l’oreille » de Khomeiny, Rafsandjani fut l’homme qui a, plus que quiconque, façonné les institutions de la République islamique. Il a été à l’origine de la création du Corps des Gardiens de la révolution islamique en 1979. Favorable à la prise d’otages américains en 1980, il la considérera lors du dixième anniversaire de la révolution comme une erreur. En qualité de président de l’Assemblée consultative islamique, il dirigera en 1982 le débat parlementaire sur l’incompétence politique et la déchéance du premier président de la République islamique, Abolhassan Bani Sadr.

Le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime (Madjma‘-e tashkhis-e maslahat-e nezâm), une institution semblable à un Conseil d’Etat, qui arbitre les litiges entre le Parlement, l’Assemblée des experts (Majles-e Khobregan) et le Conseil des gardiens de la Constitution (Shorây-e negahbân-e Qânoun-e assasi) et dispose du droit d’édicter des solutions législatives en cas de litige grave, a été créé en 1988 lui aussi à l’initiative de khomeiny sur proposition de Rafsandjani. Présidé depuis sa création par Rafsandjani, ce conseil a été doté d’un caractère constitutionnel lors de la révision de la Constitution en 1990.

Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), il occupe plusieurs fonctions clés : président de l’Assemblée, imam de la prière de vendredi à Téhéran, représentant de khomeiny au Conseil supérieur de la défense nationale et, dans les derniers mois de la guerre, substitut du commandant en chef des forces armées. C’est lors de l’exercice de cette dernière fonction qu’il réussira à convaincre khomeiny d’accepter l’arrêt des hostilités. Au cours de l’été 1988, il est encore substitut du commandant en chef des forces armées quand le régime islamique organise l’exécution massive des prisonniers politiques. Plusieurs dizaines de milliers de détenus pour la plupart membres de l’Organisation des Moudjahidin du peuple mais aussi des partis Toudeh, Fadâiyân, Râh-e Kârgar, Komoleh et autres seront arbitrairement mis à mort.

Assurer la pérennité du régime

Au moment de la disparition de khomeiny (3 juin 1989), Khamenei est le président de la République. Rafsandjani fera tout pour que l’Assemblée des experts le choisisse comme Guide suprême quand bien même il n’a pas toutes les qualités requises. Avec l’aide de Khamenei, il fera alors subir à la Constitution des ajustements pour la rendre conforme à sa personnalité en en supprimant, par exemple, la nécessité d’être un juriste possédant la plus haute autorité (Marja-e Taqlid).

Deux mois après la mort de khomeiny, Rafsandjani sera élu président de la République succédant ainsi à Khamenei qui remplacera à son tour le Guide suprême défunt sans en avoir l’autorité ni l’aura, et qui devra donc attendre plusieurs années pour s’imposer. Rafsandjani disposera ainsi de tous les leviers du pouvoir pour mettre en œuvre son projet de société. Les quatre années de son premier mandat se caractérisent par la violation des droits de l’homme.

Il sera élu pour la deuxième fois en 1993 à la présidence de la République. Durant son deuxième mandat, il essayera d’atténuer la tension entre l’Iran et les Etats-Unis et de normaliser, autant que faire se peut, les relations entre les deux pays, mais en vain. C’est vers la fin de son deuxième mandat que le tribunal allemand en charge du dossier de l’assassinat de quatre opposants kurdes iraniens le 17 septembre 1992 dans un restaurant grec de Berlin appelé Mykonos rendra son verdict (10 avril 1997). Un mandat d’arrêt international sera émis contre le ministre du renseignement iranien Hojjat ol-Eslam Ali Fallâhiân accusé d’avoir ordonné les meurtres avec, bien entendu, l’aval de Rafsandjani et de Khamenei. Une crise diplomatique éclatera entre l’Iran et l’Europe et prendra fin en novembre 1997, durant la présidence de Khatami, successeur de Rafsandjani.

Cependant, en qualité de président, Rafsandjani réussira à donner une image plus ou moins modérée de l’islam, surtout lors de son deuxième mandat où il essayera d’établir une sorte d’équilibre entre les deux versants traditionnaliste et révolutionnaire de l’islam chiite. La reconstruction du pays après huit années de guerre nécessitait une certaine souplesse. Il faut bien admettre qu’il réussira son pari. Ses partisans le nommeront « le généralissime de la reconstruction ». Le développement économique qu’a connu le pays sous sa présidence est indéniable. Dans le but de remettre sur pied le pays dévasté par la guerre, il a su favoriser une économie concurrentielle en faisant adopter plusieurs lois au grand dam des révolutionnaires.

Sous la présidence de Khatami, il sera accusé par ses adversaires de tous bords au sein même du pouvoir d’être à l’origine des « meurtres en série » qui ont eu lieu entre 1988 et 1998. Cette série de meurtres et de disparitions d’intellectuels et d’hommes politiques dissidents a entaché à jamais l’image de la République islamique.

En 2005, à la suite des deux mandats présidentiels de Khatami, Rafsandjani se présente de nouveau à l’élection présidentielle. Il sera battu au deuxième tour par Mahmoud Ahmadinejad. L’échec sera réparé deux années plus tard lorsqu’il remportera le suffrage universel pour l’élection des membres de l’Assemblée des experts dont il prendra la tête. Ainsi, il consolidera son pouvoir, car c’est dans les prérogatives de cette Assemblée d’accorder ou retirer, par deux tiers des voix, la légitimité au Guide suprême.

Une voix discordante qui se fait entendre

Pendant la campagne pour l’élection présidentielle de 2009, Rafsandjani soutient Mir Hossein Moussavi, l’adversaire de Mahmoud Ahmadinejad. Le 3 juin 2009 lors du débat télévisé, ce dernier met en doute son intégrité ainsi que celle de certains membres de sa famille. Le 17 juillet lors de la prière de vendredi rassemblant plus de 2,5 millions de fidèles, Rafsandjani riposte en soutenant le vaste mouvement de contestation qui s’exprime dans les rues de Téhéran contre le résultat de l’élection.

Une intervention musclée des forces de l’ordre disperse la foule et Rafsandjani abandonne définitivement la fonction d’imam de la prière du vendredi. Il sera par la suite assimilé de temps à autre aux « Dirigeants de Sédition », terme utilisé par le pouvoir pour désigner Mousavi et Karrubi, les deux rivaux de Mahmoud Ahmadinejad instigateurs du mouvement vert. Certains activistes connus de ce mouvement ayant été emprisonnés seront mis sous pression pour qu’ils dénoncent publiquement la connivence de Rafsandjani avec ces deux « Dirigeants de Sédition ».

Doté d’un caractère indomptable, il se présente à l’élection présidentielle de 2013 pour faire barrage à l’élection d’un éventuel candidat traditionnaliste proche du Guide de la révolution. Sa candidature sera rejetée par le Conseil des gardiens de la Constitution sous prétexte qu’il est âgé. Deux jours avant l’élection, il soutient publiquement Hassan Rohani qu’il juge modéré et, surtout, favorable à la reprise des négociations sur le dossier nucléaire iranien. Rohani deviendra président de la République et un accord sur le dossier nucléaire sera enfin conclu avec les Occidentaux.

Avec l’élection de Rohani, Rafsandjani semble plus ou moins apaisé et protégé. Ses adversaires le croient fatigué et usé, mais il les étonne en se présentant à l’élection de l’Assemblée des experts de 2016 qui se déroule le 26 février. Il sera élu avec un score sans précédent. Ainsi, ne se laissant pas intimider par ses détracteurs, il continue à exercer le pouvoir au sein d’un régime dont il est considéré, à juste titre, comme l’un des pères fondateurs.

 

Akbar Hachemi Rafsandjani lors de son discours à l'ouverture de la séance de l'Assemblée des experts religieux à Téhéran, le 8 mars 2011.Reuters/Raheb Homavandi

Ses idées-forces

Sur le plan sociétal, Rafsandjani s’est toujours démarqué aussi bien des conservateurs (droite traditionnaliste) que des révolutionnaires, les deux principales fractions du régime, qui n’ont cessé de s’opposer, parfois violemment, depuis la disparition de Khomeiny (1989). Les conservateurs qui se sont toujours appuyés sur les commerçants du bazar ont le plus souvent plaidé, du moins verbalement, en faveur de l’économie de marché et de la suprématie des grands commerçants du bazar sur le système économique du pays. Quant aux révolutionnaires, ils ont toujours privilégié le renforcement du secteur public. Rafsandjani a été un farouche partisan de la nationalisation de l’industrie lourde et de l’impôt sur les sociétés et la fortune sans pour autant remettre en cause l’économie de marché. Ainsi, il se plaçait à l’intersection des deux ailes du régime.

Sur le plan purement politique, il a été plus proche des réformistes que des révolutionnaires ou des conservateurs. A l’instar des réformistes, il n’hésitait pas à encourager le développement mesuré et contrôlé de la société civile. Le parti des cadres de la construction (Hezb-e kârgozârân-sâzandegui) qui a été fondé sous sa présidence est en grande partie animé par ses idées.

Il a été l’un des fondateurs de l’université islamique Azad dont le siège se trouve à Téhéran. C’est l’une des universités les plus prestigieuses du pays qui a été créée en 1982 et qui accueille environ 1,6 million d'étudiants. Elle possède de nombreux sites en Iran et à l’étranger. La présidence du conseil d’administration de cette université lui a été confiée. C’est une grande institution d’enseignement et de recherche dont la fortune est estimée à plus de 200 milliards de dollars. Sa maîtrise bureaucratique a été politiquement bénéfique à Rafsandjani.

Certains chercheurs ont comparé ses politiques économiques à celles du Shah. La constitution d’un Conseil de la charia (Shorâ-ye feqhi) pour résoudre les problèmes essentiels du gouvernement du pays, dont il a avancé l’idée et qu’il a constamment défendue, allait, selon ses détracteurs, à l’encontre de l’idée du gouvernement du docte (velâyat-e faqih), titre qu’ont porté depuis la révolution Rouhollah Khomeiny et Ali Khamenei. Ainsi, il a voulu saper ce pilier incontournable du pouvoir politique au sein de la République islamique sans pour autant en remettre officiellement en cause le principe.

Voilà ce qu’est devenue la « République démocratique » qu’il avait présentée comme étant le but ultime du mouvement révolutionnaire qui allait renverser en 1979 le régime impérial.
 


RFI / MCN
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TOUT FINIRA UN JOUR - 09.01.2017 04:36

C'EST UNE LECON POUR NOUS TOUS QUE L'HOMME EST MORTEL. RIEN N'EST BESOIN DE MALTRAITER LES AUTRES.

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