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Mário Soares, père du Portugal moderne, est mort

Mário Soares, père du Portugal moderne, est mort 2017-01-07
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Mário Soares

Impossible de penser le Portugal sans Mário Soares. Le dissident devenu plusieurs fois ministre puis président de la République est l’un des premiers artisans de la transition démocratique de 1974, lui qui a aussi permis de mener son pays sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne. Décédé ce samedi 7 janvier, à 92 ans, Mário Soares a consacré la fin de sa vie à la lutte contre les politiques d’austérité menées partout en Europe, et notamment au Portugal, dont il était devenu une figure historique.

L’opposant

Avant la présidence, Mário Alberto Nobre Lopes Soares a surtout connu la prison et l’exil. Né en 1924 d’un père républicain libéral, il milite contre l’Etat nouveau (Estado Novo) d’Antonio Oliveira Salazar (1932-1968), à qui succède Marcelo Caetano (1968-1974). Il s’engage dès le début des années 1940 auprès du Mouvement d’unité anti-fasciste (MUNAF), puis au sein du Mouvement unifié démocratique (MUD), premier groupe d’opposition au sein de l’Etat nouveau, dont il fonde le mouvement de jeunesse.

Avocat de formation, Mário Soares défend les prisonniers politiques contre la dictature, ce qui lui vaut d’être arrêté 12 fois par la police politique du régime, la PIDE, pour un total de trois ans d’emprisonnement. En 1968, le futur président portugais est déporté sans procès vers la colonie de São Tomé et Principe. Il finit par fuir son pays en 1970 pour se réfugier en France. Il enseigne alors le droit à la Sorbonne, à Paris, et l’histoire — qu’il a également étudiée — à l’université de Bretagne de Rennes.

En 1964, Mário Soares fonde dans la clandestinité l’« Action socialiste portugaise », qui deviendra en 1973 le Parti socialiste portugais. Il en restera le secrétaire général pendant plus d’une décennie. Son exil français prend fin le 29 avril 1974, quatre jours après la « Révolution des Œillets », qui renverse le régime salazariste : Mário Soares rentre au Portugal avec les honneurs.

 

Mario Soares, leader du Parti socialiste portugais, s'adresse aux militants du parti lors d'un meeting dans le cadre de la campagne électorale, à Lisbonne, le 21 avril 1975.EPU / AFP

L’homme d’Etat

L’une des premières missions confiées à Mário Soares par la Junte de salut national, qui remplace le régime de Salazar, est de faire la tournée des capitales européennes pour obtenir la reconnaissance de la nouvelle démocratie lusitanienne. Son expertise dans les relations internationales lui vaut d’obtenir le portefeuille de ministre des Affaires étrangères, de 1974 à 1975. A ce poste, il négocie la décolonisation des possessions ultramarines portugaises.

En 1976, il devient le premier Premier ministre élu constitutionnellement de l’histoire du Portugal. Il obtient auprès du FMI un emprunt pour relancer l’économie du pays et œuvre au retour d’un million d’expatriés portugais. Dix ans plus tard, il est le premier civil à accéder à la fonction suprême, après soixante ans de gouvernement militaire. Réélu à la présidence en 1991 avec 70% des suffrages exprimés au premier tour, il ne peut briguer un troisième mandat consécutif en 1996, et échoue à l’élection présidentielle de 2006.

 

Mario Soares signe, en tant que Premier ministre portugais, le traité d'adhésion du Portugal à la Communauté économique européenne, à Madrid, le 13 juin 1985.AFP

L’Européen

La candidature du Portugal pour adhérer à l’Union européenne est déposée alors que Soares est Premier ministre, en 1977, et c’est sous sa présidence qu’elle aboutit, le 1er janvier 1986. A la fin de son second mandat, Mário Soares prend la tête du Mouvement européen international (1997-1999) puis du comité des Sages du Conseil de l’Europe (1997-1998). En 1999, il devient député européen et membre la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen.

Membre honoraire de nombreuses organisations internationales et facultés réputées de par le monde, Mário Soares est resté plus d’une quarantaine d’années sur le devant des scènes politiques portugaise, européenne et mondiale. Ses dernières prises de position publiques ont notamment trait au refus des politiques d’austérité imposées par la « troïka » (Banque centrale, Commission européenne et FMI), dont il critique vivement l’efficacité pour redresser les économies des pays comme la Grèce et le Portugal. Ce cri du cœur lui vaut d’être élu personnalité de l’année 2013 par l’Association de la presse étrangère au Portugal.

Après le décès de son épouse Maria Barroso en mai 2015, Mário Soares s'est peu à peu retiré de la vie publique. Visiblement affaibli, il avait assisté en juillet à une cérémonie organisée en son honneur par le gouvernement socialiste, sans prendre la parole. Sa dernière apparition en public remonte à septembre 2016, à l'occasion d'un hommage rendu à sa femme. L'ancien chef d'Etat avait fêté ses 92 ans le 7 décembre 2016.


RFI /MCN
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Gbezawe - 08.01.2017 03:07

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