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Justice internationale: des détenus de la CPI demandent à voir leur famille

Justice internationale: des détenus de la CPI demandent à voir leur famille 2016-09-23
Société
http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/actualite/2016_actu/septembre/du_19_au_25/ntanganda_bosco_proces_16_002.jpg Haye-

En quinze jours, deux accusés de la Cour pénale internationale (CPI) se sont rebellés contre des mesures de restriction imposées par les juges. Le milicien congolais, Bosco Ntaganda, a fait une grève de la faim tandis que l'Ougandais Dominic Ongwen a tenté de se suicider. Les deux hommes se plaignaient de ne pas voir leur famille, et de subir un traitement discriminatoire par rapport aux quatre autres détenus de la Cour.

En arrivant à La Haye en janvier 2015, Dominic Ongwen était le plus heureux des détenus. Ex-commandant dans l’Armée de Résistance du Seigneur (ARS), cette rébellion du nord de l’Ouganda dans laquelle il a été enrôlé de force à l’âge de 14 ans, il était gratifié d’un costume flambant neuf, et « se gavait de miel au petit-déjeuner ». L’homme, qui avait longtemps émargé au sein de la sanguinaire milice, trouvait bien civil cet accueil à la Cour, jusqu’à ce qu’il comprenne le poids des charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, traduites pour lui en Acholli, sa langue maternelle.

Le mercredi 14 septembre 2016, aux alentours de 18h, « il a ingurgité des produits de nettoyage », indique une source à la Cour. Après un court séjour à l’hôpital, « il est maintenant en prison », précise son avocat Krispus Ayena Odongo, « le Comité international de la Croix-Rouge l’a visité, et il a aussi reçu la visite d’un prêtre. Il va mieux ». Mais le détenu « n’est pas content des différences de traitement entre les prisonniers », assure l’avocat ougandais.

Soupçonné par le procureur d’interférer avec les témoins attendus à la barre à partir du 6 décembre, début de son procès, l’ex-milicien ne pourrait communiquer qu’avec quelques membres de sa famille. Depuis qu’il avait été remis par les combattants de l’ex-Seleka aux troupes américaines présentes en Centrafrique, en janvier 2015, « il n’a pas pu voir ses enfants, explique maître Ayena Odongo, il en a dix, je crois ».

Les Etats ne veulent pas payer la facture

Pendant des années, certains Etats ont rechigné à régler la note des visites familiales à la Cour. Outre les passeports, les visas et les vols vers La Haye, il faut aussi s’acquitter des frais de séjour, et même parfois fournir des vêtements d’hiver aux proches des détenus. Mais en décembre 2010, les Etats membres de la Cour, chargés de régler le budget, décidaient que ces visites familiales dépendraient d’un fonds spécial auquel les volontaires, Etats, mais aussi ONG, organisations internationales et particuliers, pourraient contribuer. Ils reconnaissaient que les visites familiales ne sont pas un privilège, mais un droit, tout en précisant que le coût ne pouvait être à leur charge.

Ce 14 septembre, pendant que Dominic Ongwen avalait du détergent, Bosco Ntaganda finissait son septième jour de grève de la faim. La veille, le milicien congolais avait affirmé à ses juges « ne pas avoir peur de mourir » et boycottait son procès. Les juges venaient de reconduire des mesures de restrictions décidées un an plus tôt. La cause, selon le procureur : des interférences avec des témoins, via des intermédiaires joints par téléphone. Depuis, le détenu ne peut téléphoner qu’à son épouse, jusqu’à une heure par semaine.

Suite à sa reddition à l’ambassade des Etats-Unis à Kigali, au Rwanda, puis son transfèrement à La Haye, le 23 mars 2013, il n’a pas revu ses sept enfants, se plaint-il. En procès depuis un an pour des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis en 2002 et 2003 en Ituri alors qu’il était commandant en second des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), la Cour a peiné à obtenir passeports et visas pour ses enfants de nationalité congolaises, résidant au Rwanda. Sa grève de la faim a-t-elle payé ? Le 20 septembre, l’accusé s’alimentait de nouveau, cessait de boycotter son procès, mais demandait aux juges de le dispenser d’audience jusqu’au 29 septembre, pour accueillir sa femme et quelques-uns de ses enfants, cette fois attendus à La Haye.

Rupture de stock

En 2008, le milicien Mathieu Ngudjolo avait lui aussi protesté contre l’absence de visites, alors que la République démocratique du Congo affirmait être en rupture de stock de passeports. Son co-accusé, Germain Katanga, avait boycotté les procédures de mise en accusation pour les mêmes raisons, alors qu’incarcéré depuis longtemps, « il n’a jamais vu le cadet de ses enfants », avaient plaidé ses avocats. Leur procès bouclé, les deux hommes sont depuis retournés au Congo.

Ils ne sont donc désormais plus que six à partager leur quotidien dans la prison de Scheveningen. L’ex vice-président de la République démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba, condamné à 18 ans de prison en juillet, paie lui-même les frais de visite pour sa famille, qui réside en Europe.

Mais ceux qui reçoivent le plus de visites de proches et de supporters sont incontestablement Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. « Ils reçoivent même des dons » raconte maître Claver N’dri, l’un des avocats de Charles Blé Goudé. « Enormément de vêtements, des manteaux qu’ils redistribuent, qu’ils donnent à des amis, qu’ils renvoient en Côte d’Ivoire, Charles Blé Goudé a même reçu un jour une montre de quelqu’un des Etats-Unis, qu’il ne connaissait pas », poursuit l'avocat. Très actif durant son procès, au cours duquel il fait passer sur des notes des questions à ses avocats, l’ancien syndicaliste connaîtrait déjà par cœur le règlement de la prison, au grand damne de ses gardiens.

Stéphanie Maupas
RFI
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3 commentaire(s)
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Anonyme - 03.11.2016 11:27

Pourquoi cherchez-vous à voir vos familles? Et ceux pour qui vous avez mis fin à la vie des leurs, quand est-qu'ils vont se rencontrer? Vous voulez jouer avec les gens? Croupissez là en prison. D'ailleurs vous avez la santé que vous n'aviez jamais eu lorsque vous commettiez vos crimes. Restez bien là. Past DSK!!!

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LPBK - 23.09.2016 13:22

Bosco yo, Keba nayo na bande nayo nyoso! Famille nayo eza plus importante que bamorts nyonso oyo osala na ba rwandais nayo? Kutu oza na chance, si on nous permettait de mettre la main sur toi, tolingaki totumbayo!

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QUI VIVRA VERA - 23.09.2016 03:09

CE BOSCO NTAGANDA EST UN CRIMINEL DE GRAND CHEMIN QU'IL RECLAME DE VOIR SA FAMILE...COMBIEN D'ENFANTS IL A LAISSE ORPHELIN? COMBIEN DE FEMMES IL A LAISSE VEUVE? COMBIEN DES VIES HUMAINES IL A DETRUIT DE SES MAINS? QUE LA COLERE DIVINE S'ABATTE SUR LUI AU DELA DE SON INCARCERATION!!! MAUDIT SOIS TU A JAMAIS TERMINATOR!!

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